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être séparé de l'éducation ; il attend de celle-ci les plus précieuses influences.
« différens organes par lesquels ils lui parviennent. Ce rap- « port raisonné , dans lequel l'individu se trouve placé avec « toutes ses impressions , soit intérieures , soit extérieures t ce amène infailliblement le développement de l'esprit , qui a « dès-lors, sur les lois primitives de toute existence, des no- « tions aussi immédiates que Tétaient d'abord les impressions « des sens. Dès-lors , aussi , la méthode intuitive se détache « de ce qui a rapport aux sens ; elle s'adresse immédiatement « à l'esprit ; comme auparavant elle a su mettre de l'ordre « dans ses sensations, elle règle maintenant les idées, en « prenant pVur guide la distinction des facultés intellectuelles « et morales, dont l'activité concurrente* a produit la variété, « et avec elle la confusion des idées.
« La méthode intuitive n'est donc que l'analyse des opérait tions de la nature. Elle donne par degrés à l'individu une « vue claire et distincte de ce qui se passe en lui ; en un mot , « de toutes ses connaissances , et par là même elle lui donne « la facilité de les étendre pendant tout le cours de son exis- « tence. »
Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que la méthode intuitive est ici définie d'après les vues propres à Pestalozzi , et telle qu'elle a servi de base à son système.
Ces passages sont extraits, en partie, d'un avis publié à Tverdon, par M. Naè'f, en allemand et en français (mars 1 8 1 6); en partie d'un Mémoire manuscrit qui nous est parvenu par les soins oblïgeans de S. £. M. le baron de Damas , ministre secrétaire d'État au département des affaires étrangères ; en partie aussi d'explications que M. Naêf a bien voulu m'a- 1 dresser, avec une obligeance dont je m'empresse de lui témoigner ici toute ma gratitude.
DES SOURDS-MUETS. PART. II, CHAP. XIV. l3l
« Le sourd-mtiet doit, avant tout et à tous égards, « être considéré et développé comme une créature « raisonnable , chez qui , comme chez toute autre de « son espèce , doit se manifester la vie spirituelle , « émanation de la Divinité. » Tel est le principe fondamental du système de M. Naëf. « L'esprit et le « cœur du sourd-muet, dit-il, ne sont ni sourds ni « muets. L'école, dit-il encore, doit être une répé- « tition de la vie. » Il a cherché à agir sur la faculté la plus noble de notre nature , sur la sensibilité morale de son élève. « La direction maternelle , a dans le sens le plus intime de ce mot, est une « condition indispensable pour le succès. La vie « des élèves, dans l'institut, doit être organisée « daû$ l'esprit d'une vie de famille (i). Le pauvre « sourd-muet , qui a tant de peine à se faire com- « prendre et à comprendre les autres, a tant be- « soin d'amour, et il en est si digne! Il est si aisé « de lui faire tort, de le blesser par un malentendu, « de le rendre sournois , méfiant , malheureux et a même méchant! »
Faire naître et développer les idées, pour leur donner des expressions , telle est la règle fonda-
(i) « Un traitement affectueux qui s'étend à tous, qui em- « brasse tous les détails des soins dont ils sont l'objet,' doit « allumer en eux le feu sacré de l'amour pour leur maître et « pottfceux qui les entourent, doit exciter en eux lès senti- « mens de la reconnaissance et de la confiance. »
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mentale que M. Naëf s'est prescrite dans renseignement; elle lui paraît même être la seule possible. « Elle est fort différente sans doute de l'usage « suivi dans l'éducation ordinaire, où les expres- « sions sont d'abord offertes aux élèves, sauf à lui a faire ensuite acquérir les idées ; et de là les préce ventions répandues contre la capacité du sourd- « muet pour les notions abstraites, parce qu'on « ne peut, à son égard, se faire, en l'instruisant « par les mêmes moyens, les mêmes illusions qu'on « se fait à l'égard des autres enfans que l'on supcc pose pourvus de ces notions, parce qu'ils en proie noncent les termes.
« L'esprit est conduit par sa propre nature à gé- « néraliser ce qu'il a vu dans un cas individuel; « mais , en généralisant, il est souvent induit en « erreur. La vie et l'instruction doivent donc être « assez riches pour lui fournir des termes de coince paraison qui suffisent pour circonscrire exactece ment les notions qu'il s'institue.
