II. l
dans notre institution de Paris ; et ce qu'il y a de fort remarquable, c'est que cette analogie ne tombe pas seulement sur les expressions de quelques idées familières et sensibles , comme boire, dormir, manger y etc., mais sur celles de quelques idée» d'un ordre relevé comme vérité, mensonge, bon, joli, etc. (i). M. Akerly a publié aussi une suite d'exercices élémentaires à l'usage des sourds-muets, qui renferme ia pratique de l'art telle qu'il l'exerce dans l'Institut de New- York, dont la direction est confiée à ses soins. (2)
La création des Instituts de sourds-muets dans quelques villes des Etats-Unis , les démarches faites pour leur procurer des souscripteurs, les assemblées où se réunissent les bienfaiteurs de ces établissemens, ont donné lieu à diverses circulaires, à des adresses , à des discours, à des rapports imprimés ensuite , qui ont répandu dans les États-Unis la connaissance des principes sur lesquels l'art se fonde , du but qu'il se propose et des moyens qu'il
emploie (3). Dans le nombre de ces ouvrages, nous
(1) Voir la note K, à la suite de ce Chapitre,
(2) Elementarjr exercices for the Deqf imd Dumb , etc. New-York, i8aa, in-8°.
(3) À Discourse pronounced by request qf the Society for the Deqf and Dumb, in New~York; by Samuel L. Mitchill. New-York, 1818 , etc., etc. x= Sermon an the opening of the Connecticut azylum, etc.; by Rev. Th. W. Gallaudet. Harntford , 1817, etc., etc.
DES SOCRDS-MUETS. PART. II, CHAP. XVÏ. 1q5
remarquons avec une satisfaction qui pourrait être une sorte de légitime orgueil , celui que M. Clerc a composé pour l'Institut qu'il dirige d'une manière si honorable, (i)
La littérature américaine a donné le jour à un genre de production dont nous n'avions point encore l'exemple dans celle de la vieille Europe : tfest un poème sur les sourds-muets, dont l'auteur est M. Mossey Scott, (a)
(i) La traduction de ce discours a été imprimée en français. Genève et Paris, 1818.
(a) New-York. 1820.
K)(> ue l'éducation
Note I, page 189.
Exemple d'une personne sourde-muette et aveugle dans F Institut royal de sourds-muets de Paris.
Nous avons, à l'Institut royal, une demoiselle fort intéressante , mademoiselle Morisseau , qui a le malheur d être à la fois sourde-muette et aveugle. Elle est devenue sourde, et par conséquent muette aussi, dès l'âge le plus tendre; mais elle n'est devenue aveugle qu'à l'âge de treize ans. On avait déjà pu commencer à lui enseigner à écrire , à lire et à connaître la valeur de quelques mots, quand elle a été frappée de cécité; mais alors son éducation a été négligée pendant quelque temps; elle a oublié à peu près ce qu'elle savait. Plus tard, Massieu devint son maître : elle se rappela en partie les connaissances qui s'étaient effacées de sa mémoire, en acquit de nouvelles, en partie à laide de caractères imprimés en relief, tels qu'on les emploie dans l'Institut royal des jeunes aveugles , en partie à l'aide d'entretiens qui ont eu lieu avec elle par les signes mimiques et à l'aide du tact. Elle exprime sa pensée par des signes ; en plaçant la main dans sa main, on lui fait sentir les formes de l'alphabet manuel. Son instruction religieuse a reçu un assez grand développement et a exercé sur sa destinée la plus heureuse influence. Depuis qu'elle a fait sa première communion , la sérénité et même la joie règne ordinairement sur sa physionomie; elle dit elle-hiême qu'elle est heureuse, et un jour qu'une de nos institutrices lui en demandait la cause : « Je pense à Dieu , ré- « pondit-elle ; il est si bon ! » L'image de l'immortalité
future occupe sa pensée, sourit à son cœur. Elle est d'un caractère facile, doux, conimunicatif. Fort curieuse d'ailleurs, elle entretient un commerce assidu avec ses compagnes; elle ne s'ennuie point : dernièrement, on l'invitait à s'aller coucher ; elle s'étonna que l'heure en fat déjà venue : le temps passe si vite! dit-elle. Cette infortunée est un monument vivant de la puissance des sentimens moraux et religieux sur la destinée de l'homme. Nous aimerions à décrire ici avec détail ce phénomène, qui mérite presque d'exciter une sorte d'admiration. Ce motif du moins nous servira d'excuse, pour nous être arrêté- un instant sur un sujet étranger au cadre de notre travail
Note J, page 190.
