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demain , on lui fait répéter ce qui a été corrigé la veille, (j)
En même temps que M. Watson enseigne la langue à ses élèves, il applique à l'instruction positive l'instrument dont il les met en possession : les leçons de religion, de morale, d'histoire, de géographie, forment le sujet de leurs dialogues. Il saisit la première occasion qui se présente naturellement pour faire connaître aux sourdsmuets les notions du juste et de l'injuste, appliquées aux actions humaines , du mérite et du démérite, pour les conduire par là à celles d'une récompense et d'une punition au-delà du tombeau; pour les élever à la pensée d'une intelligence suprême , de ses perfections , et des rapports qu'il est permis à la créature humaine d'entretenir avec son Créateur, (a)
M. Watson a trouvé un grand avantage à employer des moniteurs sourds-muets comme auxiliaires ; les élèves les plus avancés sont distribués en classes de vingt ou trente; tous y sont à la fois en action : ils se portent à l'étude avec ardeur, et se montrent avides de succès. (3)
(1) Instruction of the Deaf tmd Durnb, page 1 1.
(2) Ibid. y pages 1 24 et &u*y.
(3) M. Watson , auquel j'avais demandé quelques renseignemens sur l'ouvrage de Bulwer (voyez ci-devant, ae Chapitre de cette Partie, tome Ier, page 33o), n'eu connaît,
C'est dans les principes de M. Watson qu'a été rédigé l'article sur les Sourds- Muets que nous trouvons dans le Supplément de l'Encyclopédie d'Edimbourg (i) : cet article, d'un petit nombre de pages , est un véritable traité élémentaire sur la théorie et lai pratique de l'art , aussi remarquable par la méthode et la clarté , que par l'esprit philosophique qui l'a dicté. Son auteur est M. le docteur Roget , membre de la Société royale. Quoiqu'il n'approuve point le système des signes méthodiques , il n'en rend pas moins à la mémoire de l'abbé de l'Épée le plus éclatant hommage. Il combat les préjugés trop généralement admis à l'égard des sourds -muets, et réfute les exagérations de l'abbé Sicard sur l'incapacité dont il les supposait atteints avant qu'ils aient participé aux bienfaits de l'éducation. Il reconnaît en eux des facultés qui n'attendent, pour être excitées, qu'un éveil convenable; une sensibilité qui peut être développée comme celle des autres encans; des affections qui demandent à prendre leur cours , et qui peuvent être mises heureusement à
comme nous , que le titre , et n'a pu le découvrir pour le consulter. J'ai reçu la même réponse de M. Orpen, secrétaire de la Société de Dublin.
(3) Supplément to the fourth andjfrth édition of the Encjclopœdia britannica, Edimbourg, 1819, vol. III, 2* Partie, page 467.
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profit pour le succès de l'instruction elle-même, aussi recommande-t-il aux instituteurs de s'attacher, avant tout, à obtenir l'affection de leurs élèves , à pénétrer dans des jeunes cœurs à peine entr'ouverts encore; il recommande également d'éviter tout ce qui pourrait les décourager ou les blesser, en leur faisant sentir leur infériorité; il blâme l'abbé Sicard d'avoir fait, sous ce rapport, aux jeunes sourds - muets , des révélations indiscrètes, (i)
On ne peut mieux fixer le terme auquel doit tendre l'art d'instruire les sourds -muets, que ne l'a fait M. Roget , ni caractériser plus exactement ce qui constitue son essence.
Il est le seul qui, dans le nombre des instrumens mécaniques de communication , ait fait entrer une espèce d'écriture aérienne, c'est-à-dire des lettres tracées en l'air avec le doigt, ou du moins qui ait donné à l'emploi de cet instrument une attention spéciale. Pour s'adresser, par un semblable moyen, à une personne placée en face, celui qui parle devrait écrire à rebours ; mais on évitera cet inconvénient en se plaçant devant une glace ou derrière la personne dont on veut se faire entendre, et prolongeant le bras en avant d'elle, (a)
(i) Voyez l'art. Deaf and Dumb , dans le Supplément de l'Encyclopédie d'Edimbourg, page 471.
(2) Ibid. , page 473.
