‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 4)Chapitre 15 sur 56 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Continuation du précédent. — MM. fFolke, etc.

L'alliance des signes mimiques avec la parole artificielle a été le système le plus généralement adopté en Allemagne par les écrivains et les instituteurs qui , dans les derniers temps , se sont occupés de l'art d'instruire les sourds-muets. Déjà nous avons vu que telle a été la marche suivie par MM. Ëschke , May, Neumann et Venus. Nous pouvons y joindre M. Bauer (i), qui a associé ses travaux à ceux de M. Ëschke ; M. Hassencamp (2) ; M. Aile qui , en traçant les moyens de former les sourds-muets à la moralité et de les introduire à la vie sociale, a réuni aussi les observations que son expérience lui a fournies sur leur caractère (3); et M. Wolke, qui a montré pour la destinée de ces infortunés le zèle le plus actif et le plus honorable. Le dernier de ces auteurs a pris son point de vue

(1) Ueber den unterricht der Taub-Stummen. Berlin, 1801.

(2) Ueber den unterricht welcher Taub-Stummen ertheilt verden ist, etc. 1800.

(3) Anleitung Taub-Stummen kinder, etc., zu unterrichten , etc.

pour l'instruction des sourds-muets, dans les principes généraux sur l'éducation. En s'emparant des divers procédés connus , il y a joint des considérations et des applications qui lui sont propres. Dans le but que nous nous proposons ici de recueillir, autant qu'il nous est possible, tous les exemples, les observations, les indications qui peuvent nous être utiles , nous devons donc donner à son ouvrage une attention particulière. Cet ouvrage (1) est rédigé en forme d'instruction; il est adressé aux mères , aux institutrices en général , aux instituteurs des sourds -muets et des aveugles jjp particulier. Il débute par une allocution touchante aux mères qui ont des enfans sourds-muets; l'ouvrage tout entier respire la plus tendre et la plus aimable sollicitude pour ces infortunés. « Oh ! « soyez semblables à une bonne mère qui se ré- « jouit à chaque goutte de lait que suce son cher « nourrisson , à chaque mot qu'il apprend d'elle à « balbutier ! dit-il aux instituteurs. Vous savez que « cette mère continue cette œuvre et le jour et la « nuit , et à chaque instant , sans en être jamais <x fatiguée ni découragée. » (a) *

(1) Anwcisung wie Kinder und Slumme, one zeitverlust und au/ naturgemaesse weise, zum verstchen und sprecnen und lesen schreiben oder zu und Spràchhentnissen und Begriffen zu bringen sind, etc., von C. H. }Volke. Leipsig, 1804.

(2) Ibid. , chap, Ier, page 8.

Disciple du vénérable Basedow, de l'ami, du bienfaiteur de Penfance, M. Wolke s'est pénétré de son esprit, a propagé, appliqué, développé ses principes; il a concouru de tous ses efforts à seconder cette révolution paisible et utile qui tendait à substituer en Allemagne un système d'éducation libéral , philosophique , aux anciennes routines, et à conduire l'enfance à l'instruction et à la vertu par la voie du bonheur (i). C'est de ce point de vue qu'il a considéré l'éducation du sourd-muet; aussi son plan est vaste autant qu'il est coordonné : il embrasse également le mode d'instruction nécessaire à ceux qui, sans êt#^ sourds, ont l'organe vocal embarrassé par quefc que vice ; il comprend l'enseignement des langues anciennes ou étrangères ; il s'applique aux adultes dont l'éducation a été négligée ; il s'applique enfin aux enfans en bas âge; car M. Wolke est du nombre de ceux qui sentent toute l'importance de cette première éducation , laquelle commence in- , sensiblement dès le berceau ; de ceux qui déplorent l'insouciance, l'incurie, l'ignorance, qui y président trop souvent; il a essayé, dans d'autres écrits, d'y apporter un remède (a). Émule de Pestalozzi , il a

(i) Voyez Niemeyer, Grundsaetze der Erziehung, etc., tome 1èr, p. 4^7» 44<* > tome II, p. 355; tome III, p. 373.

