‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 4)Chapitre 28 sur 56 · DE LEDUC A.TION · texte numérisé non relu

DE LEDUC A.TION

thématiques, doué d'un bon esprit, il a été surtout inspiré , non seulement par la tendresse paternelte, mais par uir généreux intérêt pour la classe entière des sourds-muets.

Distinguons, dans son intéressant travail, deux choses essentiellement différentes, quoique liées entre elles , que peut-être il n'a pas bien distinguées lui-même : la méthode qu'il a suivie ,' et l'instrument qu'il a employé.

M. Recoing a connu, exposé mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'à ce jour, cette vérité simple et féconde qui est comme la clef de l'art : que Fécrlturé et la lecture sont le moyen , non seulement principal , mais essentiel , fondamental et direct, de l'instruction des sourds-muets (i). En partant de ce principe, il a judicieusement reconnu en même temps, que le désavantage particulier à l'écriture, lorsqu'elle est appelée ainsi à remplacer, la parole, consiste dans la lenteur de son exécu-

(i) « Les méthodes les plus vantées et les plus ingénieuses * en apparence ne seraient qu'excessivement ridicule*, si « on n'écrivait pas. La meilleure , sans contredit , sera celle « où on écrira le plus ; et l'homme qui donnerait à tous les « individus de la société le moyen d'écrire aux yeux du sourd' « muet , de le faire continuellement et aussi rapidement qne « la parole ; oui , celui-là aurait résolu complètement le pro- « blême qui nous occupe en ce moment ». {Syllabaire dactylologique, page 124.)

ûon, dans l'appareil des conditions matérielles que cette exécution exige , et qui ne sont à notre disposition , ni dans tous les lieux , ni dans tous les temps; il en a conclu qu'il s'agissait de faire disparaître ces inconvéniens et ces difficultés , en donnant aux opérations mécaniques qui retracent les mots aux yeux, cette célérité, cette simplicité , cette facilité qui manque à l'emploi de la plume ou du crayon. L'alphabet manuel remplit déjà une partie de ces conditions , en ce qu'il se prête aux entretiens en tout temps , en tout lieu , et même dans l'obscurité; mais il est encore lui-même d'une exécution assez lente. L'exemple des sténographes et des tachygraphes a dû se présenter à la pensée de M. Recoing , pour achever d'obtenir toutes les conditions requises ; et sa dactylologie est en effet une véritable tachygraphie destinée à abréger les formes de l'écriture, en les exécutant sur les doigts. Une seconde vue, non moins digne de fixer notre, attention , a frappé et dirigé M. Recoing. « Pourquoi, s'est-il dit, vouloir absolument iden- « tifier pour le sourd-muet, dès les premiers pas , « ces deux enseignemens de la langue , lesquels , « pour l'enfant ordinaire, n'ont lieu que successive vement et à des intervalles assez éloignés ? pour- <* quoi vouloir débuter par l'enseignement classi- « que , armé de toutes les notions de la métaphy- « sique et de la grammaire générale ? pourquoi ne « pas se contenter de donner d'abord au sourd-

3l56 de l'éducation

« muet cette connaissance usuelle de la langue , « qui suffit pour les entretiens familiers, et à l'aide « de laquelle un jour on pourra à loisir lui pro ' « curer une instruction plus savante ? »

Pouvant, à l'aide de sa tachy graphie dactylolo- , gique , s'entretenir constamment avec son fils, et I; donner à ses entretiens la plus grande rapidité, j M. Recoing était parfaitement en mesure de le mettre en possession de la langue usuelle , par la seule voie que la mère et la nourrice emploient vis-à-vis de l'enfant au berceau. Mais , en se bornant à employer ainsi le secours des circonstances, M. Recoing avait un double avantage : fort instruit lui-même, et plein de sens, il n'imitait pas les erreurs ou l'incurie de la mère et de la nourrice; il plaçait habilement son élève dans les situations les plus propres à faire naître dans son esprit les idées dont il voulait lui donner les noms , et à en faire bien déterminer et circonscrire l'étendue et les limites ; il procédait avec ordre ; il s'assurait qu'il avait été bien compris ; en même temps qu'il s'interdisait, de la manière la plus absolue , toute espèce d'enseignement grammatical vis-à-vis de son jeune élève, M. Recoing se guidait lui-même par la grammaire dans la direction qu'il donnait à son enseignement familier. D'un autre côté, son fils étant un peu plus avancé en âge que l'enfant au berceau , était capable de faire un plus grand nombre d'observations , de les mieux faire ; ses facultés avaient déjà

