‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 3)Chapitre 40 sur 41 · II · texte numérisé non relu

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^ DES SOURDS-MUETS. PART. III , CHAP. XII. SgS

^d'exciter incessamment son esprit, à essayer par ylainméroe, à déployer une activité propre et spon- ^mûéft. Qu'il coopère autant qu'il est possible à sa .propre instruction. Ijaissons-lui chercher, soup- ^ fonner, découvrir, au risque même de se tromper ^pMlquefois. I^issons*nous interroger; mais in ter- ^rogeons-Ie souvent à notre tour. Laissons-nous . même redresser par lui, en commettant des erreurs irolontaires. Donnons-lui confiance en lui-même; cetle confiance lui prêtera de nouvelles forces, ' rendra k ses idées quelque indépendance. ^ Enfin, et c'est ici le remède le plus essentiel , mais celui dont l'application est le plus difficile : enseignons-lui surtout k s'interroger lui-même. H voit œqui l'entoure, mais il s'ignore; ses regards avides aVIancent de toutes parts au-dehors , mais ne se sont point encore repliés au-dedans. Nous ne lui demanderons point les méditations d'un philosophe; mais nous le mettrons dans l'heureuse nécessité de réfléchir. En multipliant ses relations avec les autres hommes, et les rendant plus intimes, nous ferons naître en lui de nombreux motifs pour chercher à pénétrer les sentimens, les desseins <le ses semblables, et cet examen le ramènera à se rendre compte des desseins et des sentimens (|ni lui sont propres. Toute action d'ailleurs «lans le commerce des hommes, entraine des effets à sa suite; le sourd-muet , en remarquant les con- ^vécjuences (1rs siennes , en étudiera aussi les secrets

ft géométrie , les exercices du calcul et la pratique la dessin. En effet, indépendamment de Futilité tirecte que le sourd-muet obtiendra de ces dimn^ études y dans les applications de tout genre f£i\ aura occasion d'en faire par la suite , il y troulera dès ce moment même une sorte de gymnasique favorable pour le développement de ses failles. Le dessin est le moyen d'éducation pour le eus de la vue ; il exerce cette première attention |ui atteint aux formes extérieures et qui prélude iiUL travaux plus sérieux de la raison. On peut renarquer chez les hommes livrés aux sciences naurelles, quelle heureuse influence elles exercent ►ur les dispositions de l'esprit : notre sourd-muet misera dans leur étude une disposition de calme }ui lui manque; il sera captivé sans effort, fixé »ans répugnance. La géométrie et le calcul lui donleront l'habitude des coordinations symétriques et •égulières, Taccoutunieront à juger des propor- :ions, à obser\'er la précision et l'exactitude, à former de grandes associations , fondées sur un cn- :hainement logique ; il se formera dans le grand art les combinaisons, père de tous les autres arts.

C'est en vain , au reste , que nous solliciterions rintelligence du sourd-muet, si nous ne savons ivant tout pénétrer jusque son cœur. L'éducation intellectuelle ne peut être s<'»parée de l'éducation morale; elle attend de celle-ci son princi|>e de vie. Quel éveil sera donné a toutes les puissances de

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• veioppement des facultés du cœur, reçoit une ap- ^ plicatiou toute spéciale au sourd-muet. Car la socia- ' .bilité doit être pour lui la préparation nécessaire à ^ toutes les instructions, mérae à celle qui concerne ( Je^langage : il faut qu'il entre avec les autres homjBke& dans le commerce des affections , pour établir f avec eux dans toute son étendue le commerce des ^ idées ; il a besoin de se rapprocher d'eux, de sympathiser avec eux, pour les entendre.

Ainsi l'éducation morale est encore un moyen , > un moyen du premier oixlre , en même temps qu'il est aussi le but éminent des soins que le sourd-muet réclame. Et pourquoi lui enseignons-nous les langues, si ce n'est pour le rendre à la société? Pourquoi formons-nous son entendement, si ce n*est pour en faire un homme, un homme utile, un homme digne de ce titre?