(2,) Beschreibung der 100 elementartafeln* Lcipsig, 17&0. =3 Kurzen Erziehung-lehrc , etc. i8o5.

censuré cependant avec sévérité quelques uns des travaux de cet instituteur, mais parce qu'il n'y reconnaissait pas une fidélité constante à cette intuition sur laquelle Pestalozzi a voulu fonder sa méthode, (i)

Celle que M. Wolke a adoptée 7 qu'il s'est appropriée par des vues nouvelles, qu'il a reproduite dans les diverses branches de renseignement, dont il fstit une application spéciale m l'éducation des sourds-muets, est aussi la méthode d'intuition , mais dans toute sa pureté. Il la désigne sous le nom de méthode qui rend tes choses sensibles (a) ; et voici les caractères essentiels'd'après lesquels il la défiait ; « Elle consiste, dit-il, à exa pliquer tous les mots d'une langue inconnue , a sans le secours de la traduction , en sorte que « chacun d'eux se fasse comprendre par l'idée qui <c lui correspond *> (3). Or, voici comment il y parvient : il montre et nomme chaque objet, chaque propriété, chaque forme, chaque mouvement, chaque effet; et, lorsqu'il ne peut montrer la chose elle-même, pour expliquer le mot, et rendre compte de ses rapports avec les autres termes, il y supplée par la pantomime , les gestes , les

i » i ■ in iii. i ii i , »

(a) Anweisung tyie Kiftder und Siumme, etc. Appendice , page 487.

(a) Voyçz l'ouvrage ci-dessus cité, chap. II, page 33. (3) Jbid.f page 43.

actions elles-mêmes, c'est-à-dire par les signes qu'emploient les sourds-muets pour communiquer leurs pensées, (i)

M. Wolke prélude à cette marche par un système d'éducation pour les sens, et par une suite de préparations qui ont pour objet de former l'attention, d'exciter le désir d'apprendre, et de développer la faculté de concevoir. Il accoutume son élève, par mille exercices ingénieux et variés, qui sont pour celui-ci autant d'amusemens, à acquérir un coup d'oeil rapide et sûr, à décomposer, recomposer, à comparer les sensations diverses ; à discerner les plus subtiles, à apprécier les plus délicates, à les graduer; à reconnaître, par exemple, la pesanteur précise d'un objet par la sensation de la résistance qu'on éprouve en soulevant cet objet; à déterminer la distance d'un autre, d'après le volume qu'il offre à l'œil; à juger la position , le degré d'élévation , les proportions; à remarquer ce qui blesse la symétrie; à découvrir promptement, parmi des objets semblables, comme des pièces de monnaie, quelqu'un qui n'en diffère que par quelque détail peu sen-

(ij Voyez l'ouvrage ci-dessus cité, page 47» = M. Volke loue la marche suivie par les abbés de l'Épée et Sicard , et l'ordre qu'ils ont introduit dans le développement des idées, et l'enchaînement des parties du discours; toutefois, il pense qu'on trouvera une voie plus abrégée et également sûre.

sible , comme une légère altération dans l'empreinte. Il donne aussi à son élève des leçons pratiques de perspective ; il lui fait mesurer les distances à l'œil; il l'introduit aux notions les plus élémentaires de l'arithmétique et de la géométrie; il l'exerce à quelques opérations simples de calcul. C'est alors seulement qu'il commence à employer le dessin comme moyen d'instruction ; car il croit nécessaire, il recommande de ne recourir à ces images qu'après avoir fait voir, autant qu'il est possible, les réalités elles-mêmes (i). C'est alors que l'élève peut comparer avec fruit ces réalités avec leurs peintures reproduites par le dessin, d'abord dans les proportions naturelles, ensuite en miniature.