Notice sur Dalgarno, auteur du Didascalocophus.
Nous ne connaissions point l'existence de l'ouvrage de Dalgarnô sur l'art d'instruire les sourds-muets , nous ne l'avions vu cité nulle part, lorsque nous avons découvert, dans le curieux mémoire de M. Dugald Stewart, des détails du plus haut intérêt sur cet écrivain. Nous croyons donc devoir réparer ici l'omission involontaire que nous avons commise dans le deuxième chapitre de cette Partie, où il eût dû trouver son rang, et nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que de rapporter textuellement ce qu'en dit le respectable philosophe écossais.
« Après avoir ainsi payé le tribut de mon sincère respect aux travaux éclairés d'un célèbre étranger, je me sens appelé à saisir l'occasion qui se présente à moi pour
I98 DK L'ÈDUCATIOlf
arracher à l'oubli le nom d'un auteur écossais dont le mérite a échappé à ses contemporains et à ses successeurs. Celui dont je veux parler est George Dalgomo, qui , il y a plus de cent trente ans, fut conduit par sa saule sagacité à adopter a priori, sur l'éducation des muets, la même conséquence générale dont la découverte expérimentale et l'heureuse application ont, de notre temps, jeté un éclat si mérité sur le nom de Sicard. J'ai déjà lait mention de Dalgarno dans une note ajoutée à la philosophie de l'esprit humain , comme auteur d'un traité très ingénieux intitulé Ars Signorum, ce qui fait croire incontestablement qu'il fut le précurseur de l'évéque Wilkins dans les spéculations conçues par ce dernier à l'égard d'un caractère réel et d'un langage philosophique; il me paraît maintenant également clair, d'après une connaissance plus étendue des fragmens abrégés qu'il a laissés après lui, que s'il n'a pas tracé la route aux essais du docteur Wallis pour enseigner aux muets à parler, il a conçu des vues qui, se rapportant aux moyens de les instruire, sont beaucoup plus profondes et plus étendues qu'aucune de celles que nous rencontrons dans les ouvrages de ce savant écrivain , antérieurs à la date des publications de Dalgarno. Je me dispense de m 'étendre sur ses droits dans ces deux exemples; mais je ne peux pas renoncer au plaisir de transcrire quelques paragraphes pour justifier ce que j'ai déjà avancé , par rapport à la coïncidence remarquable qui existe entre quelques unes de ses déductions théoriques et les résultats pratiques de l'académicien français. »
« Je conçois (ce sont les paroles de Dalgarno) que « d'heureuses instructions puissent être données à un
DES SOURDS-MUETS. — PART. II, CHAP. XVI. igC)
muet, même au berceau, lorsqu'il commence rlsu cog» noscere matrem , si la mère ou la nourrice a une main aussi agile qu'elles ont communément une langue : par •gemple, je ne doute pas que les mots main, pied, chien, chai, chapeau, etc., bien écrits et souvent présentés aux yeux de l'enfant muet, et montrant du doigt les mots et les choses, et vice versa, comme l'enfant aveugle les entend prononcer, ne puissent être connus et retenus par l'un aussi bien que par l'autre ; et comme je crois les yeux aussi dociles que l'oreille, je ne vois aucune raison pour ne pas rendre la main aussi traîtable que la langue, et amener la première à former des lettres, sinon bien nettes, du moins lisibles, comme la seconde imite les sons articulés et l'écho qui les répète.