La légèreté et l'inconstance qu'on reproche aux sourds-muets est bien plutôt le tort de leur esprit, que celui de leur caractère. C'est une suite naturelle de l'extrême mobilité de leurs idées : ils n'ont que des jugemens partiels, isolés; ils n'apprécient les choses que par l'impression fugitive du moment, n'en saisissent que les apparences; il ue peut y avoir plus de suite dans leurs déterminations, que dans leurs vues; ils changent, parce que pour eux les objets paraissent changer sans cesse. Ia's motifs graves et sérieux ont seuls le droit de nouh commaiuler la persévérance , et ces motifs

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é ses semblables , pour se mettre entièrement à leur É place ; aussi le voit-on compatir vivement aux bey toins et aux maux qu'il peut facilement se repréil «enter. Il ne connaît pas Tobéissance, ajoute-t-on. ip It comment pourrait-il la connaître? Peut-il avoir I la vraie notion de l'autorité? Et pour qui ne comg, prend pas l'autorité , le respect légitime qui lui est g dû, que serait-ce que l'obéissance?

L On accuse les sourds-muets d'ingratitude. Qu'estce à dire' quoique jetés au milieu des hommes , ils vivent solitaires ; en apparence placés dans la société, ils sont réellement exilés de son sein; ils subissent les tristes conséquences de cet exil. Ils sont froids pour leurs semblables , parce que ceux-ci , pour eux , sont encore des étrangers ; ils s'occupent d'eux-mêmes , parce qu'ils n'ont pas le moyen de vivre dans les autres; ils paraissent ne pas reconnaître les bienfaits, parce qu'ils sont encore inhabiles à en apprécier la valeur ; ils ne peuvent sentir ce qu'il leur est refusé de comprendre.

Ah! loin de nous laisser refroidir à notre tour par ces apparences, fallùt-il croire à toute la profondeur de toutes ces infirmités morales, quels motifs au médecin pour leur apporter du secours! M<iis, ({ue les besoins moraux du sourd-muet redoublent encore en nous Tanleur d'y satisfaire, au lieu d'ajouter encore au malheur d*une telle condition la sé\érité de nos sentences! Pour être indiilgcns et gciiéivux , il nous suitira d'être justes.

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t neUe trouve, dans la faiblesse du jeune enfant, un i mioyen de se faire sentir et d*obtenir un retour! \ ' Cest à ces deux influences principales que se i npporte , du moins à son début , Téducation mot . riJe que le sourd-muet attend de nous, pour remé- 1 dier aux suites fâcheuses de la condition à laquelle > il fut condamné pendant le premier âge. Faisonslui connaître les affections ; inspirons-lui la confiance!

he sentiment de la bienveillance que nous lui ' portons sera le moyen naturel de le conduire à Tune et à l'autre de ces deux dispositions. Cependant, ce n*est pas assez : qu'il apprenne aussi qu'il peut à sou tour servir les autres ! qu'en lui Taf- , fection devienne agissante! elle se déploiera par l'action elle-même. C'est en donnant qu'on s'exerce à aimer. Qu'il commence à se rendre utile! confions-lui des êtres plus faibles que lui , qui auront besoin de son secours! Il aime les enfans; qu'il puisse suivre ce doux penchant ! Conduisons-le quelquefois auprès de ceux qui souffrent! Qu'en les soulageant, il découvre le plus beau, le plus touchant pouvoir qui fut accordé à l'homme sur la terre! Qu'il apprenne la bonté en goûtant ses fruits! qu'il pénétre les secrets de la douleur, et découvre les joies célestes du dévoûment! D'un autre côté, si nous voulons conserver sa confiance, évitons de rt'ffia\ fr , i\v \v bles^tM ; accordons une juste in- (liii^rnct a son intîiiiuU'; ménageons en lui, avec

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lace (les autres, il comprendra les droits d^autrui; comprendra aussi ces égards qui sont l'expreson naturelle de rattachement et du respect qu'on pour les autres , ces bienséances qui veillent au laintien de la dignité commune.

