‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 4)Chapitre 52 sur 56 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

De V éducation collective, et de l'éducation domestique, relativement aux Sourds- Muets* — Du degré de simplicité auquel peut être réduit l'art de les instruire.

Nous n'avons considéré jusqu'ici l'éducation du sourcUmuet, que sous un aspect absolument général Mais toutes les vues se modifient, suivant la spécialité des applications : elles se modifient d'un côté, suivant la condition du sourd* muet, la destinée qui l'attend, l'âge auquel son instruction commence; d'un autre côté , suivant la nature de l'établissement où il est reçu , et suivant qu'il est élevé dans un institut, ou dans le sein de sa famille.

Les sourds-muets qui appartiennent aux dernières classes de la société arrivent entre les mains de leur maître , beaucoup moins préparés encore que les autres à recevoir ses soins, et sujets déjà à des habitudes beaucoup plus fâcheuses. Ceux qui sont appelés à exercer seulement quelque métier mécanique, n'ont pas besoin de recevoir une instruction intellectuelle aussi complète, et ne peuvent y sacrifier un temps aussi considérable,

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Dans un âge plus tendre , les organes dé l'enfant sont plus flexibles; l'élève oppose moins d'obstacles aux efforts de son instituteur ; il devient plus promptement et plus facilement sociable; mais il est moins capable de réflexion et d'une étude sérieuse.

Le sourd -muet qui appartient aux conditions inférieures de la société n'a pas besoin d'être conduit jusqu'à ces études théoriques de la langue, qui composent le second degré de l'enseignement grammatical, surtout si l'on adopte, entre le premier et le second degré, la distinction et les rapports que nous avons indiqués à ta fin du Chapitre XI : H lui suffit d'être en état de lire sans embarras les livres élémentaires, et de pouvoir rendre facilement et correctement sa pensée par écrit. Cependant, l'enfant sourd-muet, quel qu'il soit, aura besoin de recevoir une instruction plus étendue qu'un enfant ordinaire placé dans la même situation sociale. Il ne s'agit pas seulement de compenser pour lui les nombreux désavantages qu'entraîne toujours la privation dont il souffre : c'est aussi une heureuse nécessité pour lui que d'être contraint à apprendre , par la voie plus abrégée du raisonnement, beaucoup de choses que ses semblables ont la facilité et le loisir d'apprendre seulement par la tradition ou par l'usage. L'instrument de communication qui lui est induh pensable , l'écriture et la lecture , demande aussi

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et permet en même temps un plus haut degré de culture. Gardons -nous bien, au surplus, de mesurer le degré d'éducation véritablement convenable aux enfans des conditions inférieures , sur celle qu'ils reçoivent généralement jusqu'à ce jour! Le vœu unanime des amis éclairés de l'humanité appelle ces enfans à une éducation bien mieux entendue, bien plus complète; et déjà, en plusieurs lieux, les améliorations qui ont été accomplies portent les plus heureux fruits. Mesurons çlonc la rulture qui sera donnée à notre élève sourd -muet, non sur celle qu'obtiennent peutêtre ses compagnons dans la même situation sociale, mais sur celle dont ils seraient capables, et qu'il serait juste de leur procurer.

Il est essentiel de commencer le plus tôt possible l'éducation du sourd -muet; on ne connaît pas assez l'importance des premières impressions , des premiers penchans : il serait à désirer que ces soins pussent remonter jusqu'au berceau. Mais les conditions particulières auxquelles cette éducation se trouve soumise ne permettent pas de l'entreprendre d'aussi bonne heure ; car l'instrument principal à l'aide duquel s'accomplit l'éducation donnée par les maîtres, la langue, ne peut être créé par le sourd-muet que par un genre de procédés qui demande une sorte d'étude, et qui exige déjà quelque capacité de réflexion. Cependant, F époque à laquelle les exercices de l'instruction

pourront être essayés , sera avancée , si l'on réussit à diviser l'enseignement grammatical en deux périodes; il sera plus utile et plus nécessaire tout ensemble d'avancer cette époque , si l'on met le sourd-muet en possession de la prononciation artificielle, et si on lui apprend à lire sur les lèvres. Nous estimons qu'en général on ouvre beaucoup trop tard, aux enfans sourdsmuets, l'accès des Instituts. Toutefois, dans ces établissemens , le temps accordé au séjour de l'élève étant limité, on est contraint d'attendre, pour commencer, un âge plus avancé; tandis que, dans l'éducation domestique, pouvant marcher bien plus lentement , on peut débuter plus tôt , sauf à terminer plus tard encore.