C'est donc sur le théâtre de la réalité que notre instituteur commence son enseignement. Conduisant son élève au jardin, dans les champs, sur le bord de la rivière , dans la forêt , etc. , armé d'un crayon et d'un cahier de papier , ils remarquent ensemble les objets, leur donnent des noms, et, rentrés dans l'institut , y trouvent un texte à des explications plus étendues (a). Mais la salle d'étude elle-même devient, par ses soins, un théâtre d'observations; il en fait quelquefois une chambre

(1) Voyez l'ouvrage ci-dessus cité, p. 5o à 56, 84 à 102.

(2) lbid.y page 48.

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obscure ; il y place des dessins de tout genre. Les élémens de la géométrie et du calcul jouent un rôle essentiel dans tout l'ensemble de cette préparation ; l'instituteur y voit un moyen efficace de former l'attention et le jugement, de faire apprécier exactement les rapports, de donner aux idées une précision et une exactitude rigoureuse, (i)

La nomenclature des objets les plus familiers occupe la première période de l'enseignement, dans le plan de M. Wolke; il débute par faire observer à l'élève son propre corps et les diverses parties qui le composent, les vêtemiens qui le couvrent, les alimens dont il se nourrit, les instrumens dont il fait usage, les objets qui sont placés sous ses yeux , les diverses personnes avec lesquelles il vit; il lui enseigne à imposer à ces objets et à ces personnes les noms qui leur appartiennent (2). Les qualifications succèdent, mais en Rappliquant immédiatement au sujet déjà connu ; en faisant subir au même sujet plusieurs qualités diverses, et promenant la même qualité sur divers sujets. L'interrogation lui sert à faire comprendre l'office du verbe être, comme lien de l'attribut au sujet, et à vérifier si cette valeur

(1) Voyez l'ouvrage ci-dessus cite, page 107 (a) lbid. , chap. IX, page 365.

a été bien comprise en effet (i). Le verbe être alors devient pour lui, comme pour l'abbé Sicard , l'élément constitutif de tous les verbes , en s'unissant à l'adjectif verbal. Arrivé à ce point , il estime que la valeur d'un terme encore inconnu peut s'expliquer par celle des termes connus, et par le sens entier de la phrase où il est placé (2). Il s'étudie à opposer aussi les termes* qui retracent des objets contraires , à rapprocher ceux qui ont ufae signification analogue , à mettre en regard toutes les circonstances qui peuvent s'éclairer réciproquement, par des rapports de situation, de cause et d'effets, etc. (3). Dans le système de l'auteur, les exemples rendent sensible l'office de l'article , du pronom , des prépositions , des adverbes, des conjonctions, tes règles des déclinaisons et conjugaisons ; les fonctions de chaque élément du discours ressortent soit ctes circon-* stances , soit du sens entier de la phrase. (4)

Arrivant à la généralisation des idées, M. Wolke en signale toute l'importance ;4 il étudie comment elle s'opère naturellement dans l'esprit humain par des comparaisons graduées; il construit une échelle sur ce modèle; il lui donne pour base des connais-

(1) Voyez l'ouvrage ci-dessus cité, chap. II, pag. 68 àg5,

(a) Ibid.9 page 77.

(3) IbieL, page 82.

(/i) Ibid. , pages 1 16 à r6o.

76 DE l'iJdUCATKW

sances élémentaires relatives à l'histoire naturelle ou aux arts industriels (1). Il exerce donc son élève aux classifications , par des interrogations répétées et méthodiques; il lui fait discerner les propriétés caractéristiques qui marquent les conditions des genres et des espèces; il l'encourage à chercher à déterminer ces conditions par ses propres efforts ; il le conduit de la sorte à se former une définition exacte des objets. Les exemples employés ou comme définitions indirectes, ou comme inductions (a) , lui servent à faire naître dans l'esprit de son élève les notions abstraites et métaphysiques (3). Toutefois, il a donné trop peu de développement à cette portion si essentielle et si difficile de l'enseignement, pour qu'on puisse apprécier le mérite de ses opérations. En général, fidèle au but qu'il s'est proposé, il s'est bien plus attaché à rendre sensible en effet la matière de l'instruction, qu'à faire découvrir la raison des choses; i\ évite la théorie, et se renferme dans un choix judicieux d'applications particulières.