En recevant de nous les dons les plus précieux e la vie, pressentant tout ce qu'il peut attendre ncore de notre assistance , il cherchera auprès de DUS son refuge , il nous prendra volontiers pour uides. Qu'il voie que son plus grand bien est en ffet constamment le motif qui inspire toute notre induite envers lui : qu'il voie dans son maître , on pas seulement la supériorité de la raison , mais •lie des qualités morales; qu'il sente l'ascendant e la vertu ! (^est ainsi que l'autorité se révélera à li comme le titre attaché à une supériorité bienlisante et toute morale. Il apprendra à obéir, par n respect plein de reconnaissance. O vous à qui la rovidence a confié ses destinées, c'est donc surfit par rinflueuce de votre propre caractère, par • spectacle de votre vie, que vous remplirez cette niinente fonction ! Nous vous le répétons donc, et ous vous le répétons avec plus de droits encore: [>nnaisse/ toute la dignité de votre mission; conaisse/. tout ce qu'elle a tout à la fois de touchant t d'auf^usle! N'est-ce pas vous qui venez évangéli- *r aussi la justice et la paix ? N'est-ce pas vous qui tes les précurseurs des plus saintes révélations:* i\ n'y a vwu de plus <;rand, de plus beau sur la

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l descendre à ses élèves, rinstituteur de sourds- I muets saura aussi conserver toujours , vis-à-vis idPéux, une dignité naturelle et simple; il devm i ihiontrer cette fermeté douce , qui n'est que la I constance de la raison , et qui est conséquente à I eHe-méme. Ce n*est point sans doute dans de I froides maximes, ce n'est point par le seul apl pareil de l'enseignement didactique, qu'il pourra I exercer de telles influences : qu'il vive en coip- I immauté avec ses élèves ; qu'il leur fesse retrouver, an sein même de l'institution, la vie et les rapports de femille ; qu'il soit leur commensal , le compagnon même de leurs jeux; qu'il ne soit pas seulement un professeur; qu'il soit aussi et surtout le confident de leurs jeunes cœurs; qu'il mérite d'être par eux reconnu pour un père!

Le cœur du sourd muet s'ouvre facilement aux sentimens religieux; et cette heureuse disposition s'explique ; car il est encore près de la nature; il en peut mieux recueillir les inspirations; il est moins distrait par le tumulte de la société, par les passions qui s'y produisent. Combien il sera dédommage par cette consolation, de ce qui lui manque ! Oiiel puissant secours sera mis à notre disposition pour tout l'ensemble de son éducation morale! Une révolution sensible s opère chez le jeune sourdmuet, au moment où après avoir été convenablement préparé, il si* trouve introduit à ce commerce Miblime cpTil <'st accordé à la créature d'cntreti*-

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L'éducation physique doit seconder chez le •oard-muet leducation intellectuelle et morale; 5iUe pourra apporter à celle-ci plusieurs genres de seooors. L'expérience a montré que les exercices ^gymnastiques sont fort utiles au soui^dmuet; ils loi donnent une tenue, un aplomb, une adresse, ^i Jui manquent ordinairement. En apprenant à gdlivemer et à régler les mouvemens de son corps , il se prépare k maîtriser aussi ceux de son âme. Une bonne et sage éducation physique prévient et calme les penchans de la sensualité , dispose , par la tempérance, à la paix de l'esprit et du cœur. Ne négligeons pas les moindres détails : il e$t essentiel d'habituer le sourd-muet à la propreté, de lui enseigner rhonnéteté dans le maintien, les manières; il faut veiller même à son ajustement. En adoptant les formes de la sociabilité, il y trouvera comme une sorte de langage qui lui en fera comprendre l'esprit; il commencera à obtenir le sentiment des convenances; le régime extérieur deviendra en lui une sorte de noviciat pour le régime intérieur de l'âme, comme il en doit être Timage.

I^ travail manuel et l'apprentissage des professions utiles, nous semblent être, pour les sourdsmuets, un moyen avantageux de mettre en accord

encore inconnu dVui , qu'il faut leur entei^er, pour let dîtpofter à roni}>rcndrf le culte eit^rieur qui en est l'expreMion

et Ir langage

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I MII9 heureuse compensation , il retrouve dans les [ jyrfmières les avantages qu'il perdrait daos les sei iftondes. Il réussira mal dans l'espèce de métiers ou f 4^ professions qui exigent des communications ha- JlîflieUes, promptes et faciles; mais il excellera dans Jflff^t ce qui demande le coup d'oeil , la pénétra^ ^n du regard , la précision , l'adresse de la main , rwactitude de l'imitation. Il excellera précisément 4lllis le genre de travaux manuels qui, par leur nature , sont les plus propres à favoriser la culture de l'attention , et qui ont le plus d'harmonie avec rétude.