« La valeur des formes de la langue et des lois « de la syntaxe ne peut être expliquée au sourdce muet, qu'autant qu'il a perçu lui-même les râpée ports dont ces formes sont l'expression.
« C'est la nature elle-même qui invite l'instituée teur des sourds-muets à s'emparer de ce langage « mimique et physionomique , dont elle a si abon- « damment pourvu ces infortunés, et qu'elle les « a rendus si habiles à exécuter ; l'instituteur les
« excitera, les aidera à perfectionner ce langage
« comme à l'étendre. Quelquefois même il con-
« courra avec eux pour sa formation. L'instituteur
«ne peut assigner aucune limite déterminée à
tf ce langage; car il s'étend de lui-même avec le
« cercle des idées de l'élève ; il s'en servira pour
« vérifier si l'élève a saisi le sens de ses leçons, et
a pour le lui faire saisir quand il n'y serait pas
« parvenu par lui-même. »
M. Naéf renonce aux secours du langage mimique, dès que les signes naturels ne suffisent plus pour faire comprendre la signification des mots de la langue. Les signes artificiels ne répondraient plus alors au but que l'instituteur se propose ; il a recours aux mots de la langue déjà connus, à l'aide desquels il explique ceux qu'il s'agit de faire connaître.
Toutefois, M. Naëf a cru devoir adopter les signes grammaticaux de l'abbé Sicard; mais il évite de trop s'occuper de leur signification abstraite; il les considère comme des cadres où vont se ranger les tableaux mouvans produits par les scènes mimiques du développement de la langue , dont il puise toujours la matière dans la vie de l'élève et les circonstances qui l'environnent. Il ne donne les signes grammaticaux à celui-ci, qu'après lui en avoir fait sentir la nécessité ; il le conduit à les construire en quelque sorte par luimême en instituant les lois de la grammaire.
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C'est sur la langue écrite que tM. Naëf fait reposer essentiellement l'enseignement des sourdsmuets; il en fait une sorte d'exercice pour la réflexion , en les accoutumant à se rendre compte par écrit de l'expérience qu'ils acquièrent. Les 'occupations de ses élèves, leurs jeux, leurs délassemens, les événemens qui se passent autour d'eux, les scènes qui s'offrent à eux dans leurs promenades, sont autant d'occasions qu'il met à profit.
Il a eu l'idée ingénieuse de faire tenir par chacun d'eux un journal où ils consignent ces observations , ces souvenirs, qu'ils se communiquent les uns aux autres , et qui est ensuite corrigé par l'instituteur. Il les exerce aussi de très bonne heure k la lecture , en mettant sous leurs yeux des contes et des fables k leur portée. Quand ils ont appris à connaître la valeur des formes de la langue, il leur fait dresser par eux-mêmes, et d'après l'analogie , des tableaux de déclinaisons et de conjugaisons.
En conservant ainsi son rang à l'écriture et à la lecture , en tirant le plus grand parti du langage mimique, M. Naëf estime cependant que l'enseignement de la parole artificielle est d'une extrême importance; il ne s'en dissimule pas les lenteurs et les difficultés , surtout pour une réunion nombreuse d'élèves, surtout encore pour les sourdemuets qui ont déjà passé le premier âge. Indépendamment de l'avantage qu'obtient le sourd-muet
DIS SOURDS-MCETS. PART. Il, CHAP. XIV. I 35
d'être admis par la parole artificielle à la conversation habituelle et générale , M. Naëf suppose que cet exercice de l'organe vocal donne au sourdmuet beaucoup de lumières sur la nature de la langue , lui inspire plus d'intérêt pour l'étude , et lui fait faire des progrès plus rapides dans son étude.
M. Naëf fait également usage de l'alphabet manuel; il l'emploie alternativement avec les signes mimiques naturels, par des traductions réciproques de l'un de ces deux langages en l'autre.
Il désapprouve avec raison , comme une marche peu naturelle et peu attrayante pour l'élève , l'enseignement séparé et prolongé de la nomenclature; il s'empresse de combiner les mots en propositions, pour reproduire en son entier le tableau de la pensée. Son expérience l'a conduit à penser que l'abbé de J'Épée et l'abbé Sicard sont tombes dans deux erreurs opposées, l'un en s'attachant trop à la construction mécanique du mot de la langue, l'autre en voulant donner à ce même mot une explication trop métaphysique.