La grande lutte entre les partisans de l'éducation commune et ceux de l'éducation privée s'est reproduite aussi , sous un jour particulier, à l'égard du sourd -muet. Nous avons vu des instituteurs déclarer que les sourds -muets ne peuvent être élevés que dans nos établissemens publics; nous avons vu des écrivains provoquer la suppression de ces mêmes établissemens, comme n'offrant qu'un luxe inutile : nous avons vu même quelques écrivains conseiller de faire élever l'enfant sourdmuet dans l'école commune où sont réunis ceux qui entendent et qui parlent.

Il est hors de doute que les sourds - muets , réunis en grand nombre dans un établissement

spécialement destiné à les recevoir , trouvent des avantages marqués à composer ainsi entre eux une société, sous la direction de leurs maîtres. L'enseignement étant collectif et simultané, un seul instituteur capable suffit à un certain nombre d'élèves; ils s'aident, s'excitent les uns les autres, et les plus avancés viennent au secours des plus faibles.

L'éducation domestique n'a été tentée encore que pour un très petit nombre de sourds- muets privilégiés: Quels sont ceux qui ont pour père un Rey de la Croix , un Recoing, un Laurent, ou bien un Arrowsmith pour frère? Il est peu de parens qui soient en état de se procurer, pour leur enfant sourd-muet, un maître particulier formé dans les établissemens publics.

L'éducation domestique a cependant aussi, pour les enfans sourds-muets, des avantages qui lui sont particulièrement propres : la vie de famille est la seule qui permette de promener librement le sourd -muet sur le double théâtre de la nature et de la société , de convertir en une instruction éclairée les circonstances les plus familières , de lier l'enseignement à l'action, de le mettre en scène, de l'appliquer aux besoins, aux intérêts réels , et de déguiser l'appareil didactique. L'éducation individuelle est la seule qui permette au sourd - muet de former, avec la personne qui l'instruit, des relations véritablement intimes, d'en-

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tretenir avec elle un commerce direct et continuel, qui permette aussi à l'instituteur de particulariser et de spécialiser ses soins , d'après les besoins et les dispositions de l'élève. La vie de famille développe et nourrit mieux les affections , favorise mieux l'abandon et la confiance.

S'il est doux pour le sourd-muet, de se trouver réuni en communauté avec ses compagnons d'infortune, il est, sous d'autres rapports, d'une grande utilité pour lui de s'en trouver séparé, de vivre de bonne heure avec ceux qui entendent et qui parlent, d'être contraint d'établir avec ceuxci un commerce étroit et assidu. Dans, la vie commune avec ses camarades d'infortune, il s'entretiendra dans diverses habitudes dont il serait k propos de le délivrer : dans la vie commune avec les personnes qui entendent et qui parlent, il s'exercera mieux à une sympathie générale pour les autres hommes ; il se familiarisera bien davantage avec l'emploi de la langue de son pays ; il s'associera plus intimement à toutes les relations sociales*

D'un autre coté , pendant que l'art n'est point encore mis à la portée de tous les maîtres ordinaires, de tous les pères de famille, et qu'il ne peut ainsi être généralement transporté dans l'éducation domestique, les établissemens publics ne peuvent cependant recevoir, à beaucoup près, tous les enfans sourds -muets que renferme un

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pays; ils n'en reçoivent aujourd'hui qu'un fort petit nombre. Ce qui devrait être un bienfait universel , n'est qu'une exception de faveur.

Voici, dans l'art d'instruire les sourds -muets, tel qu'il est du moins jusqu'à ce jour, la plus déplorable lacune, la plus triste impuissance ; voici, nour les amis de l'humanité, la. plus affligeante pensée. L'art n'aura réellement atteint son but, que lorsqu'il aura pu se prêter à une application assez générale, pour que les sourds-muets en recueillent les fruits. Mais ce problème est-il, par lui-même, susceptible d'une solution? L'art se prête-t-il réellement aux conditions nécessaires pour se populariser en quelque sorte ? Toutes les conditions que nous avons nous - même exigées jusqu'ici d'un instituteur de sourds-muets, ne détruisent-elles pas d'avance tout espoir de rendre ces fonctions accessibles à ceux qui n'en auront point fait un long apprentissage ?