Dans la plupart des Instituts de sourds-muets, on a cru pouvoir attacher les professeui*s à une classe fixe, d'une manière permanente, comme on le fait dans les collèges et dans les facultés académiques. C'est une grave erreur, du moins si, comme on doit le supposer, les professeurs ont la capacité qu'exigeut leurs fonctions. Les soins que les sourds -muets réclament dans ces Instituts, constituent essentiellement une éducation , conune nous ne nous lasserons point de le répéter; l'instruction n'y est qu'une branche, une conséquence de l'éducation. Or, Téducation du sourd-muet demande à être continuée par celui qui l'a entreprise, qui a commencé d'étudier les dispositions et le caractère de son élève, qui a obtenu son affection et sa confiance. D'ailleurs, les classes ici ne se distinguent point par des limites rigoureuses.

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atruction des sourds-muets et celles auxquelles est L^onBé le soin de les surveiller pendant leurs jeiu, promenades et autres exercices. Ces deux fooctioiiN sont de même ordre, tendent au même but, se lient ('-tioitement entre eWvs. Im seconde n'est •ADCore qu'une continuatia» de la première; elle appartient plus étruitemeul k l'éducation propre- ■rteot dite; elle n'eu a pas moins d'importance. C'est là surtout qu'on parvient à connaître le caractère des enfnn.s, qu'on peut obtenir leur afTectipn et leur conOançe, pur des rapports plus intimet; c'est \k qu'an peut leur faire observer les 9CVIK-S de la nalure et de la vie réelle. Il convieut l)onc, nu (pu- les iiiailiTs nitenieiit dans l'exercice de ces deux fonctions , ou que du moins ceux qui les remplissent , animés du même esprit, préparés par les mêmes études , placés sur la même ligne , se concertent pour les exercer, et metteot en commun l'expérience qu'ils y recueilleot.

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Omm dd Age plus tendre, le* organes de l'en&nt ant plus flexibles; l'élève oppose moins d*ol>> itactes MIS efforts de son instituteur ; il devient ^Iw promptement et plus facilement socialde; kMb il est moins capable de réflexion et d'une - Inric sérieuse.

Le sourd-muet qui appartient aux oonditioas inftrieures de la société ta'a pas besoin d'être flooduit jusqu'à ces études théariqnet.de b bn^ne, tfm composent le second degré de l'iriitfigiwrw! jpaianiatiad, surfont si l'on adopte, entre le pi»néer et le second degré, la distinctioa et k» rap^ ports que nous avons indiqués i la fin ds Chapitre XI : il lui sufiBt d'être en état de Iipc a^ embarras les livres élémentaires, et de pemuir rendre facUemenl et oorrectemeot sa pensée pv écrit Cependant, l'enfant sourd-mnet, qnel ^i^ soit, aura besoin de recevoir une UMtractMM plv étendue qu'un enfant ordinaire pbeé dan» fa même situation sociale. C »e f'agn pm > de compenser pour lui les mombnux d qu'entraîne toajoivs b pnvatKm imm Û s c'est aussi une benreoK ufceamé fo^ bs mmt d'être contraint à apprendre, pv b «sk ftmt abrégée du raisn— tmetii , bcaa»«ip 4e «fa»» que ses semblables ont U taaUlfr « b b<nr jf apprendre seulemesl par b trsAliian «« pv f «m^. I. 'instrument de < [>en&able, Técntarv t* b l

pourront être essayés, sera^avancée , si l'on réussit ll^ diviser Tenseigoement grammatical en deux |4f iodes; il sera plus utile et plus nécessaire Itiilt eiisemble d'avancer cette époque, si l'on ^IHt. le sourd-muet en possession de la prononjOblîoD artificielle, et si on lui apprend à lire mr les lèvres. Nous estimons qu'en général on ouvre beaucoup trop tard, aux enfans soutds-» dlllels , l'accès des Instituts. Toutefois , dans ces éMrfîs^naci^^ ^ 1^ temps accordé au séjour de rélève étant limité, on est contraint d'attendre, pour commencer, un âge plus avancé; tandis que, dans l'éducation domestique , pouvant marcher bifui plus lentement, on peut débuter plus tôt, sapf k terminer plus tard encore.