« Les difficultés pour apprendre à lire sont si grandes dans un plan ordinaire, qu'on s'étonne justement comment l'enfant parvient à les vaincre. »... L'enfant sourdmuet, sous la direction de sa mère) passe avec sécurité sur tous ces écueîls. La distinction des lettres , leurs noms, leur pouvoir, leur ordre, les mots divisés en syllabes, leurs combinaisons; ajoutez à cela le ton et l'accent ; aucune de ces subtilités embarrassantes ne
met obstacle à ses progrès Il est vrai qu'après être
sorti de la discipline de la nourrice, et lorsqu'il arrive
a apprendre grammaticalement, il est obligé d'étudier
les lettres écrites par leurs formes, leur nombre et
leur ordre, etc», etc. »
« Le marne auteur remarque ailleurs, ajoute M. Du-
gald Stewart » que l'âme peut exercer son pouvoir par
le ministère de chacun des organes; et cependant, lors*
aoo de l'éducation
quelle est privée de ses premiers secrétaires, la vue et l'ouïe, elle est obligée de se contenter du service de ses laquais et de ses derniers domestiques , les autres sens qui ne sont pas moins vrais et fidèles à leur maîtresse que la vue et Fouie 9 mais pas aussi prompts dans leurs fonctions.
« Je n ajouterai plus qu'une autre citation, par laquelle mes lecteurs seront capables de voir, sans aucun commentaire de ma part, avec quelle sagacité et quel succès ce philosophe original a anticipé sur les conclusions expérimentales les plus subtiles d'un siècle plus éclairé. *
« Mon dessein, dit Dalgarno, n'est pas de donner un « système méthodique des règles grammaticales , mais « seulement des instructions générales par lesquelles ûo « précepteur industrieux peut amener son élève sourd à « l'usage vulgaire et 'on d'une langue; qu'il puisse être « ainsi plus capable de recevoir l'instruction dans le « 'h' in des règles de la grammaire, lorsque son juge- « ment est assez mûr pour cette étude. Ou , plus claire- « ment , mon intention est de tracer la route pour ensei- « gner à un homme sourd à lire et à écrire , se rappro- « chant autant que possible de la manière dont les enfans « apprennent à parler et à comprendre leur langue mi* « ternelle. »
« En poursuivant cette idée générale, il a traité, dans un chapitre très concis, d'un dictionnaire a V usage d'un homme sourd; et dans un autre, d'une grammaire pour des personnes sourdes; toutes les deux contiennent (avec le désagrément d'un style pédantesque et affecté), un choix de vues précieuses, dont, si je ne me trompe, on peut tirer des lumières utiles et praticables, non
seulement pour ceux qui entreprennent l'instruction d'un Mitchell ou d'un Massieu , mais pour tous ceux qui s'occupent de l'éducation des enfans pendant le premier période de leur âge.
« L'ouvrage dont ces citations sont extraites est un très petit volume intitulé Didascalocophus , ou le Précepteur du Sourd- Muet, imprimé à the Theater in Oxford , en 1680» Comme je n'ai jamais rencontré la moindre mention de cet écrit dans aucun auteur postérieur, j'en ignorais complètement l'existence, lorsqu'un exemplaire acheté dans une boutique ambulante, à Londres , me fut envoyé il 7 a quelques années.
« L'obscurité dans laquelle vivait Dalgarno et l'oubli complet dans lequel son nom est tombé , ne sont pas peu surprenans, quand on considère qu'il nomme au nombre de ses amis; John Wilkins, évêque de Chester; Seth Ward, évêque de Sarum, et John Wallis, profes* seur d'astronomie à Oxford. Il est encore plus surprenant qu'il n'y ait aucune notice sur lui dans les ouvrages de Wilkins ni dans ceux de Wallis ; tous les deux ont dû puiser des secours très importans dans ses spéculations* (1)
« Les indications de Dalgarno concernant l'éducation
(1) Le nom de Dalgarno (ou Dalgarus, comme on l'écrit quelquefois) n'est pas tout-à-fait inconnu sur le continent. Son Ars signorum est cité par Leibnitz dans plusieurs occasions , et aussi par Fontenelle dans son éloge de Leibnitz. Ses idées concernant l'éducation des muets paraissent n'avoir attiré aucune autre notice. La vérité est qu'elles étaient trop subtiles et trop lumineuses pour être justement appréciées au siècle où il écrivait.