acquis quelque énergie; la tendre sollicitude de son père, remplaçait avantageusement pour lui la dépendance où se trouve l'enfant en bas âge ; au lieu d'être simplement témoin, comme le sont les enfans ordinaires, de discours qui ne s'adressent .pas à eux, qui sont rarement à leur portée, et dont ils ne peuvent guère retirer que des indications très, imparfaites et très vagues , son fils ne recueil* lait, dans les entretiens paternels, que des discours choisis, parfaitement à sa portée, et préparés expressément pour lui.

M. Recoing commence , ainsi que l'abbé Sicard ,

par imposer les noms aux objets, en faisant écrire

et. lire les. uns en présence des autres; mais, il

joint immédiatement à l'écriture sa tachygraphie

manuelle qui en doit être le supplément. Il fait

passer devant les yeux de son élève les diverses

productions de la nature ; il l'exerce à observer et

à noter, par l'emploi des noms, les observations

qu'il a faites ; il se hâte même de faire former à son

élève des propositions simples et familières, sans

s'arrêter à en faire l'analyse , ou plutôt en évitant

avec soin toute analyse grammaticale ; il lui suffit

qu'il soit compris , et que son élève s'exprime de

manière à se faire comprendre.

Distinguant , dans le langage mimique employé pour l'instruction du sourd-muet, les signes naturels au sourd-muet, par lui institués , apportés avant tout . enseignement , des signes artificiels h. ' 17

a$8 be lïàBvcâXïO*

conclus par l'instituteur, tels que les signes mélodiques deé abbés de l'Épée et Sicard, M. Reoong ne repousse point l'usage des premiers , quoiqu'il n'en apprécie pas toute l'utilité ; nais il rejette entièrement l'usage des seconds, qui lui paraissent complètement inutiles pour donner l'intelligence de la Jaaague française,, et même propres à fa retarder, à IWFaiblir dans la mémoire de l'élève.

Sans connaître ie» théorie .et panr définition aucune des règles de la langue, son fils est donc déjà assez familiarisé avec f usage pratique 4es termes, pour lier avec lui des conversations suirîes, et se trouver à peu près dans ia situation ou s*tat nos ènfans avant d'aller au ►collège. Voilà ht première période de l'éducation terminée. On pourrait s'arrêter là pour l'instruction des sourd^rooets appartenant aux classes inférieures de 4a société, comme on s'y arrête pour ceux de cesenfans qui „ entendent et qui parlent. Cependant, même dans cette première ^période, l'instituteur est loin^a voir négligé les premiers élémens de l'instruction morale et religieuse : il la considère comme ce qu'H y a de plus essentiel à la destinée de son fils ; il s^est hâté de lui offrir «es aliraens substantiels, mais toujours sous une forme familière et simple.

Maintenant M. Recoing va entrer , avec «on élève, dans la seconde période de l'enseigae-* ment, celle de l'enseignement classique et scientifique. Mais on aperçoit d'avance qu'elle ne lui

DES SOURDS-MlflBTS. *-»- PÀŒT. II. CHAP. XVHI. a&g

présentera aucure difficulté particulière, qu'il n'aura pfais besoin de recourir à des méthodes spéciales, conçues pour cette classe particulière à'élèfGBr En effet, il enseignera, et la grammaire tt ha géographie, et les mathématiques et l'histoire, ht botanique, la logique même, et la métaphy» aque; il complétera l'instruction religieuse, en procédai* comme on procède k l'égard de tous les autres écoliers , à l'aide 4e la langue usuelle, Pour donner la connaissance des règles de la grammaire 9 il n'aura qu'i ramener son élève sur la trace de (ce qu'il a déjà appris &m& le remarquer , £ fe fcw» réfléchir sur cette langue qu'il employait par habitude ; il finira par où Ton comr meace dans la méthode des abbés de l'Épée et Sicard ; il exercera son élevé à de fréquentes comr positions , 41Û conduiront cette intelligence naisr «an&e ià se rendre compte de ses propres idées.