Quant aux ii^trumens matériels propres à remplacer la parole pour le sourd-muet, ou à lui faciliter l'intelligence de la langue, il n'en est presque

(1) Voyez l'ouvrage ci-dessus cité, page 161.

(2) Voyez ci-devant, ire Partie, chap. IX, pag. '217, 218.

(3) Jmveisung wie Kinder und Sturnmc , ctc, chap. II, page 171.

aucun que M. Wolke n'ait appelé à son secours. Il a emprunté le secours du dessin pour rappeler les objets absens, ou ceux que l'élève ne peut voir par lui-même, quoique dans les premiers çommencemens, il s'impose dans cet emprunt une prudente réserve. Il a reconnu le parti que Ton peut tirer du langage d'action propre au sourdmuet, surtout en le rectifiant et le perfectionnant; il en a recherché l'origine , observé la formation ; il veut lui donner une nouvelle étendue ; mais il s'interdit de prétendre ici être lui-même le créateur : c'est au sourd-muet qu'il laisse le soin de continuer l'ouvrage; c'est le sourd-muet qu'il provoque à développer le langage mimique; il ne se réserve que le soin de surveiller, de guider, de corriger ce travail. Il nous a donné quelques exemples du système des signes qui en est résulté. « II est un grand nombre d'objets qui se repré- « sentent naturellement par leur forme ou leur « usage , ou par la sensation qu'ils font éprouver. a II est des actions qui peuvent s'exprimer par la « seule vue de la physionomie, ou par l'attitude du

a corps, telles que celles qui se rapportent aux « fonctions des sens , le sommeil et le réveil , les « passions de l'âme , les principales dispositions de a l'esprit : en général les actions qui sont propres a à l'homme se peignent par leur simple répéti- « tion. Lorsqu'il s'agit d'exprimer par des signes « les verbes qui ne désignent plus des actions

« sensibles 9 pour atteindre au sens figuré, ou s'ap- « puie sur la signification primitive , en décrivant « par la pantomime l'action sensible qui lui corce respond, et s'élevant par la comparaison à l'ac- « ception plus relevée » (1). Lorsque M. Wolke écrivait, le Dictionnaire des Signes de l'abbé Stcard n'avait point encore paru; l'abbé Sicard n'a eu aucune connaissance de l'ouvrage de M. Wolke. Il est curieux de comparer les deux systèmes des signes mimiques artificiels qui appartiennent aux deux instituteurs (a). Ceux de M. Wolke n'ont pas subi une grande réduction , et cependant les descriptions circonstanciées qu'ils paraissent vouloir retenir ne sont pas exemptes de vague ni d'incertitude. On s'étonne d'y voir figurer des indications qui semblent appartenir au domaine de l'ouïe. Il est des séries entières de signes, tels que ceux par exemple qui sont affectés à exprimer les diverses prépositions, qui présentent un caractère entièrement arbitraire et conventionnel. On se demande comment M. Wolke peut concilier cette portion de son sys-< tème avec le principe qu'il a posé, et d'après lequel l'instituteur, dans la formation des signes mimiques artificiels , doit se laisser guider par son

(1) Anweisung wie Kinder und Stumme, etc., cliap. IX, pages 364 et suiv.

(a) Voyez la note H , à la suite de ce Chapitre.