202 dk l'éducation
des muets ne furent pas entièrement inutiles à Wallis, ce qui sera aisément constaté par ceux qui prendront la peine de comparer sa lettre à M. Beverly (publiée diihuit ans après le traité de Dalgarno), avec son Tractâtes de Loque/a, publié en i653. Dans cette lettre, on trouve plusieurs remarques précieuses sur la méthode de conduire le muet à la signification des mots ; et cependant le nom de Dalgarno n'est pas prononcé une fois a son correspondant.
« J'ai désiré de rendre justice, même à la distance d'un siècle, à Ja mémoire d'un homme ingénieux, négligé par ses contemporains , et déjà exposé à être oublie totalement par la postérité. Pour ceux que la curiosité porterait à étudier son ouvrage, l'originalité de ses conceptions et l'application évidente qui peut se faire de plusieurs de ses principes dans les cas particuliers que nous avons sous les yeux, forment par elles-mêmes une apologie suffisante. »
Les faits dont on vient de lire l'exposé doivent occuper désormais un rôle essentiel dans l'histoire de l'art. Je me félicite d'être redevable d'une découverte aussi importante et aussi curieuse à un illustre et respectable ami, envers lequel j'ai déjà contracté tant d'obligations , soit pour les lumières que j'ai puisées dans ses ouvrages , soit' pour les témoignages d'affection que j'ai reçus de lui.
DES SOURDS-MlïETS. — PART. TI , CHAP. XVI. 3o3
Notb K, page 194.
Comparaison des signes mimiques des sauvages du nordouest de F Amérique, avec ceux des sourds-muets.
Ce parallèle peut offrir aux observations du philosophe un sujet aussi neuf que curieux ; on aimera' peutêtre à en trouver ici quelques élémens. M. Àkerly a comparé les signes des sauvages à ceux qui sont employés dans l'Institut des sourds-muets de New-York, d'après les exemples de l'abbé Sicard. Nous les comparerons ici, i*. à ceux que les sourds-muets inventent euxmêmes et apportent à leur entrée dans notre Institution ; 2\ aux signes artificiels ou méthodiques obtenus par la réduction , qui sont employés dans notre Institution. Pour abréger, nous désignerons ceux des sauvages américains par la lettre À; ceux qui sont propres aux sourdsmuets par S. -M. ; ceux de réduction par R.
Pierre. (A.) — La main droite fermée donne plusieurs petits coups sur la gauche.
(S.-M.) Deux signes differens. — Le premier signe se lait en représentant la rondeur d'une boule : on figure un cercle avec les deux mains ouvertes, et on feint de la lancer en l'air. Deuxième signe : Imiter Faction de celui qui taille des pierres, et superposer alternativement les deux mains l'une sur le revers de l'autre , pour imiter l'action de bâtir.
(R.) — Comme le signe des sauvages.
Eau. (A.) — La main formée en creux , élevée vers la bouche, passe un peu en avant, sans toucher la bouche»
(S.-M.) — Voyez chap. IV, p. 101.
ao4 *>E L EDUCATION
(il.) — Signe de pluie et de boire.
Cheval. (A.) — La main droite , le bras tourné en bas, les doigts joints, le pouce en repos, s'étend en avant.
(S.-M.) — Voyez chap. IV, p. ioo.
(R.) — Voyez chap. IV, p. 112 , n° 1. Feu. (A..) — Les deux mains à moitié fermées se portent près de la poitrine , ensuite s'éloignent et se rapprochent Tune de l'autre. Les doigts s étendent, et les mains, un peu plus séparées, font un mouvement comme pour imiter la crainte de la flamme.
(S.-M.) — Ils imitent les mouvemens d'une personne qui met un genou en terre pour se chauffer; ils avancent la main, puis la retirent promptement en secouant les doigts, comme s'ils ressentaient une brûlure.
(R.) — Signe de rouge; puis les deux mams rapprochées , les doigts courbés en haut , se lèvent et s'abaissent Tune après l'autre, en agitant les doigts, pour imiter la mobilité de la flamme.
Air. (A.) — - La main droite levée perpendiculairement et portée en avant, avec un mouvement de vibration , en passant devant la figure.
(S.-M.) ■ — Agiter l'air devant la bouche en respirant fortement.