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En adoptant l'articulation artificielle, d'après les procédés de M. Watson , la lecture sur les lèvres et la dactylologie, M. Roget ne voit encore, dans cet appareil de moyens, qu'une préparation : c'est dans l'ordre et la suite des idées présentées au sourd - muet qu'il cherche l'instruction véritable (i). Il n'admet qu avec sobriété l'usage des signes mimiques, et, s'il consent que le maître rectifie ceux de l'élève , il ne lui permet pas d'en instituer de nouveaux , ni « de civiliser, suivant son « expression , l'idiome encore sauvage du sourdce muet, pour l'introduire à la langue de la civilisa- « tion. » Il ne voit, dans le système des signes méthodiques, qu'un long détour qui retarde la marche de l'enseignement : il recommande, comme plus* rapide et plus direct , l'emploi des gravures, (a)
Loin de retenir pendant long-temps l'élève dans les arides exercices d'un alphabet vide de sens, il commence par lui présenter des noms entiers, accompagnés de la valeur qui leur est propre, et c'est par la décomposition des mots qu'il le conduit à classer les élémens alphabétiques. (3)
De même aussi, loin de laisser l'élève épuiser tour à tour les longues séries des vocabulaires destinés à chacune des parties du discours; mar-
(i) Voyez l'art. Deaf and Dumb, etc., page 468. (a) Ibid.y page 472.
(%) Ibid., page 471*
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che suivie dans les écoles, du continent, et qu'il censure justement, il fait produire à la fois, dès le début , dans une composition entière , ces mêmes parties j avec leur mutuelle correspondance; il fait marcher concurremment, dans la construction • d'une suite de phrases, les élémens de ces vocabulaires, mis en scène à la fois (i); il provoque la création d'un vocabulaire méthodique , d'après le plan indiqué par Locke, (a)
L'indication des objets , les signes mimiques de la création du sourd-muet , les estampes surtout , expliquent la valeur des mots. Les exemples servent d'explication pour la syntaxe. L'auteur n'approuve point que la grammaire et la métaphysique soient appelées pour introduire 4 l'étude de la langue maternelle. Ces dotions scientifiques ne sont nécessaires , à ses yeux , que pour apprendre une langue étrangère, à l'aide de la langue usitée dans son propre pays; mais tel n'est point, suivant lui, le genre d'études auquel le sourd -muet est appelé : la langue du pays doit être aussi pour le sourd-muet la langue maternelle ; il n'y a point, entre les idées qu'il apporte et celles de son maître, l'analogie qui permettrait de l'instruire par la voie d'une traduction.
Nous avons vu plusieurs instituteurs de sourds-
(i) FoyezYaxt. Deqfand Dumb, etc., page 477. (a) Ibid., page 47a.
, DES SOURDS-MOETS. *— PART. II , CHAP. XVI. l83
muets recevoir cette mission de la tendresse paternelle ; en voici un qui la reçoit de l'affection fraternelle : c'est M. John Pauncefort-Arrowsmith. M, Àrrowsmith a eptrepris l'éducation d'un frère sourd -muet de naissance, sans connaître aucune des méthodes existantes, et n'ayant d'autre guide que l'expérience acquise chaque jour dans ses propres essais- Une simple maîtresse d'école commença cet enseignement ; les deux frères fréquentaient l'école à la fois. La maîtresse exerça celui des deux qui était privé de l'ouïe , à lire , sur les lèvres , les mouvemens produits par l'émission des sons articulés. Rentrés à la maison , celui qui entendait et parlait faisait répéter à l'autre la leçon qu'il avait reçue. La mère fit graver les lettres de l'alphabet sur autant de jetons, et l'enfant s'accoutuma à reconnaître dans ces caractères, les élémens de mots correspondant à ceux de l'alphabet labial ; il en forma bientôt des mots ; on lui expliqua ces mol» , en lui montrant les objets qu'ils signifient. On lui montrait ainsi beaucoup de mots dont il ne connaissait pas encore , dont il ne poevaift connaître la signification : M. Àrrowsmith en convient ; mais il répond qu'on lui faisait suivre, en cela, la même marche qu'aux enfans ordinaires, auxquels on fait épeler des mots dont ils sont encore incapables de concevoir le « sens ; réponse très vraie quant au fait , mais qui ne saurait justifier une telle erreur, en lui donnant
un exemple (i). Ailleurs, cependant, il recommande de ne jamais se servir de termes qui soient au-dessus de l'intelligence de l'enfant. (2)
On ne peut s'attendre à rencontrer, dans les tentatives faites par M. Arrowsmith , des vues nouvelles sur les principes de l'art ; il était même inévitable que les procédés essayés de la sorte , sans le secours d'aucune lumière théorique, ne fassent atteints d'une imperfection assez notable. Mais ils sont utiles , du moins , à consulter comme une expérience; et le résultat qu'ils ont obtenu, malgré cette imperfection, est d'un véritable intérêt, comme pouvant faire apprécier ceux qu'avec des procédés mieux conçus, on pourrait obtenir dans la simple éducation domestique. On comprend que l'instituteur a dû se rectifier souvent lui-même , et le tableau des difficultés qu'il a rencontrées ne serait guère moins utile que celui de ses succès. Il est, au reste, des difficultés qu'il s'est imposées sans nécessité, comme lorsqu'en voulant enseigner le verbe, pour la première fois, à son élève , en le rendant témoin de l'action correspondante , et l'exprimant dans une phrase , il prétend enseigner en même temps le verbe auxiliaire pouvoir y et faire concevoir ainsi la possibilité ou
(1) The Art instructing the infant Deaf and Dumb , etc. Londres, 1819, in-8°, chap. Ier, pages 33 et 34
(2) Ibid., page 44.