La grande lutte entre les partisans de l'éducation commune et ceux de l'éducation privée s'est reproduite aussi , sous un jour particulier, à l'égard du sourd -muet. Nous avons vu des instituteurs déclarer que les sourds -muets ne peuvent être élevés que dans nos établisseinens publics; nous avons vu des écrivains provoquer la suppression de ces mêmes établissemens , comme n'offrant qu'un luxe inutile : nous avons vu même quelques écrivains conseiller de faire élever l'enfant sourdmuet dans lecole commune où sont réunis ceux qui entendent et qui parlent.

Il est hors de doute que les sourds - muets , réunis en grand nombre dans un établissement

gl UKS SO(T R D.S-M U l'Tft. — P4I)T. III , CHAI>. XIII. til<)

^ Jntcnir avec elle un commerce direct et coctiouel , ^|1ii pcniu-tte aussi à riiiHtiluteur de particulariser St de spi-cialiser ses soioN , d'après les besoins et ^es dispositions de iV-iéve. I^ vin de famille développe et nourrit mieux les affections, favorise

'. l'abaiidou et la confiance.

S'il est doux pour le sounl-muet. de se trouver réuni en communauté avec ses cttmpagnons d'infortune , il est , suuB d'autres rapports , d'iuie ' grande utilité pour lui de s'en trouver séparé, ' de vivre de bonne heure «vec ceux qui entendent et qui parlent, d'être contraint d'établir avec ceuxci un comiiiei'ce t-truit et as^^idii. Diins la vie coni' nulle avec -ies camarades d'infortune, il s'entretiendni riant diverse» babitudcs dont il serait k pr<n>uN de le di-livrcr : d;ii(i lu vit- oiiimuiic avec lei personnes qui entendent et qui parlent , il •'exercera mieux à une sympathie générale pour les autres hommes; il se familiarisera bien davantage avec l'emploi de la langue de son paya ; il s'associera plus intimement à toutes les relations sociales.

D'un autre côté, pendant que l'art n'est point encore mis k la portée de tous les maîtres ordinaires, de tous les pères de famille, et qu'il ne peut ainsi être généralement transporté dans l'éducation domestique, les élablissemens publics ne peuvent cependant recevoir, Ji beaucoup prèsi tous le« enfans sourds-muets que renfenne un

DPS SOUBOS-MI'ETS. PART.III, CIIAP. XIII. 6a I

; c'est en se perfectionnant, en se conforiDt aux vrais principes, qu'il y parviendra; il 1 être simplifii^ au point de devenir prati- ; aux instituteurs ordinaires, aux pères, aux ■ (le fninillc elles - ménirs , qui auront rei;u [fie éducation libérale , et qui , à un cerinin degré VlBSlructioB , réuniront le zèle et la patience né- V%e&uii'e. Tour lui procurer ce nouveau caractère, il auftiru de réaliser tes vue» qui ont été successivement L-xpusées dans les cbapitre& qui pi-écédent Nous (lirons plus : il ne reste pcut-ctre qu'un seul pas à faire. Déjà quelques écrivains, quelques in»tiluli'iirs ont tcutr avec Kiiccésde raiiienir l'an à fies (oniies lifaucoup plus iimplis t ; il ^u^fit peut-être de retrouver les traces de Wallis , de Lobrig, de I.asiiis; de suivre les essais commencés k Berne; de combiner ensemble les vues de MM. Daniel, liecoing et Bébinn; de compléter et d'achever leur ouvrage. Eiotiare aliquis.

Belativement â la partie mécanique de l'art , l'exp«''rience, d'accord avec le raisonnement, prouve qu'avec le seul iiisirunieiit de l'écriture, on peut donuer au sourd - muet une instruction suffisaule pour qu'il puisse lire les ouvrages élémenlaircs et cxpriinur ses idées par écrit. I.'alpbabet mandel est du reste si facile à apprendre et à exécuter , qu'on peut joindre sans diflîculté ce second

(0 yoyf. ci-.UT.nl, pift» 345 et 1*6.

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If Dans un âge plus tendre , les organes de l'enCant f «ont plus flexibles; Télève oppose moins d'olhi! «Uc)es aux efiForts de son instituteur ; il devient F (dus promptement et plus facilement sociable; ttéb il est moins capable de réflexion et d'une ' étude sérieuse.