&» autre ayfintage fort précieux <pe trouva M. Recoing dans la division qu'il a établie de deux périodes d'enseignement, c'est qu'U peut, de bonne heure, .commencer à introduire son èlèœe aux texercàees de ia àecture ; c'est qu'ij peut «'aider .de tous les secours de lectures choisies* Pendant la seconde période, l'élève, centre les mains duquel on peut mettre des livres, s'accoutume en» core mieux à réfléchir, et profite mieux des leçons de j»n maître.

M. Recoing accepte même le secours da l';uv

ticulation artificielle , comme propre à favoriseret à multiplier les entretiens de l'élève avec ceux: qui l'entourent ; car il a senti que , borné à la. seule tachy graphie manuelle , son fils ne pourrait suivre des conversations familières qu'avec lui seul, ou avec les personnes qui auraient eu la patience d'apprendre l'usage de cette tachy graphie, dans le seul but de causer avec le jeune élève ; or, il entre essentiellement dans son plan de fournir à l'élève tous les moyens de multiplier ces entretiens , qui doivent servir à initier celui-ci dans la pratique habituelle de la langue de son pays. *

Ce système frappe par son extrême simplicité; tout y tend au but ; tout tend à faire atteindre à ce but le plus rapidement possible; l'instituteur évite tous les détours , s'attache à demeurer fidèle à la marche de la nature. Ce système frappe encore par l'enchaînement logique qui en unit étroitement toutes les parties. On voit qu'il a été conçu par un esprit occupé d'idées exactes et positives ; on y reconnaît les inspirations de l'une des plus vives affections du cœur humain, (i)

Il reste à voir maintenant en quoi consiste cette tachygraphie imaginée par M. Recoing, jusqu'à quel point elle remplit son but , quels sont ses avantages ou ses inconvéniens dans la pratique.

> ■ ■ ■ i ii ■ ■ ■■ ii iii. ———————

(i) Syllabaire dactylologique , pages gi et suiv. Paris, i8à3, in-$°.

DBS SOURDS-MUETS. — PART. II , GHAP. XVIII. a6l

Ce procédé, nous le répétons, n'est point une méthode; il n'est qu'un moyen accessoire, un instrument matériel. Toutefois il joue ici un rôle essentiel ; car c'est de la facilité à l'employer, de la précision, de l'exactitude, de la clarté qui seraient conservées dans son emploi , que dépendra en effet ce qui forme la condition fondamentale de la méthode, c'est- à -dire. la possibilité d'enseigner la pratique usuelle de la langue par une suite continue d'entretiens familiers.

Ce qui constitue le procédé de M. Recoing est , ainsi que l'indique sa dénomination, un syllabaire manuel, dans lequel la position et les mouvemens de la main, des doigts, du poignet, donnent quatre ordres de signes qui s'exécutent simultanément, et dont chacun représente un , deux , trois , et même jusqu'à quatre signes, (i)

L'auteur, depuis la publication de son premier essai,. a beaucoup simplifié son système (a). Il se compose maintenant de 86 signes pour les voyelles et pour les consonnes simples ou composées , et de 16 signes supplémentaires pour certaines finales

(i) Syllabaire dactylologique , pages 9 et suiv.

(a) M. Recoing a adapté son système à une nouvelle méthode de sténographie qu'il a présentée à la Société d'Agriculture , Sciences et Arts du département de l'Aube , et qui est inférée dans le Recueil de cette Société, pour l'année 1 826. ( Yoir la note M, à la suite du présent Chapitre. )

*6* flE l'éducatïow

d'un usage fréquent dans àotre langue Soixartt^ de ces signes, affectés aux consonnes , s'ex&cdten par six positions diverses de ébaque rafâinf , et di mouvement des quatre derniers doigts ; Vitf gt-six autres signes, affectés au& voyelles, s'exécutent par le ntouvement de pouce, combiné avec celui du poignet

Ce syllabaire est d'une grande rapidité' dam l'exécution ; il est moins sujet à l'équivoque qoe la sténographie de MM. Taylord et Bertm ; il nous paraît inférieur à la tatehygrapltie de M. Ooulorï Thévendt. Il ne peut être confié qu'à la mérhoire ; son étude 5 son emploi, sont entièrement mécanique^ L'inventeur n'a pu conserver aucune ttace d'ànftlogie entre lés signed qui le composent , et la fcmm des lettres écrites que ces signes sont dësttâésà représenter. C'est donc Un seednd alphabet doflt les fermes sont entièrement différentes de telles de l'écriture dessinée à la plume ou au crayon , dditt il doit cependant être comttté la continuation , le supplément , et dont il devrait être l'image,