I>ES SOURDStMUETS. PART. II, CHAP. Xff. 79

élève. M. Wolke s'est flatté que, si le langage des signes était soumis à certaines règles, rendu propre à l'expression de toutes les idées, introduit dans les institutions et les familles , il deviendrait un moyen facile de communication entre tous les peuples (i). A l'exemple des abbés de FÉpée et Sicard , M. Wolke a institué des signes méthodiques grammaticaux; mais il a cherché à les rendre plus simples , à les lier plus étroitement entre eux : une seule main ouverte ou fermée, en tout ou en partie , les lui fournit (2). Le plus souvent, au reste , ces signes sont pour le moins aussi arbitraires que ceux des instituteurs de Paris ; et M. Wolke nous laisse ignorer quelle est l'espèce d'utilité qu'il a pu y trouver dans l'enseignement. L'alphabet manuel des abbés de l'Épée et Sicard parait , à M. Wolke , d'une exécution trop lente. Il en a imaginé et adopté un autre , dont l'emploi est en effet beaucoup plus rapide , mais qui a le grave inconvénient de ne correspondre par aucune analogie aux caractères de l'écriture. Les voyelles y sont désignées par les articulations placées à

(1) AnweisiiHg, etc., chap. V, pag. 3n et suiv. ; ch. IX , page 346.

(a) Ibid., chap. Ier, page 10. = A la suite du chap. Ier, on trouve un thème de leçon de prononciations , divisé en deux échelles, Tune de 97, l'autre de 33 lettres ou syllabes, et leur application aux termes monosyllabiques.

80 DE L^DUCATIOff

l'origine des doigts de la main gauche; les consonnes, par les phalanges de ces mêmes doigts; l'index de la main droite les indique , et les deux mains sont aussi occupées, ce qui est un autre inconvénient dans la pratique. Il réprouve l'appellation ordinaire; il suit, pour enseigner l'articulation artificielle, des procédés analogues à ceux qu'a décrits l'abbé de l'Épée , mais avec des applications particulières à la langue allemande (i). 11 ne dédaigne point d'entrer dans les plus grands détails sur l'enseignement de l'écriture , et sur les conditions nécessaires pour donner à ses formes la beauté dont elles sont susceptibles.

M. Wolke fait marcher de front, et dès le début, les exercices mécaniques de l'écriture, de la prononciation artificielle , de l'alphabet labial , de l'alphabet manuel, et l'exercice de l'intelligence dans l'interprétation de la langue, en sorte que son élève apprend à la fois à lire, a écrire, à parler, à comprendre (2). L'élève continue en même temps l'usage des signes dont il était déjà pourvu; il continue à les multiplier ; le dessin s'unit à la pantomine pour peindre les valeurs de la langue*

(1) Anweisung , etc., chap. IX, page 389. = M. Wolke essaie de substituer à l'orthographe usitée de la langue allemande un système nouveau qui rend à l'écriture une fidèle conformité avec la prononciation.

(2) Ibid. , chap, l* , page 8.

DES SOURDS-MUETS. — PART. II, CHAP. XII. 8l

Loin que ce concours de plusieurs systèmes de langage , simultanément employés , présente quelques difficultés à l'instituteur , il remarque judicieusement qu'une idée se fixe d'autant mieux dans l'esprit quand elle* lui parvient par plusieurs sens à la fois; l'expérience lui a prouvé que, dans l'instruction des sourds-muets , les mots de la parole artificielle et les mots écrits se prêtent un mutuel secours dans la mémoire de l'élève, en sorte que les uns servent à faire mieux retenir et rappeler les autres, (i)

M. Wolke a présenté l'essai d'une nouvelle écriture idéographique, dans laquelle toutes les idées se trouveraient exprimées par des caractères ou des figures de convention : un radical donné y subit des modifications correspondantes aux formes que l'idée principale reçoit dans les conceptions de notre esprit , et de là résulte une sorte d'analogie systématique dans l'ensemble de cette écriture, composée de monogrammes et de hiéroglyphes. L'auteur ne nous fait point connaître s'il entend faire quelque application de ce système à l'éducation du sourd-muet, et il serait difficile d'imaginer qu'on pût en retirer, pour ce genre d'éducation , aucune espèce d'avantage. (2)

(1) Anweisung wie Kinder, etc., chap. II, page 104.