Cette grande question , la plus importante certainement de toutes celles qui restent à résoudre , peut se traduire en ces termes? « A quel point <c l'art d'instruire les sourds-muets peut-il être «encore simplifié? Quels sont les moyens de le « faire jouir de cette simplicité? »

Nous en sommes profondément convaincu, et nous n'hésitons pas à le déclarer : l'art d'instruire les sourds-muets nous paraît en effet susceptible d'obtenir un degré de simplicité jusqu'à ce jour

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inconnu; c'est en se perfectionnant, en se conformant aux vrais principes, qu'il y parviendra; il pourra être simplifié au point de devenir praticable aux instituteurs ordinaires, aux pères, aux mères de famille elles-mêmes',' qui auront reçu une éducation libérale, et qui, à un certain degré ' d'instruction , réuniront le . zèle et la patience nécessaire. Pour lui procurer ce nouveau caractère, il suffira de réaliser les vues qui ont été successivement exposées dans les chapitres qui précèdent. Nous dirons plus : il ne reste peut-être qu'un seul pas à faire. Déjà quelques écrivains, quelques instituteurs ont tenté avec succès de ramener l'art à des formes beaucoup plus simples (i); il suffit peut-être de retrouver les traces de Wallis , de Lobrig , de Lasius ; de suivre les essais commencés à Berne; de combiner ensemble les vues de MM. Daniel , Recoing et Bébian ; de compléter et d'achever leur ouvrage. Exoriare aliquis.

Relativement à la partie mécanique de l'art , l'expérience, d'accord avec le raisonnement, prouve qu'avec le seul instrument de l'écriture , on peut donner au sourd - muet une instruction suffisante pour qu'il puisse lire les ouvrages élémentaires et exprimer ses idées par écrit. L'alphabet manuel est du reste si facile, à apprendre et à exécuter , qu'on peut joindre sans difficulté ce second

(i) Voyez ci-devant, pages 3/|5 et 346.

instrument au premier. La tachygraphie écrite et manuelle, pourra, par la réduction de l'alphabet ordinaire, faire obtenir d'ailleurs, dans le moyen de communication , une plus grande rapidité.

Ce n'est pas qu'il ne fiait très utile de pouvoir employer, dans l'éducation domestique, l'alphabet labial et oral ; car, c'est surtout dans le sein de sa famille que le jeune sourd-rouet se trouvera entouré de personnes avec lesquelles il ne peut habituellement communiquer que par la parole, et dans le commerce desquelles il doit puiser cependant une partie de son instruction* Mais les procédés k l'aide desquels l'articulation artificielle et l'art de tire sur les lèvres , . peuvent étire enseignés , sont encore peu connus; leur emploi exige beaucoup de temps, de soins et de patience.

Sans doute, en se bornant à l'écriture et à l'alphabet manuel, comme instrument de communication, on subira les inconvéniens de la lenteur qui ^ur est propre , et des obstacles qui s'opposent quelquefois à leur usage ; les exercices seront moins continus, moing multipliés, l'enseignement en sera retardé. Mais ces rnoonvéniens seront compensés par les avantages qui résulteront d'un airtre genre de simplicité, de celle qui sera obtenue par l'enseignement logique et grammatical de fa langue; car, si chaque exercice devient par luimême plus fructueux, il sera moins nécessaire d'en accroître le nombre.

Or, c'est ici surtout que l'art peut être en effet considérablement simplifié , soit en faisant un emploi bien entendu de l'induction, en établissant une bonne coordination logique , soit en séparant l'enseignement grammatical en deux périodes , dégageant la première période des théories didactiques, éclairant les exercices pratiques par les inductions tirées des circonstances et de l'en-r semble du discours , en se prévalant des immenses ressources que fournissent les lois de l'association des idées.

Qu'on nous donne un recueil d'estampes d'après l'exemple de M. Watson, mais sur un plan plus systématique? mieux gradué, étendu à de plus hautes applications; qu'on nous donne des ta* bleaux synoptiques, soit de la généalogie des idées, soit des familles de mots , d'après les exemples de MM. le pasteur Daniel, Wolke, Venus, et des instituteurs de Grôningue et de Berlin , mais plus complets, mieux liés entre eux, formant un en* semble; qu'on nous donne des suites de leçons de lecture , adaptées aux besoins et à la capacité du sourd-muet, dans les diverses. époques de son éducation, d'après les essais déjà tentés en Allemagne ; que le. Manuel de M. Bébian reçoive et les supplëmens et les améliorations qu'on a droit d'attendre ; que, si on ne porte pas encore ces divers ordres de travaux à toute la perfection dont ils sont susceptibles, on continue du moins dans les voies déjà

ouvertes; qu'à ces divers secours on joigne une instruction familière et simple sur la manière de tes appliquer : alors un instituteur ordinaire, déjà familiarisé avec l'enseignement des langues savantes et les principes de la grammaire générale, pourra facilement les mettre en valeur; alors, un père, une mère de famille, doués de l'instruction qui est ordinairement le fruit d'une éducation libérale, inspirés par le sentiment le plus puissant, deviendront les instituteurs de leurs enfans sourdsmuets , sans rien trouver dans ces soins qui soit au-dessus de leurs forces, (i)