Cest ici tin grand inconvénient , il faut le dire : l'alphabet manuel a , sur ce syllabaire , l'avantage de retracer du moins la figure des lettres qu'il rappelle. Ce défaut d'hâftâôniè entré ïeà deux écritures, Tune peinte, l'autre manuelle, occasionne dans la mémoire une complication embarrassante et pénible; il rend nécessaire une longue habitude pratiqué. G'est en partie à cette

DES SOURDS- MURTS. — FART. II, CHAP. XVIII. afô

circonstance qu'il faut attribuer sans cloute l'extrême répugnance qu'ont témoignée nos élèves sourds * omets à employer ce syllabaire, après l'avoir accueilli d'abord avec empressement et avec joie , lorsque nous en avons fait Étire Fessai laps l'Institution de Paris. Us n'y retrouvent pas les mêmes facilités que dans l'emploi de l'alphabet manuel; ils se trouvent embarrassés par cette multiplicité de systèmes de signes divers entre eux, et accumulés à la fois dans leur mémoire. Mais leur répugnance s'est accrue principalement , si je ne me trompe , de la préférence naturelle que les sourdd-muets donnent au langage mimique, dans l'usage duquel la méthode saivie dans l'Institution les entretient continuellement. Il est possible aussi que l'adoption du syllabaire $oit toujours plus facile dans l'éducation individuelle et domestique que dans l'éducation cotleotive : c'est ce que l'expérience pourra seule nous enseigner d'une manière certaine.

M. Recoing nous a présenté son fils, élevé d'après $a méthode, et la méthode ne peut recevoir une apologie plus positive et plus complète que par le résultat obtenu dans cet intéressant élève. Son instruction est aussi complète qu'on puisse l'attendre d'un jeune homme de son âge. Un exemple remarquable prouve tout ensemble , et la célérité du procédé employé par le père , et l'intelligence 4u fils : ils assistaient ensemble à un sermon ; le

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personnes qui fréquentent babitueUearant le» sourds- muets de nos institutions f qui assistent souvent à leurs exercices , sont cependant incapables, même après plusieurs années, de fixer dans leur mémoire et d'exécuter aucun de ee» signes, tant l'exécution en est variée, rapide et fugitive.

Tels sont les avantages que M. Bébiân a cherché à obtenir, les iaconvéniens qu'il a tenté de faire disparaître, en imaginant sa mimographie.

Il a remarqué que le langage mimique, dans sa fécondité , pouvait être rappelé cependant à un certain nombre d'élémens; il les a analysés avec sagacité , déterminés avec précision , classés avec méthode.

Ces élémens appartiennent , les uns aux mains , les autres à certaines parties du corps , les antres à h physionomie.

Ils se composent i ou de mouvemens, ou de positions*

L'auteur a donc cherché à reproduire , dans se» caractères dessinés , ces différentes conditions :

A signaler l'organe en jeu ;

Le mouvement exécuté ;

La position donnée.

Pour indiquer l'organe , il en a dessiné les contours ;

Il a indiqué la position, en disposant aussi cette figure dans un plan analogue.

Des sourds-mubts. — -paiit. h, cuap. xviij. 267

l\ a indiqué le* mouveroerte, par des lignes courbes, sinueuses ou droites.

Il a même institué des accens,soit pour désigner les modifications du mouvement, c'est-à-dire s'il est bref ou prolongé, faible ou pénible, etc., soit pouf désigner les diverses parties, ou les divets côtés de l'organe.

£nfin , il a admis un certain nombre de caractères auxquels il donne le nom de points phjrsionomiques , pour représenter ces expressions si délicates et si vives tout ensemble, qui rassortent du jeu de la physionomie.

Ces différentes sortes de Caractères peuvent se grouper facilement pour former des mots.

L'auteur s'est attaché à donner à ses caractères la plus grande simplicité, pour qu'ils fussent d'une exécution facile et prompte. *

Il n'a point prétendu , et il ne pouvait espérer que ces caractères pussent conserver quelque analogie, même lointaine, avec la pensée que repré» sentent les signes mimiques dont ces caractères sont la peinture. Mais il a désiré que les caractères écrit* Conservassent une analogie fidèle avec les signes mimiques auxquels ils correspondent.