(R.) — - La main droite étendue verticalement, le revers en dehors, imite le mouvement d'un éventail devant la bouche qui souffle.
Froid. (A.) (Sensation de froid.) — Le signe d'air; mais la main droite fermée , tenue vis-à-vis de l'épaule en imitant un tremblement.
(S.-M.) — Voyez chap. IV, p. n4> n° 2.
DES SOURDS-MUETS. PART. II, CHAP. XVI. ao5
{R.) — Voyez chap. iv, p. n4, n° 1. ,
Printemps. (A.) — Le signe de froid , auquel on ajoute celui S achevé. {Voir ci-après.)
(S.-M.) — N'a pas été reconnu chez eux.
(R.) — La main droite , les doigts réunis par leur extrémité, sort plusieurs fois entre le pouce et les autres doigts de la main gauche, en s ouvrant pour indiquer la végétation.
Large , grand. (A.) — Les deux mains ouvertes, platées de chaque côté du corps, font un mouvement en ivant.
(S.-M.) — Les deux mains placées en avant de chaque zàté du corps s'écartent par un mouvement subit.
(R.) — Idem.
Voir. (A.) — L'index partant de l'œil se dirige vers l'objet.
(S.-M.) — Idem.
(R.) — Idem.
Clair. (A). — Les mains élevées et étendues s'avancent toutes deux en partant du visage.
(S.-M.) — Ouvrir à la fois les deux mains et les deux yeux.
(R.) — Voyez Partie II, chap. IX, p. 582-
Dormir ou nuit. (A.) — Les yeux fermés, la tête inclinée sur la main. (Le signe se répète^ autant de fois qu'on veut marquer de nuits.)
(S.-M.) — Idem pour dvrmir, et pour nuit, voyez chap. IV, p. io6.
(R). — Les doigts écartés , courbés et dirigés vers le haut de la figure, descendent en se réunissant par leur
2o6 DE L'fr)UCA.TION
extrémité ; les yeux se ferment et la tète se laisse toraW en avant* Pour nuit, voyez chap. IV, p. n3, n° i.
Lune. (A.) — Le pouce et le doigt formant un crochet , sont élevés vers l'oreille.
(S.-M.) — Voyez chap* IV, p. 1 13, n" a et 3.
(R.) — Voyez chap. ùLy p. u£, n° t.
Mois. (A.) — Signe de la lunaison.
(S.-M.) — Un de ces élèves porte l'index collé avec le pouce au col de sa chemise, pour marquer qu'on en change le dimanche; puis il compte autant de dimanches qu'un mois en contient.
(R.) — Le pouce de la main droite parcourt, de haut en bas, la longueur de la main étendue pour figurer un calendrier.
Achevé, fait. (A.) — Les deux mains parallèles l'une à l'autre, perpendiculairement dans le sens de leur largeur, la droite en avant, imitent l'action de couper quelque chose.
(S.-M.) — Idem.
(R.) — Idem.
Maison, loge. (A.) — Les deux mains se touchent, les doigts en haut , en figurant un toit.
(S.-M.) — Voyez chap. IV, p. 102.
(R.) — Gomme le signe des sauvages.
Homme. (A.) — Le doigt levé verticalement.
(S.-M.) — Signe de grand, auquel certains d'entre eux ajoutent celui de barbe.
(R.) — Voyez chap. IV, p. n4, n° 1.
Mort. (A.) — L'index se jette de la position perpendiculaire dans la position horizontale, vers la terre, le revers de la main en bas.
(S.-M.) — Ils laissent tomber leurs bras; la tête se penche sur l'épaule droite, les yeux à demi fermés restent immobiles , et la bouche est entrouverte.
(R.) — lia main droite en descendant, trace une croix en avant du corps.
Frère. (A.) — Signe d'homme; placer ensuite dans la bouche le bout de l'index et du médius ensemble.
(S.-JM.) — Les doux index joints l'un à l'autre.
(R.) — Le précédent, accompagné du signe de masculin.
Crainte , être effrayé, causer de V effroi. (À.) — Les deux mains tournées vers les côtes, les doigts ouverts, se tournent ensuite en dehors en tremblant, comme pour représenter le cœur qui tremble.