ÏJt sourd -muet qui appartient aux conditions ÎDfi6rieures de la société n'a pas besoin d'être conduit jusqu'à ces études théoriques.de la langue, cpii composent le second degré de l'enseignement 'grammatical, surtout si l'on adopte, entre le pre^ mier et le second degré, la distinction et les rapports que nous avons indiqués à la fin du Cha* pitre XI : il lui suffit d'être en état de lire sans embarras les livres élémentaires, et de pouvoir rendre facilement et correctement sa pensée par écrit. Cependant, Tenfant sourd-muet, quel qu'il soit, aura besoin de recevoir une instruction plus étendue qu'un enfant ordinaire placé dans la même situation sociale. Il ne s'agit pas seulement de compenser pour lui les nombreux désavantages qu'entraîne toujours la privation dont il souffire : c'est aussi une heureuse nécessité pour lui que d'être contraint à apprendre, par la voie plus abrégée du raisonnement , beaucoup de choses que ses semblables ont la facilité et le loisir d*ap« prendre seulement par la tradition ou par l'usage^ I/iuHtrunient de communication qui loietlindiapensable , IVcriture et la lecture , demande «Mai

Wirront être essayés , seralivancée , si l*on réussit diviser renseignement grammatical en deux fkxles; il sera plus utile et plus nécessaire Ht ensemble d'avancer cette époque, si l'on il'le sourd-muet en possession de la prononlÛOD artificielle , et si on lui apprend k lire r les lèvres. Nous estimons qu'en général on i¥re beaucoup trop tard, aux enfans sourds* 0eti, l'accès des Instituts. Toutefois, dans ces flJMissemens, le temps accordé au séjour de lève étant limité, on est contraint d'attendre, mr commencer, un âge plus avancé; tandis que, ins l'éducation domestique , pouvant marcher ^ plus lentement , on peut débuter plus tôt , pf à terminer plus tard encore.

La grande lutte entre les partisans de l'éduca- >n commune et ceux de l'éducation privée s'est produite aussi , sous un jour particulier, à l'égard 1 sourd -muet. Nous avons vu des instituteurs 'clarer que les sourds -muets ne peuvent être evés que dans nos établissemens publics; nous ons vu des écrivains provoquer la suppression '. ces mêmes établissemens , comme n'offrant rnii luxe inutile : nous avons vu même quelques Tivains conseiller de faire élever l'enfant sourduet clans Técole commune où sont réunis ceux ii entendent et qui parlent.

Il est hors de doute que les sourds - muais « ^iiuLs en grand nombre dans un établissement

I)FS SOIiHDS-MUrTS. — PART. III , CHAP. Xllt. OI<)

tretenir nvpc el\f un oummeroe direct et coatînuel, qui permette nussi h l'infttituteur de particulariser et de bpt'cialiser ses ttoins , d'après les besoins et les dispositions dr IVIève. La vie de Eunille divetoppe et nourrit mieux les affections , favorise l'abandon ot lu confiinoe.

^i) est doux pour le sourd-muet, de se trouver fétXDi en rommunantt- avec ses oompagnoos d'infortune , U e-st . sout d'autres rap|}orts , d'une ^ndi* ulililô puur lut de s'en trouver séparé, le vivre de bunne hpiircavcc ceux qui entendent Bt qui parttMii, (i't'-trr contraint d'établir avec ceux* à un coroiiipiTe itmit et assidu. Dans la vie commune avec ses camarades d'infortune, il s'entretiendra 'hiM diverses habitudes dont il serait k propos de le délivrer : dans la vie conimuDe avec lot personnes qui eutendent et qui parlent, il l'exercera mieux à une sympathie générale pour les autres hommes; i\ se familiarisera bien davantage avec l'emploi de la langue de son pays ; il «'associera plus intimement à toutes les relations lociales.