(a) Ibid. , chap. VII , page 339. II. 6

8a DE L ÉDUCATION

L'ouvrage de M. Wolke n'offre pas , entre ses parties, les proportions désirables; trop exclusivement pratique , il n'est cependant pas assez complet pour servir de manuel; on y désirerait une logique plus rigoureuse, des vues plus profondes; mais il est riche en vues de détail , en procédés ingénieux , et il sera consulté avec fruit par tous les instituteurs.

des sourds-mûets. — part, n, chap. xii. 83

Note H, page 78.

Exemples des signes mimiques artificiels employés par M. Wolke, traduits de F allemand.

« Une maison se représente par la formation d'un « triangle isocèle , et d'un carré au - dessous , au mi- « lieu duquel est un rectangle pour une porte , et « deux autres de chaque côté pour deux fenêtres. Une « ville a pour signe la description de ces maisons sur « plusieurs lignes ou rues, entourées d'un mur, avec des « portes. Le signe du pain consiste à imiter l'action de « le couper et de le manger ; le signe de viande consiste « à pincer un muscle de la main , celui de poisson, dans « sa forme et le mouvement de sa natation; Y oiseau se re- « présente de la même manière, et par son vol; l'insecte, « par la description de ses anneaux de chaque côté de la « poitrine, et par ses six pâtes; le ver, en indiquant sa « manière de ramper, et montrant qu'il n'a pas de pâtes.

« Le chien se représente par l'imitation de son aboiement; « le chat, par son miaulement ou par sa marche douce «et circonspecte, par ses longues moustaches , par les « griffes aiguës de ses pâtes; le fier coq, par l'imitation « de son chant , avec lequel il répond aux siens ou les « appelle au silence de la nuit.; la poule, par le soin in- « quiet avec lequel elle appelle, en gloussant, ses pous- « sins à un grain qu'elle vient de découvrir ; les poussins, « par leur attention aux mouvemens de la mère , et par « leur promptitude à accourir^ le coq-d9inde7 par la nia-

a gnificence de sa queue déployée avec majesté , par la « noirceur de ses pâtes ; Voie et le canard, par leur ca- « quet, leur manière de barboter et de nager, et par la « différence de leur grosseur ; le lapin, par sa manière de « s'asseoir et de sauter; le taureau, par ses cornes, sa «pesanteur, son mugissement; \& vache, par son gros « pis ; le mouton, par sa laine , sa douceur, son bêlement; « le cheval, par sa taille, sa vivacité, sa légèreté; par sa « crinière et sa queue; par son aptitude à traîner des far- « deaux, à porter l'homme, ou seulement par l'imitation « de son hennissement

« Vo\xv\e sable, le sourd-muet imite Faction d'en répandre « sur son écriture ou par terre; pour la glaise, il feint « de prendre quelque chose, de le pétrir, d'en faire un « vase comme le potier qu'il a vu ; pour X argile, il montre « comment on la prépare , et comment le maçon l'étend « avec la truelle sur les briques ; il indique aussi sa cou- « leur jaune; pour la craie, il imite l'action d'écrire sur la « planche noire; pour le verre, il représente quelque «chose de solide et de transparent; pour la pierre, il « représente une masse solide, qu'il frappe avec le mar- « teau, de manière qu'elle se brise en plusieurs morceaux; « pour le mercure, quelque chose de blanc et de lourd, « qui, en coulant, se divise en petites boulettes ; pour le « métal, quelque chose de brillant et de pesant, qui se « laisse étendre sous le marteau; pour le fer, il montre • comment il est rougi dans la forge à l'aide du soufflet, « et ensuite forgé sur l'enclume ; pour le cuivre, il figure « un métal rougeâtre, et comment il est martelé et aplati : « le laiton se représente de la même manière; seulement,