11 arrivera probablement que, dans ce dernier cas, du moins, l'instruction du sourd-muet ne sera pas portée aussi loin que dans les Instituts ; mais si elle est suffisante pour le mettre en état délire dans

les livres, l'essentiel sera obtenu; il pourra ensuite la compléter lui-même. D'ailleurs, si le sourd-muet acquiert l'éducation morale et religieuse, et les moyens de s'entretenir avec ses semblables dans les circonstances et sur les sujets les plus nécessaires, l'essentiel ne sera-t-il pas atteint, et com-

(i) Dans le village de l'Échelle, près Guise (département de l'Aisne), j'ai vu un sourd «muet, élève de l'Institut de Paris, donner avec succès des leçons à quelques enfans du village et des environs, atteints de la même infirmité. On pourrait imiter cet exemple dans d'autres localités, pour porter les secours là où existent les besoins , et suppléer à l'insuffisance des établissemens publics.

bien encore alors, n'aura-t-on pas à se féliciter de l'avoir arraché à l'exil dans lequel il eût végété, abandonné à lui-même?

Lorsque l'art d'instruire les sourds-muets sera ainsi introduit dans l'éducation domestique, lorsqu'il pourra avoir des instituteurs ordinaires pour ministres, les instituts des sourds-muetè ne seront plus appelés qu'à remplir la destination propre à un établissement normal.

C'est ici que l'art peut se développer sur une plus grande échelle , qu'il peut admettre le concours de tous les moyens, du moins autant qu'ils peuvent se concilier entre eux; c'est ici que l'instruction doit être conduite jusqu'à son dernier terme. D'une part , il faut y conserver le type de toutes les bonnes méthodes, tendre sans cesse à les perfectionner; d'un autre côté, l'art doit déployer toutes ses ressources, pour procurer une éducation entièrement libérale aux sourds-muets qui y sont appelés par leur condition. 11 n'est plus permis de douter aujourd'hui que l'art ne soit, même dans son état actuel , assez puissant pour conduire en effet les sourds-muets au plus haut degré de culture. S'ils ne peuvent, en toutes choses, se confondre avec les personnes exemptes de l'infirmité qui les afflige , ils peuvent certainement obtenir un rang distingué parmi les savans et les artistes, (i)

(i) Parmi un grand nombre d'exemples que nous ponr- JI. 4°

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Il reste cependant à savoir jusqu'à quel point on peut réunir dans l'enseignement donné aux sourdsmuets, l'emploi de divers instrumens, sans qu'il ^n résulte une complication qui embarrasse sa marche. N'est-il pas à craindre qu'en accumulant à la fois tant d'appareils désignes, le sourd-muet nepuisse plus s'y reconnaître, et que toute son attention, sa mémoire, absorbées par l'étude des expressions, ne suffisent plus à celle des choses? c'est à l'expérience à répondre. Cependant, elle nous atteste que deux ordres de signes, différens par leur matière, mais corrélatifs par l'analogie de leurs formes et des lois qu'ils isuivent, comme par l'identité de leurs significations, loin de se nuire, s'aident merveilleusement entre eux. 11 est prouvé également qu'on peut apprendre plusieurs langues savantes et étrangères , et qu'alors l'étude d'une langue nouvelle , ajoutée aux précédentes, n'en devient que plus facile. Nous en tirerions deux conséquences : c'est que, dans l'instruction du sourd-muet, non seulement on peut faire marcher de front, dès le début, les ordres de signes qui peuvent se prêter une assistance mutuelle, mais qu'il convient même d'en user ainsi; qu'on peut ensuite, mais en observant une

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rions citer * nous nous bornerons à indiquer ici, à Paris, M. Eugène Coquebert de Monbret, membre de la Société asiatique , distingué par ses connaissances , particulièrement dans les langues orientales , et mademoiselle Robert , non moins remarquable par ses talens.