L'instituteur d'Yverdon nous semble avoir apprécié avec beaucoup de sagacité les fruits qu'on peitf retirer, pour l'instruction des sourds-muets, de l'art du dessin, des notions élémentaires dû calcul et 4e la géométrie; il leur fait jouer, avec raisop,un rôle essentiel dans son plan, Après avoir débuté par le dessin linéaire, l'élève copie des
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modèles, exécute même des figures de son invention; mais en procédant des formes les plus simples aux plus composées, et en se soumettant, pour les dessiner, à certaines conditions données, relatives aux lignes , aux angles , etc. A ces exercices se rattache un cours pratique de perspective. Le calcul et la géométrie élémentaires sont montrés d'après la méthode intuitive de Pestalozzi.
M. Naéf a remarqué que la géographie intéresse beaucoup ses élèves; ils s'y appliquent d'eux-mêmes pendant leurs heures de loisir. Il a soin d'accroître encore cet intérêt , en associant l'histoire à la connaissance des lieux qui lui servent de théâtre. Il a remarqué encore, et c'est une observation que nous recueillons avec une douceur singulière, avec un empressement mêlé de joie, chaque fois qu'elle s'offre à nous; il a remarqué que le sourdmuet embrasse avec une grande ardeur les idées religieuses, dès qu'elles lui sont offertes ; qu'il aime à s'en pénétrer, qu'il y puise une abondante consolation.
La gymnastique est le principal exercice corporel que M. Naéf admette pour ses élèves; il en a recueilli beaucoup d'utilité; mais il s'est fortement prononcé contre l'introduction de toute espèce d'apprentissage de métiers industriels dans un institut de sourds-muets. Il est convaincu que par de semblables travaux mécaniques , on contrarie le développement harmonieux des facultés intellee»
DES SOORDS-MDETS. PART. II, CHAP. XIV. ify
tuelles et morales , qu'on enlève à leur culture un
temps dont elle ne peut se passer , qu'on fortifie
chez le sourd-muet une prépondérance de l'homme
physique sur l'homme moral, déjà trop fortement
prononcée par l'effet du retard qu'a éprouvé son
éducation. Il croit même que l'on contrarie ainsi
les voies de la Providence, qui a , dit-il Réservé le
premier, âge de la vie, comme une époque sacrée,
pour la libre préparation à la haute destinée qui
lui appartient, et qui a voulu que cet âge fut
exempt de tout service et de tout travail pour la
subsistance de l'individu, en confiant à ses parens
le soin d'y pourvoir.
C'est auprès de M. Naëf que s'est formé M. Burki, auquel les administrateurs de l'Institut des sourdsmuets placé à Bachtelen , près Berne , ont confié la direction de cet établissement. Les principes d'après lesquels il est régi , le plan qui y est adopté, présentent, sous deux rapports essentiels, un intérêt particulier : on s'est attaché , dans cet institut, à simplifier, autant qu'il était possible, les procédés employés pour l'instruction du sourdmuêt; on y a donné, à l'éducation du sourd-muet, une direction éminemment morale.
Des circonstances relatives à la situation économique de l'Institut des sourds-muets près de Berne , ont mis ses administrateurs dans l'heureuse nécessité de chercher à réduire les méthodes d'enseignement au plus haut degré de simplicité dont
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elles soient susceptibles, et par là. ils se sont trouvés naturellement conduits à rendre ces méthodes accessibles aux instituteurs ordinaires; de sorte que l'emploi pourrait par la suite en être répandu dans les écoles ordinaires; qu'ainsi tous les sourds -muets seraient à portée des moyepis d'instruction (i), et que l'institut spécial formé pour eux ne serait plus destiné qu'i être un établissement normal. En lisant les judicieux rapports publiés par ces administrateurs (2) , on est frappé de la parfaite analogie de leurs vues avec celles qu'a exposées M. le pasteur Daniel (3). Les méditations théoriques de cet estimable auteur se sont rencontrées avec les directions pratiques adoptées daps l'Institut bernois, et servent de confirmation réciproque. (4)
(1) On compte environ 1,000 sourds-muets dans le canton de Berne.