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l'impossibilité d'exécuter cette même action (1); idée bien abstraite pour le sourd-muet qui commence.
Du reste, M. Àrrowsmith n'acheva point son ouvrage d'après ses propres idées. Il commençait à introduire , dans l'esprit de son élève , quelques notions relatives à la religion et à la géographie , avec plus d'empressement peut-être que de prudence, lorsque les ouvrages de l'abbé de l'Épée lui tombèrent entre les mains. Dès-lors il abandonna entièrement ses recherches personnelles ; il se persuada qu'il n'y avait rien à perfectionner dans la méthode de l'instituteur français , et il se hâta d'en donner une traduction pour la faire connaître à l'Angleterre.
M. Arrowsmith conseille de commencer, dès l'âge de quatre ans, l'enseignement de l'alphabet au sourd-muet, et, à six ans, l'explication des mots et des propositions les plus usitées.
La privation de la vue lui paraît un plus grand obstacle à l'acquisition des connaissances, que la surdité (2). Il faudrait sans doute distinguer : la proposition est vraie, s'il s'agit des connaissances que l'homme peut acquérir directement par luimême sur le théâtre de la nature sensible ; car le
(i) The Art qf instructing the infant Deaf and Dumb, etc.,
chap. II, page 64*
(2) Ibid. Introduction, page iij.
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sens de la vue nous apporte beaucoup plus de perceptions instructives sur les objets extérieurs, que celui de l'ouïe; mais il en est tout le contraire, s'il s'agit des connaissances acquises par la voie de la tradition, par le commerce des autres hommes, et de celles qui se rattachent au monde moral.
M. Arrowsmith émet , sur les instituts de sourdsmuets, une opinion sinon juste, au moins originale. Il estime qu'il serait beaucoup plus utile d'élever un sourd-muet dans une réunion d'enfans entendant et parlant , qu'au milieu de ses camarades d'infortune. « En effet, dit-il, lorsqu'on « veut apprendre la langue française à un Anglais, « ne préfère-t-on pas de l'envoyer dans une. école a française? (i)» Cette réflexion, malgré sa singularité apparente, mérite d'être approfondie, et pourrait bien se trouver fondée à quelques égards. Une idée plus singulière encore est celle des avantages que trouveraient, aux yeux de M. Arrowsmith, les enfans entendant et parlant, à être élevés dans des instituts de sourds-muets ; idée qui pourrait cependant encore se justifier, si elle était traduite en cette réflexion qui en a été la source : que les enfans apprendraient beaucoup mieux leur langue maternelle, et concevraient des notions plus
( i ) The An of instructing the infant Deafand Dttmb, etc., page io3. = Note sur le chap. Ier de la méthode de l'abbé de l'Épée, page io3.
exactes des choses, si leurs parens et leurs instituteurs étaient soumis aux mêmes nécessités qui commandent de ramener l'enseignement du sourd-muet à la marche tracée par la nature.