Ici, il a eu à lutter contre une grande difficulté, contre les difficultés qui se rencontreront toujours lorsqu'on voudra réunir dans les mêmes signes deux conditions qui sont peu compatibles, la simplicité dûs formes, les traits de l'analogie; car

u68 de l'éducation

ceux-ci ne se produisent qu'à l'aide de combinaisons plus ou moins étendues et variées.

L'auteur voulait, dans les formes de ses signes < graphiques, imiter les formes même des organes, ou les mouvemens que ces signes doivent rappefer. Mais , représenter les parties du corps avec leurs mouvemens divers, ce serait dessiner et non pas écrire ; c'est la rapidité du trait qui fait le caractère principal et l'avantage de l'écriture. M. Bébian a donc été contraint de faire subir aux figures qu'il voulait retracer, une réduction convenable , pour les ramener à la condition de signes graphiques. Le changement qu'elles ont subi , en se contractant ainsi, est tel qu'on aurait peut-être quelque peine. à. les reconnaître, si elles n'étaient aidées par les explications dé, l'auteur. Il y a plus : il ne pouvait trouver toujours des imitations graphiques ; il en a manqué , par exemple , pour diverses modifications des mouvemens et des positions, pour le jeu de la physionomie, qui remplit un rôle essentiel dans le langage d'action : il n'a pu employer ici que de simples accens, signes entièrement arbitraires. Ainsi , les traces de l'analogie demeurent très faibles dans une portion de la mimographie, et s'effacent même entièrement dans l'autre.

En cherchant à obtenir la plus grande simplicité , les signes de la .mimographie deviennent quelquefois si subtils, que leurs traits déliés éçhap-

pent facilement à l'attention , et qu'on est exposé à les confondre.

Leur nombre est considérable; ils s'élèvent à i5o : c'est un fardeau assez lourd pour la mémoire.

L'expérience seule peut nous apprendre jusqu'à quel point ces deux dernières difficultés peuvent se faire sentir ou subsister dans la pratique.

Quant à l'utilité du système , considéré en luimême et dans son ensemble , elle est nécessairement et entièrement subordonnée , comme nous l'avons déjà annoncé , à l'hypothèse sur laquelle ce système repose; c'est-à-dire, elle dépend de la question de savoir jusqu'à quel point est réellement utile, dans l'éducation des sourds-muets, l'emploi du langage mimique porté à son plus haut degré de développement ; question grave , fondamentale, aujourd'hui controversée, non encore (décidée , et que nous nous réservons de discuter par la suite.

Mais, en supposant même que cette importante question fut résolue , en supposant qu'on eût admis, comme la vraie méthode, l'emploi du langage mimique avec son entier développement, il resterait, avant de pouvoir faire usage de la raimographie , à exécuter un trayail aussi vaste que difficile : il faudrait, avant tout, que les signes qui doivent composer le langage mimique, destiné à devenir désormais invariable et général,

eussent été l'objet d'un choix définitif, raisonné et convenu.

M. Bébian avait annoncé déjà le dessein de sa mkûograpbie dans son Essai sur les Sourds-Muets; il en a publié une esquisse il y a peu de temps (i);

il n'a pas sans doute cru avoir épuisé toutes les modifications du langage tnuBkpie, dont ta variété semble presque inépuisable; il s'est réservé sans doute aussi de réformer, de perfectionner par la suite ce premier essai. Mais, dans l'état même oà il l'a présenté, on .doit y reconnaître un travail fort ingénieux (a) ; il se place à «6té des autres travaux de Fauteur, pour lesquels nous avons déjà exprimé une juste estirpe, comme il se fie étroite* ment au système qu'il a adopté.

ïfous aurions vivement désiré pouvoir offrir ici une exposition détaillée et raisonnée 4e ia «néthbde suivie dans l'école royale de Bordeaux par M. Guilhe. Son auteur, qui a fait une étude profonde des sciences philosophiques , et qui les

(,i ) Mimographie ou Essai d'qcrtfure mimique* Paris, j 8a$ , Brochure in-8°.