« on indique qu'il est jaune : pour le plomb, le sourd-muet « fait le fondeur de plomb ou de balles; pour Xétain, il « coule quelque chose de fondu sur le feu , dans un «moule, et le travaille, comme il Fa vu faire au potier «d'étain; pour X argent, il représente quelque chose « de solide, de blanc, de malléable, dont on fait des « pièces de monnaie, et qui, par là, est d'une grande « valeur; si, dans son endroit, l'argent seul a cours, il « fait seulement comme s'il prenait quelque chose de sa « bourse et le comptait : Xor se représente comme l'ar- « gent, en ajoutant le signe de jaune et la manière de le «peser prudemment au trébuchet, comme de la plus « grande valeur : pour le sel, il fait comme s'il prenait « quelque chose de la salière , le répandait sur les mets « et sur sa langue, et en sentait les picotemens. »

Voici quelques signes de l'âme et de ses opérations, tels que M. Wolke les décrit :

« Uâme. Le muet porte la main au front et au cœur.

« L'Âme est un esprit. Le signe précédent , et les signes «de long, de large, de profond, ou d'étendue et de « corps ; avec négation.

« ha raison {la faculté dy être intelligent ou de penser). a 11 porte l'index de la tempe au milieu du front , qu'il « regarde comme l'origine ou le siège de la pensée.

« L'intelligence {la masse de nos idées). Le muet tire « du siège de la pensée des rayons divergens , comme « s'il dessinait une lumière.

« Une idée. 11 trace un demi-cercle sur le front, avec « l'index.

« Une pensée. Il trace un demi-cercle sur le front, et

86 DE i/^DUCATlOW

« reporte doucement le bout de l'index en sens inverse, « en suivant la même ligne.

«Penser. Il trace du milieu du front, siège de la « pensée, une spirale qui se développe, et en même « temps il tient la tète et les yeux fixes : ajoute-t-il le « signe de négation , il exprime être sans penser.

« Réfléchir. Il tire, comme avant, le fil de la pensée, «et, par une spirale concentrique, il revient au point « d où il est parti.

« Méditer. Il tire du milieu du front des spirales ex- « centriques , dont la dernière tourne autour de sa tête.

« Pénétrer. L'index fait le signe précédent, et s'intro- « duit ensuite entre le pouce et l'index de la main gauche « fermée.

« Contempler. Le muet trace , avec l'index gauche , la « ligne de la pensée , et dirige fortement les regards sur « la main droite, qui se tourne lentement pour montrer « chaque côté.

« Inventer. Le muet ferme les yeux , conduit ensuite « l'index en lignes ondoyantes sur le front, comme s'il « voulait y chercher quelque chose qui y serait appliqué ; « puis il fait comme s'il le saisissait avec le pouce et « l'index; il ouvre en même temps les yeux 'avec un air « content.

« Se souvenir. Il tire du siège de la pensée une spirale « excentrique, porte la main un peu en arrière, et fait « ensuite comme s'il saisissait le signe de la pensée qu'il « a fait avant : ajoute-t-il maintenant le signe de la né- « gation , il exprime oublier.

« Douter. La tête et les yeux sont un instant immo-

« biles ; puis la tête se porte sur 1 épaule droite et gauche, « ensuite on fait le signe de oui et non. La tète se penche « à droite et à gauche, semblable aux raouveraens des « bassins d'une balance*

« Vouloir. Le muet regarde un objet, tend la main vers « cet objet , et fait comme s'il voulait l'attirer vers lui.

• Désirer. Comme vouloir; seulement, on tend les « deux mains ouvertes vers la chose, et on la tire ensuite « à soi , comme si on voulait se l'identifier.

« Espérer. Le signe de désirer ; la physionomie ex- « prime la joie et l'assurance.

« Aimer. Le muet baise le bout de ses doigts , applique « et presse ses deux mains sur le cœur, et ajoute les signes « de vouloir, désirer et espérer. »

Les signes particuliers des prépositions, donnés par M. Wolke, consistent, comme les signes grammaticaux, dans certaines positions des mouvemens des doigts de la main , dont un mouvement en ligne droite est le thème fondamental.

(Anweisung wie Kinder, etc., chap. IX, pages 371 et suiv. )

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