(2) Bericht ûber Taub-Stummen anstalt bey Bern. Berne, 1823, 1824.
(3) Voyez l'ouvrage dont nous avons donné l'analyse au Chapitre précédent.
(4) M. le pasteur Daniel et MM, les administrateurs de l'Institut près de Berne , ont , chacun de leur côté , reconnu cet heureux accord. M. Neumann {Die Taub-Stummen anstalt zu Paris, page i3, dans la note) conteste cependant cette analogie. Mais le témoignage des administrateurs de l'Institut bernois est positif. « Nous avons eu la joie de décou- « vrir , disent-ils ( Zweiter bericht, etc. Berne , 1 824 , pag. 4 « et 5), que M. le professeur Daniel , dans son ouvrage sur
On avait d'abord conçu l'idée d'employer, dans l'Institut bernois , le langage des signes , avec le développement artificiel et systématique qu'il a reçu dans l'établissement de Paris et dans un grand nombre d'autres ; mais on a été bientôt contraint d'y renoncer, pour se renfermer dans les limites qui étaient imposées par les circonstances , et pour atteindre à cette simplicité de ressorts qu'on se proposait d'obtenir. On a jugé d'ailleurs que ce langage était trop difficile pour devenir un instrument à l'usage des maîtres d'école ordinaires, et qu'il serait à peu près inutile' aux élèves eux-mêmes, après leur sortie de l'établissement, pour leur communication avec les autres hommes. On n'a eu garde d'ailleurs d'abandonner les signes mimiques de la création du sourd-muet; on s'en est emparé , au contraire, comme du premier anneau de communication entre le maître et les élèves; mais c'est à ces signes indispensables, comme moyen de préparation à l'étude de la langue, qu'on a restreint le secours de la pantomime. ( i )
« Tins traction des sourds - muets et des aveugles , a été « conduit , indépendamment de nous , aux mêmes vues que « nous sur la méthode que nous suivons , comme il le re- « marque lui-même dans son écrit; et nous sommes entrés à « ce sujet en correspondance avec lui. »
(i) Dans le rapport des administrateurs, on compare les signes mimiques à une béquille , qu'il faut rejeter le plus tôt possible , dès que le convalescent est en état de marcher.
i4o de l'éducation
On n'attache point non plus , dans l'Institut bernois, à l'articulation artificielle, le même degré d'importance que dans quelques autres établîssemens étrangers. Cet art a paru exiger trop de temps , présenter trop de difficultés , pour pouvoir être d'un emploi général, et d'ailleurs, on a remarqué que les résultats qu'il produit compensent rarement les peines qu'il coûte. On ne néglige cependant point d'exercer les élèves à lire sur les lèvres de ceux qui parlent, et à imiter la prononciation, mais sans en faire un but essentiel dans leur instruction. Ces exercices ont donné lieu , dans l'Institut bernois , à une remarque d'un grand intérêt , qui n'avait point encore été faite. Cet institut renferme , comme tous les autres , avec quelques enfans absolument sourds, d'autres qui ne sont atteints que d'une surdité plus ou moins incomplète. Tandis que, dans la plupart des instituts, ceux-ci achèvent de devenir entièrement sourds , dans l'Institut bernois, ils retrouvent, au contraire , graduellement , une faculté d'audition plus ou moins marquée, par le soin qu'on prend à leur faire prêter attention aux sons, (i)
Ce sont donc les caractères de l'écriture que l'on considère et que l'on emploie dans l'Institut bernois, comme l'instrument essentiel pour l'enseignement de la langue, parce que c'est celui
(i) Bericht, etc. i823, pages ia et i3.