Parmi les infirmités dont la créature humaine peut être atteinte , il en est peu qui imposent des privations aussi cruelles que celle qui consiste dans la réunion de la cécité avec la surdité. Ce malheur, qui inspire la compassion la plus profonde, est du moins très rare; il n'en est pas moins nécessaire de lui apporter tous les soulagemens qu'il comporte, et la recherche des soulagemens qu'il peut recevoir, en même temps qu'elle est d'une haute importance pour l'ami de l'humanité, est assurément aussi une des questions les plus intéressantes et les plus profondes pour la vraie philosophie ; elle se lie à l'art d'instruire les sourds-muets ; car elle tend au même but, en luttant contre de bien plus graves difficultés, et sans obtenir les mêmes secours. L'abbé de l'Épée, l'abbé Deschamps, l'abbé Sicard, mais le second surtout, s'étaient occupés de ce grand problème. L'Angleterre a offert dernièrement un phénomène de ce genre, qui a fixé l'attention des hommes les plus éclairés de ce pays : c'est celui du jeune James Mitchell, fils d'un ministre dans le canton de Murray, que sa sœur a réussi à élever et à instruire elle-même, d'après les di-
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rections de M. Parker. Les trois autres sens, le tact, l'odorat et le goût, ont été mis en réquisition pour suppléer à ceux dont cet infortuné était privé. Des caractères en relief, tels que ceux que l'on emploie pour l'instruction des aveugles dans la méthode ordinaire, ont servi pour lui faire connaître les lettres et la formation des mots, pendant qu'on lui faisait remarquer les objets, d'après celles de leurs qualités sensibles par lesquelles il pouvait être affecté (i). Ce phénomène a été l'objet d'une suite de questions judicieuses, d'observations fort curieuses , et de réflexions du plus haut intérêt de la part de l'illustre philosophe M. Dugald Stewart , de sir James Makintosch, de MM. Gordon, Dewar, Glennie, Wardrope (2). Nous nous laisserions entraîner hors de notre but, si nous cédions à l'attrait qu'inspire un sujet aussi neuf; mais nous devons signaler ces documens à l'attention de ceux qui s'occupent de l'éducation des sourds-muets : nous ne pouvons nous dispenser aussi de noter ici, en passant, un fait d'une extrême importance pour
(1) Transactions of ihe royal Society of Edimbourg y vol. VIII, Part first, art. vi, page i3a.
(2) Ibid., vol. VII , Part first, art. 1 ; vol. VIII , Part first, art vi, vu. = Articles de MM. Dugald Stewart ? John Gordon et Henny Dewar. Ce phénomène a occupé aussi M. Watson. {Instruction of ihe Deqf and Dumb, etc., p. 63.)
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l'étude de la nature humaine , et qui tend à confirmer la conviction que nous avons exprimée sur la moralité du sourd -muet; c'est que James Mitchell distinguait le bien et le mal, avait le sentiment de ses fautes, et s'indignait de l'injustice, (i)
M. Dugald Stewart a voulu voir par lui-même l'enfant atteint de la double privation ; il l'a jugé capable de réflexion ; il a été frappé de l'affection que cet enfant portait à ses parens : il n'a pas hésité à penser qu'en tirant un parti convenable des trois sens qui restent au sourd-muet-aveugle , on peut l'introduire aux connaissances indispensables pour la vie civile. En recommandant d'employer pour cet enseignement les procédés indiqués par l'abbé Sicard, M. Dugald Stewart remarque cependant que l'instituteur français a beaucoup trop méconnu et négligé les ressources de l'odorat, sens qui acquiert chez le sujet dont il est question, une perspicacité surprenante, et qui, devenant pour lui comme une secotide vue , lui sert pour juger à distance (2). Ce profond penseur, l'honneur de l'Ecosse, que nous vénérons comme le prince de la philosophie de notre époque, a jeté, à cette occasion, un coup d'œil ra-
(1) Voir la note I, à la suite de ce Chapitre, (a) Transactions qf the royal Society 0/ Edimburg, vol. II, Part first. 1824.
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pide sur l'art d'instruire les sourds -muets, et a 'établi, en passant, sur l'histoire de cet art, un fait aussi important qu'ignoré , en replaçant Dalgarno au rang des premiers inventeurs (1). Pourquoi M. Dugald Stewart ne nous a-t-il pas donné, sur les principes de cet art, et les perfectionnemens qu'il attend encore, le résultat de ses propres méditations ? Il n'est personne qui eût pu y répandre plus de lumières.
Parmi les écrits qui ont dans ces derniers temps contribué, en Angleterre, à perfectionner ou à propager l'art .d'instruire les sourds-muets, on cite encore la Chyrologie de M. Lucas, instruction abrégée pour enseigner au sourd-muet à lire, à épeler, et pour lui montrer l'alphabet manuel (a), une suite de lettres insérée dans le Cottanges monthfy visitor (3) , une suite d'articles dans le journal pour la médecine, la chirurgie étrangère (4), un Traité élémentaire sur l'éducation des Sourds- Muets, par M. John England (5). Un observateur anonyme, dans un tableau où il expose les principes,
(1) Voir la note J, à la suite de ce Chapitre. (a) Chjrrology, etc. Londres, 1812.