(a) Mon estimable ami M. Frédéric Cuvier, membre du, ^Conseil de perfectionnement près l'Institution royale des £ourds-Mupts de Paris , nous a fait , .sur la Mimographie de M. Bébian , un rapport qui porte l'empreinte de l'excellent esprit de ce naturaliste philosophe. J'ai emprunté textuellement à ce rapport les observations qui Tiennent de )nj.

DBS SOURDS-MUETS.*-*'- PAHT. II, GHAP. XYIIÏ. 27 1

a long -temps enseignées de la manière la plus distinguée, a trouvé, dans Fart d'instruire les sourds - muets , Tune des applications les plus naturelles et les plus directes; il s'est trouvé ainsi dans ia situation la plus favorable pour fonder cet art str les véritables principes ; il a en effet judicieusement fait consister Tessence de Fart dans la bonne coordination de l'enseignement; mais, nous éprouvoAS le regret (.1) de n'être point à portée de jdonner sur sa manière de procéder, le$ détails nécessaires pour rendre ses exemptas utiles au progrès de l'art. (a)

l(i) ftLiGoabc a publié nn T/ibieau analytique des procédés à -suivre., .etdeiïaide k donner aux idées dans l'instruction des JSQmfaJMvetsi; Anodeanx, tSi4; mais il ^«n a fiait tirer jga'un jnetit «piabre 4'e«eiBpJaiiKS pour ses .amis. Les ànstancea pressantes *£ réitéra que nous av#aa faites auprès 4e lui pour eu obtenir 4ea infggpuiatws détaillé** sur ses jaé~ tbodes , ont «été injrmptueuses.

(a) rTojm la .note N cj-apjrès.

VNPOTWMfi

272 DE L^DUCATfOIC

Note l», page.tào.

M. l'abbé Jamet a comparé , dans un certain nombre d'exemples, ses signes de rappel, aux descriptions renfermées dans la Théorie des Signes de l'abbé Sicard; c'est sur cette comparaison qu'il s'est fondé, et fort justement, pour faire sentir, tout ce qui manque à ces descriptions, en simplicité, en précision, en rapidité, en exactitude même , pour en faire de véritables signes. Mais il eût fallu comparer les signes de rappel de M. l'abbé Jamet, avec les signes de réduction employés dans l'institution de Paris , qui ont précisément le même but que celui que M. l'abbé Jamet s'est proposé. Ce parallèle qu'il n'a pas fait, que probablement il n'a pu faire , parce qu'il ignorait nos signes de réduction, nous allons le présenter ici , dans un petit nombre d'exemples. Ce parallèle aura l'avantage de donner une idée de la variété des moyens qui peuvent être employés pour obtenir, par le langage d'action , des signés mimiques simples, rapides, et cependant empreihts d'une analogie assez fidèle, pour qu'elle puisse représenter l'idée qu'ils expriment.

Les élèves sourds-muets non seulement ont coopéré, mais ont eu la plus grande part à la formation des signes de réduction employés dans l'institution de Paris. Les signes de rappel de M. l'abbé Jamet semblent être entièrement et exclusivement son propre ouvrage.

Dieu. — (M. Jamet). i°. On lève les yeux au ciel , et en même temps le pouce de la main droite s'élève, pour

DES SOUJLDS*-MUETS. —PART. II, CHàP. XVIIÏ. 27$

désigner le seul être grand et maître de tout ce qui y

réside ;

20. La tête et le corps s'inclinent, pour marquer le profond respect que nous devons à ce grand maître;

3°* Signe de nom commun.

(Institution de Paris). L'index se dirige vers le ciel, et en même temps la tête s'incline avec respect.

N. B, Dans la conversation , le sourd-muet ne fait jamais le signe de nom commun.

Dangereux* — (M. Jamet). i°. On élève les deux mains au-dessus de la tête; les index étant suspendus, comme pour la menacer; on baisse la tête, en la retirant, et en affectant un air de crainte et d'inquiétude ;

2°. Signe de l'adjectif. «

(Institution de Paris). Les deux mains placées horizontalement devant le corps, se retirent brusquement, comme pour se soustraire à un accident. Le corps suit ce mouvement. La physionomie exprime la crainte.

Origine. — (M. Jamet). i°. La main gauche représente un vase, pendant que la main droite fait le signe d'appel, comme si elle voulait en faire sortir quelqu'un ou quelque chose;

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