(S.-M.) — Ils tournent la tête du côté gauche, et tressaillent comme s'ils apercevaient un animal dangereux; la physionomie achève le reste.
(R.) — Les mains tremblent, ainsi que le reste, du corps. Si Ton veut exprimer causer de F effroi y on ajoute le signe de cause, en jetant la main fermée en avant, et louvrant.
Bon, (A.) — La main , placée horizontalement , le rêver* en dehors, décrit avec le bras une courbe horizontale extérieurement.
(S.-M.) — La main étendue s'applique sur la bouche , puis, s'en éloigne.
(B.> — Idem.
Joli. (A.) — Signe de Aon; les doigts et le pouce, se réunissant en forme de* courbe, passent sur la figure, en la touchant presque depuis le front jusqu'au menton.
(S.-M.) — Voyez chap. IV, p. io5.
(R.) — Idem.
Vérité. (A). — L'index, dans la position d'indiqué, trace une ligne un peu courbée dans le haut, à partir de la bouche, et se dirigeant droit devant soi; les autres doigts soigneusement fermés.
(S.-M.) — N'a pas été reconnu chez eux ; mais ils emploient une affirmation plus prononcée par un mouvement de tête.
(R.) — Voyez Partie II, chap. IX , p.^SWfc^"
Mensonge. (A.) — L'index et le médius répètent deux ou trois fois le signe précédent; mais, réunis à la bouche, ils se séparent en s'éloignant pour indiquer que le mot dévie.
(S.-M.) — N'a pas été reconnu chez eux.
(R.) — L'index horizontal passe devant la bouche de droite à gauche.
Non; rien; je n'ai pas. (A.) — La main, la paume en dehors, passe et repasse devant là figure.
(S.-M.) — On secoue la tête.
(R.) — Pour non, on secoue la tête; pour rien, le pouce et l'index prennent le bout des dents incisives et s'en détachent avec force. Vourje n'ai pas, on souffle sur le plat de la main qui passe devant la figure de droite a gauche.
Maintenant; présentement. (A.) — Les deux mains formant chacune un creux , se réunissent Tune à côté de l'autre et se meuvent de haut en bas.
(S.-M.) — Idem.
(R.) — Idem.
Beaucoup. (A.) — L'intérieur de la main droite frappe légèrement à plat sur le revers de la gauche, et ce mouvement se répète en proportion de la quantité plus ou moins grande.
(S.-M) (volume). — La main droite ouverte , le revers en haut, s'éloigne de la gauche en montant; les joues se gonflent»
(Quantité). Les doigts des deux mains s'ouvrent à plusieurs reprises.
(R.) — Idem.
Mon; a mou (A.) — La main fermée et levée ensuite devant les yeux.
(S.-M.) — Le plat de la main s'applique plusieurs fois sur la poitrine.
(R.) — Idem.
Vous. (A.) — • La main ouverte , se tient en dehors obliquement , se dirigeant en avant.
(S.-M.) — L'index se dirige vers la personne à laquelle on s'adresse.
(R.) — Idem.
Il; lui; un autre. (A.) — - Les deux index étendus, les mains fermées , les doigts se posant l'un sur l'autre ou se touchant très près et se séparant ensuite par un mouvement modéré.
(S.-M.) — Si la personne est présente, on l'indique, si elle est absente, on répète le signe qui lui est affecté en forme de nom propre.
(R.) — Le pouce , les autres doigts fermés , se porte en dehors à droite.
Quoi? que dites-vous? (h.) — La paume de la main
il. 14
en haut s'avance par tin mouvement circulaire et se baisse.
(S*-M.) — Idem y avec le signe d'interrogation cotihu de tont le monde.
(R.) — Idem.
Nous avons emprunté une partie de ces signes aui exemples donnés par Le major Long , et une partie à la nomenclature de M. William Dumbar.
On remarquera que les sauvages ont des signes mimiques pour les pronoms considérés dans une fdnbiion générale , signes qui manquent aux sourds^ntuets ; dette circonstance annonce chez les premiers un système de langage où l'art de l'analyse est porté beaucoup plus loin.
DES SOURDS-MUETS. PART. II, GHÀP. XVII. aï I
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