(3) Londres, n° 48 ; décembre , i8a4> vo1- IV ; n° 49 à 54, janvier, i8a5 à juin, tome V.
(4) Londres , vol. I, n° 3, mai, 1819, art. vu; vol. II, n° 5, novembre 1819, art. 111, n° 3; février, i8ao, art. vin.
(5) Montrose. i8ig,in-8°.
la direction et les besoins de l'Institut des sourdsmuets de Dublin , a peint sous des traits fort défavorables l'état naturel des sourds-muets (i); mais le zèle qu'il témoigne pour l'utile Institut auquel il désire procurer des souscripteurs, peut l'avoir porté à exagérer, même sans le vouloir, le tableau du malheur auquel il s'agit de porter remède. Nous ferons la même remarque à l'égard d'un rapport fait en 1 826 sur l'Institut des sourds-muets de Birmingham.
L'Amérique , qui s'est placée si rapidement au niveau de l'Europe, dans la culture des sciences et dans la création de toutes les institutions utiles à l'humanité, ne pouvait rester en arrière dans l'étude de l'art bienfaisant qui nous occupe. Dès Tannée 1793 , nous trouvons dans les Transactions philosophiques de Philadelphie, un Mémoire de M. Willams Thornton sur la manière d'enseigner la langue au sourd-muet (2). L'auteur donne une préférence marquée à la prononciation artificielle, comme à l'instrument le plus favorable aux communications sociales et connues , celui dont l'usage est le plus constant et le plus rapide. Il se borne à indiquer en peu de mots comment le sourd-muet
(1) An investigation into the principles, etc. Dublin, 1825. (a) Transactions of the american pkilosophical Society heldat Pkiladclphia , etc. , vol. III, page 3 10.
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doit apprendre à connaître l'alphabet , à former ] des mots ; il fait servir à l'interprétation des termes de la langue , les signes mimiques propres au sourd-muet, et les représentations des objets par le dessin. Il recommande la classification des idées, comme la condition d'un enseignement fructueux, et donne le modèle d'un cadre général dans lequel peuvent être répartis les objets qui appartiennent aux divers ordres de la nature.
Ceux des philosophes américains qui se livrent à l'étude de la théorie du langage humain sont favorablement placés pour comparer les idiomes des peuples sauvages, et nous leur sommes redevables de recherches intéressantes sur ce sujet. Quelques uns d'entre eux ont étendu leurs observations aux signes mimiques en usage chez ces peuplades encore barbares. M. Williams Dunbar, dans un Mémoire daté de l'État des Natches , a donné un certain nombre d'exemples de ces signes (i), tels qu'il a pu les recueillir parmi les peuplades qui habitent les rivages du Mississipi et les côtes de l'ouest, vers le nord de l'Amérique. Il nous apprend que ces sauvages font un usage abondant et fréquent de la pantomime, l'employant avec une extrême rapidité, et préfèrent souvent au langage articulé cette manière de communiquer. Il ajoute que
(1) Transactions of the american philosophical Society
held at Philadelphia , etc., vol. VI , Part. I, art. i.
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ces peuplades, quoique parlant dos langues entièrement différentes , emploient les mêmes signes mimiques ; il croit qu'on peut trouver une ressemblance frappante entre ce même langage des signes et les formes des caractères de l'écriture chinoise (i). Il remarque, au reste, que ce langage d'action est soumis à une étonnante régularité , et forme un système lié par l'analogie. M. Samuel Akerly a eu l'idée ingénieuse de comparer les signes des sauvages américains avec ceux des sourdsmuets, tels que les avait donnés l'abbé Sicard (2). H a découvert que si , parmi les premiers , il en est un certain nombre qui sont particuliers aux sauvages et qui se rapportent à leurs habitudes et aux circonstances qui leur sont propres , il en est aussi quelques uns qui se trouvent avoir une ressemblance frappante avec ceux qui sont employés
(1) C'est ainsi que dans l'un comme dans l'autre, par exemple , le soleil est désigné par un cercle, la lune par un croissant, l'homme par deux lignes droites formant un angle, dont le sommet est tourné en haut.
(2) Observations on the language of signs, read before the New -York Lyceum of natural history , on the a 3 , june 1823.
On peut consulter aussi le rapport de l'expédition du major Long , auquel M. Akerly a emprunté ces exemples : Jccount on an expédition to the Rossley mountains , by Major J. H. Long. Londres , 182 3 , tome I", page 1 a3 , et Appendice B, page 271.