DES SOURDS-MUETS. — PART. II, CUkP. XIV. l4l
dont l'usage s'apprend le plus facilement, et qui, après la parole, jouit d'une plus grande généralité. Pour le sourd -muet, le mot écrit doit non pas représenter, mais remplacer absolument le mot parlé ; il doit représenter immédiatement l'objet. (1)
On n'a point prétendu, dans l'Institut bernois, substituer l'enseignement classique au premier enseignement de la langue, tel que le reçoivent les enfans ordinaires : mais, en continuant à distinguer les leçons de la nourrice, pour nous servir de l'expression du rapport , des instructions données par le maître, les instituteurs des sourdsmuets se sont chargés tour à tour des uns et des autres. L'instituteur remplit la première fonction , cette espèce d'office maternel (a) , en enseignant à son élève à regarder autour de lui, à noter ce qu'il observe, à l'exprimer, dès qu'il lui est possible, par de petites phrases; car on a judicieusement remarqué que nos perceptions ne sont jamais, dans notre esprit, isolées d'un jugement; que la marche de la nature est de commencer de bonne heure à exprimer des faits dans des propositions simples. On se hâte donc d'introduire , le plus tôt possible, le sourd-muet à l'adoption de ces pro-
(1) Bericht, etc. 1823, page i3.
(2) IbicL, page 14.
i4a de l'éducation
positions; on évite de se traîner avec lui sur une nomenclature dépourvue d'intérêt et de sens. On ne s'attache point d'abord aux mots isolés, aux déclinaisons, aux conjugaisons, aux formes diverses que reçoivent les mots dans le discours; mais on fait d'abord débuter l'enseignement syntaxique avec l'emploi du premier adjectif, et la construction des phrases avancé toujours parallèlement avec l'expression des idées simples. De cette manière, on se trouve promptement dégagé des signes mimiques , comme moyens de définition. Alors aussi on peut provoquer sans cesse des jugemens nouveaux. Les questions sont proposées ; elles sont échangées eiftre l'élève et le maître ; l'intelligence , aux facultés actives desquelles on fait ainsi un constant appel , s'éveille plus vivement, et prend un rapide essor, (i)
C'est ensuite de la syntaxe , ainsi enseignée par l'usage, qu'on fait dériver les formes grammaticales. \
On considère, avec raison, dans l'Institut bernois , le calcul comme une des parties essentielles de l'instruction des sourds -muets; mais on y à adopté, pour principe, de faire précéder les opérations sur les chiffres, par le calcul de tête : afin de diminuer pour l'élève les premières difficultés de la • numération , on fait usage de fiches de différentes
(i) Bericht, etc. i8a3, pages "i 5 et 16.
couleurs, suivant, dans leurs valeurs, la progression décuple. On enseigne aussi le dessin, mais surtout dans l'intention de former l'œil et la main ; aussi a-t-on judicieusement lié cet exercice avec l'étude des formes géométriques.
On ne partage point, dans l'Institut bernois, l'opinion désavantageuse que d'autres personnes ont conçue et exprimée sur le caractère dés sourdsnmets; et, tout en reconnaissant que l'isolement auquel ils sont condamnés, que l'abandon dans lequel on a trop généralement le tort de les laisser, doit inévitablement leur être funeste, on protesté hautement contre l'excessive sévérité de quelques arrêts portés même par des instituteurs de sourds-muets, et qui drtt représenté ces infortunés sous les couleurs les plus défavorables (i). C'est avec autant de confiance que de zèle qu'on a entrepris leur éducation. La culture des facultés du sourd-muet, tel est le but éminent auquel on se dirige dans l'Institut bernois : c'est surtout l'homme moral qu'on veut former, en développant l'homme intellectuel. Une bonne éducation physique, des exercices gymnastiques, sont appelés à y concourir comme préparation ou comme moyens auxiliaires. Les deux grands ressorts qu'on emploie sont : X affection et X exemple; le travail
(i) Zweiter Bericht , etc. 1824» page 11
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et Y ordre complètent le régime moral (i). Les châtimens corporels en sont bannis, comme les récompenses puériles; le nom de l'élève coupable, affiché contre un mur, suffit comme punition. On a jugé convenable de ne point précipiter l'enseignement religieux, de peur de donner aux enfans, sur le sujet le plus auguste et le plus grave , des idées fausses qui auraient des conséquences funestes; on fait jaillir cet enseignement du spectacle de la nature et des témoignages de la conscience, lorsque sa voix commence à se faire entendre d'une manière distincte (2). Déjà on ressent les heureux effets de ce système ; les élèves sont heureux et deviennent bons, connaissent leurs devoirs et s'y attachent.
(1) Zweiter Bericht , etc. 1824, pages i57 17.
(2) Bericht , etc. i8a3,page2t.