D'un autre côté , pendant que l'art n'est point encore mis à la portée de tous les maîtres ordinaires, de tous les pères de famille, et qu'il ne peut ainsi «-tre généralement transporté dansl'éduontioa domestique, les établisseroens publics ne peuvent cependant recevoir, à beaucoup près* tous let. enfans sourds-muets que renferme un

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les élèves quittent Tinstitut, qu'en les renvoyant à leurs parens, on adressât à ceux-ci une instruction détaillée, dans laquelle on leur indiquerait le genre de soins que les élèves doivent continuer à recevoir, le régime qu'ils ent suivre, les lectures principalement auxqu devraient être exer-

cés. Ces instructions c it se modifier d'après

la condition des élèves. Il serait à propos aussi qu'on pût remettre aux familles pauvres un choix de livres destinés aux jeunes sourds-muets , et qui formeraient comme leur provision pendant le cours de leur vie. Nous disons pendant le couhde leur vie; car en effet, le sourd-rouet aura besoin de s'entretenir constamment par des lectures choisies , au risque de déchoir. C'est à quoi peut-être on n'a pas encore assez pensé ( i ). Que notre prévoyante sollicitude embrasse Taveuir entier du sourd-muet, car c'est Tintérêt de sa destinée tout entière qui nous fit voler à son secours.

Enfin , l'articulation artificielle et l'art de lire sur les lèvres, si le sourd-muet en a acquis l'usage, seront encore un mo}en précieux de continuer son éducation , lorsqu'il sera de retour dans sa famille ; et c'est un dernier genre d'utilité, propre à ces deux instrumens, qui n'a pas été assez remarqué ou apprécié.

1) Notre admiDistralion t'est occupa àt réaliier C€tukl4c.

DES SOURDS-MUliTS. PART. III , CHAP. XIV. 63l

leur sont destinés, appartiennent donc généralement aux trois classes intermédiaires ; ils apparu tiennent également à toutes les trois; car, dès que le sourd ne perçoit pas les sons assez distinctement pour apprendre à les répéter, il est déclaré •ourd-muet; on le conduit dans le3 instituts, sans déterminer le degré précis de surdité dont il est ftteint. Tous y sont donc réunis ; tous sont traités da la même manière.

Biais, n'y a-t-il aucune distinction k ùâre entre eux ? La même manière de procéder leur est-elle également applicable ?

Qu'on nous permette quelques réflexions rapides sur, une question qui n'a point encore été traitée, à notre connaissance, et qui peut être beaucoup plus importante qu'elle ne le parait au premier abord.

S'il était possible, en efTet, de développer, par une culture convenable, chez le sourd-muet atteint seulement d'une surdité imparfaite, la £eiculte d'audition qui lui reste encore, de manière k le rendre capable de percevoir du moins une portion des discours prononcés devant lui , quel service ne lui aurait-on pas rendu, et combien dès-lors le système entier de son éducation ne se trouverait-il pas roodifit* !

Or, il est certain que, du moins dans le deuxième et le troisième degré, la surdité réelle est monidre que la surdité apparente. 11 est cerfain qu'avec

i Qui sait jusqu'où cette éducation , continuée t aiFec persévérance, pourrait conduire? un sourd Fàa deuxième degré ne pourrait-il se rapprocher , I de celui du premier? Ne pourrait -il du moins tiiMemer un certain nombre de sons, d'une ma- Irière assez distincte, pour comprendre une assez igrsiide portion de nos discours? Un sourd- Bifiet du troisième degré ne pourrait-il remonter ainsi jusqu'au deuxième ? De proche en proche , diacun n'aurait - il pas fait un pas vers Taudition ?

Or, quelle sera cette éducation de l'ouïe? Il est quatre conditions pour les exercices qui la composent : isolez le sujet des autres impressions sensibles qui pourraient le distraire; donnez un motif puissant à son attention ; graduez les sensations que vous voulez lui faire remarquer, en commençant par les plus voisines de celles qu'il reçoit déjà; enfin, répétez ces essais, persévérez.

On voit que rien n'est plus propre à confirmer,à accroître encore la surdité apparente des degrés inférieur, que d'enfermer absolument le sujet qui en est atteint dans un institut de sourds-rouets, où les moyens d'enseignement et de communication ne s'adresseraient qu'à l'œil seul.

Ou voit aussi que l'emploi de la parole artificielle, dans renseignement donné aux sourdsmuets, a toujours lavantage de favoriser Téduca* tion du sens de Toute. Mais cet exercice est loiii

I conduit à une seconde , qui a été fort controversée

.] dans ces derniers temps.

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