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gradation successive , multiplier aussi pour lui les systèmes de langage, en se servant toujours des uns pour faciliter l'étude des autres. L'exemple des instituts de Groningue, de Vienne, de Berlin, semble attester qu'à l'aide d'une harmonie bien entendue, tous les instrumens imaginés pour venjur au secours du sourd-muet, peuvent être combinés ensemble, sans qu'il en résulte pour lui aucune confusion fâcheuse.

Lorsque l'art aura atteint un plus haut degré de simplicité, le sourd-muet qui ne pourra recevoir chez lui l'éducation domestique , trouverait-il quelque avantage à être élevé dans un pensionnat d'élèves entendit et parlant , plutôt que dans un institut de sourds-muets ? Ici les termes de comparaison 11e sont plus les mêmes que lorsqu'on opposait l'éducation domestique à l'éducation commune. Dans une école ordinaire , le sourd-muet ne retrouvera, de l'éducation domestique, que l'heureuse nécessité de n'avoir que la langue artificielle pour communiquer avec cqux au milieu desquels il vit; mais il ne pourra recevoir, comme dans l'éducation domestique , ces soins individuels qui lui sont nécessaires à chaque instant; et, coipme l'enseignement qui doit lui être donné est spécial par sa nature , devant avoir un maître particulier, il ne participera que bien imparfaitement à l'éducation commune. Ce maître particulier, l'obtiendrat-il capable de tout le dévpûment, et doué de toute l'habileté qu'il a besoin de rencontrer en lui? Ce

qu'on peut admettre , c'est que , lorsque l'on aura obtenu toute la simplicité désirable , les collèges , les institutions particulières, pourront, dans chaque ville , offrir un moyen d'éducation pour les sourdsmuets de la ville et des environs , au moyen d'un professeur spécial qui donnerait ses soins à plusieurs d'entre eux à la fois.

Ce n'est point tout, au reste, que d'avoir donné au;& élèves sourds-muets, dans nos instituts, et les connaissances et l'éducation qu'ils y peuvent recevoir. Pour un certain nombre d'entre eux, ce ne sera encore qu'une simple préparation ; pour tous, il sera nécessaire de conserver les fruits qu'ils auront pu recueillir. Or, ces fruits sont bien exposés à se perdre , lorsque les élèves sont rentrés dans le sein de leurs familles , surtout lorsqu'ils appartiennent aux conditions inférieures de la société. Car ils ne trouvent plus autour d'eux les secours dont ils ont besoin pour continuer à s'entretenir dans les exercices spéciaux dont ils ont besoin. Les élèves qui n'ont point reçu, par exemple, le don de l'articulation artificielle et de la lecture sur les lèvres , réduits à communiquer par les signes mé-

thodiques ou par l'écritufe , se trouveront, en particulier, dans cette classe de la société, presque habituellement isolés ; leurs signes méthodiques ne seront entendus de personne ; ils auront très peu d'occasions d'écrire, bien moins encore de lire; peu à peu ils oublieront ce qu'ils savent , si l'on n'y prend garde. Il serait donc nécessaire, lorsque

les élèves quittent l'institut, qu'en les renvoyant à leurs parens, on adressât à ceux-ci une instruction détaillée , dans laquelle on leur indiquerait le genre de soins que les élèves doivent continuer à recevoir, le régime qu'ils doivent suivre, les lectures principalement auxquelles ils devraient être exercés. Ces instructions devraient se modifier d'après la condition des élèves. Il serait à propos aussi qu'on pût remettre aux familles pauvres un choix de livres destinés aux jeunes sourds-muets , et qui formeraient comme leur provision pendant le cours de leur vie. Nous disons pendant le cours de leur vie ; car en effet , le sourd-muet aura besoin de s'entretenir constamment par des lectures choisies, au risque de déchoir. C'est à quoi peut-être on n'a pas encore assez pensé (i). Que notre prévoyante sollicitude embrasse l'avenir entier du sourd-muet, car c'est l'intérêt de sa destinée tout entière qui nous fit voler à son secours.

Enfin , l'articulation artificielle et l'art de lire sur les lèvres, si le sourd-muet en a acquis l'usage, seront encore un moyen précieux de continuer son éducation , lorsqu'il sera de retour dans sa famille ; et c'est un dernier genre d'utilité, propre à ces deux instrumens, qui n'a pas été assez remarqué ou apprécié. •

(1) Notre administration s'est occupée de réaliser cette idée.

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