‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 4)Chapitre 56 sur 56 · II · texte numérisé non relu

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ce les plus nobles prérogatives de notre nature. « Entrez en jouissance de ce bel héritage ! Laissez a ouvrir votre âme à toutes les affections pures : « reconnaissez en nous vos frères; levez les re~ « gards vers ce ciel qui vous appartient comme à « nous ! C'est à vous-mêmes qu'il appartient d'ache- « ver ce que nous n'avons pu qu'entreprendre! que ce la vertu , après nous , devienne votre, véritable « institutrice ! qu'elle vous enseigne l'amour de a Dieu, l'amour des hommes; par là vous saurez « mieux que par nos faibles leçons ce qu'il vous et importe le plus de savoir. »

Dïï.S SOURDS-MUETS. — CONCLUSION. 659

Note P, page 65o.

Sur les améliorations introduites dans T Institut royal des

Sourds-Muets de Paris.

Dans la première rédaction de ce rapport, les conclusions renfermaient une suite de vues spéciales à l'Institut royal dont l'administration nous est confiée, et qui ne pouvaient être destinées au public. Une partie d'entre elles sont déjà réalisées; l'application des autres se prépare avec cette prudente lenteur que demandent toujours les améliorations , pour être convenablement opérées.

La première proposition qui terminait ce travail avait pour objet de solliciter la création d'un Conseil de perfectionnement, qui, placé auprès de l'Institut royal, et s'unissant au Conseil d'administration , apportât dans ce grand établissement toutes les lumières dont le concours est nécessaire à la bonne direction des études, et pût contribuer aux progrès de l'art. S. Exe. le ministre secrétaire d'Etat au département de l'intérieur a bien voulu se rendre aux vœux que nous lui avons exprimés : le Conseil de perfectionnement a été institué ; il est composé en ce moment de MM. Raynouard , membre de l'Académie Française; Abel Rémusat, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres; Ordinaire, inspecteur général de l'Université royale; Frédéric Cuvier, membre de l'Académie des Sciences; Feuillet, bibliothécaire de l'Institut de France. MM. Maine de Biran et le baron Sylvestre de Sacy, qui en ont fait

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aussi partie lui ont été ravis, l'un par une mort prématurée qui a vivement affligé les amis de la philosophie, comme ceux de la patrie, l'autre par des ménagemens que réclame une santé affaiblie et si précieuse aux sciences. Depuis la création de ce Conseil , l'amélioration de l'enseignement a été constamment progressive; d'importantes délibérations se continuent, se mûrissent; nous devons attendre que leurs résultats soient arrêtés et appliqués , pour les faire connaître.

C'est encore d'après les mêmes conclusions, cfu'on a provoqué la rédaction d'un Manuel d'exercices pratiques, et qu'on a confié à M. Bébian l'exécution de ce travail, dont l'administration de l'Institut royal a fait les principales dépenses. M. le docteur Itard s'occupe, avec tout le zèle et toute l'habileté que nous sommes accoutumés à trouver en lui, à faire des expériences méthodiques sur les meilleurs procédés pour donner au sourdmuet l'articulation de la parole.

Chaque jour de séance, le Conseil d'administration se fait mettre sous les yeux, avec l'état sanitaire de la maison et tous les détails de son régime économique, des tableaux renfermant les notes relatives à la conduite et au travail de chacun des élèves des deux sexes ; il les examine, les renvoie avec ses propres observations, faisant adresser à chaque élève les encouragemens, les censures ou les éloges qu'il a mérités. Les instituteurs et institutrices sont astreints à tenir un journal où se trouvent consignés jour par jour, et les faits qu'ils ont eu occasion de remarquer, et les réflexions qui leur ont été suggérées par l'expérience. Des examens périodiques ont lieu dans toutes les classes, et sont faits par les mem-

bres réunis des deux Conseils d'administration et de perfectionnement ; 4es résultats en sont consignés par écrit et conservés avec soin. Les instituteurs et institutrices ont été appelés plusieurs fois à rendre compte, par écrit, de la marche de l'enseignement qui leur est confié , de l'esprit dans lequel ils le dirigent , des procédés de détails qu'ils y emploient; souvent des rapports spéciaux leur ont été demandés ; et nous avons la jouissance de déclarer ici, que, dans le nombre de ces travaux, il s'en est trouvé souvent, non seulement d'un mérite très remarquable, mais même d'extrêmement distingués sous le rapport de l'élévation des vues et des sentimens , de l'étendue des connaissances et de la perfection même du style.

Note Q, page 65 1.

Du système de mesures administratives qui semblerait convenable pour procurer le bienfait de P instruction a tous les Sourds-Muets.

La première mesure consiste sans doute à provoquer, par des encouragemens , les perfectionnemens qui peuvent conduire à simplifier l'art, à le mettre à la portée des parens et des instituteurs ordinaires, dans ses procédés les plus essentiels.

Mais ce n'est pas tout; il faut aussi porter les secours partout où existent les besoins, et préparer les instrumens de ces secours.

L'assistance que réclament les sourds-muels, pour obtenir une instruction qui seule peut les introduire ù ta vie sociale, morale et religieuse, cette assistance, qui

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est un devoir impérieux pour l'administration publique, n'est pas cependant pour cela une charge qui doive re- , tomber tout entière à la charge de l'État. Elle est aussi, parmi nous , une dépense départementale , et une dépense communale, d'après les principes qui régissent en France la comptabilité administrative. Car elle peut être assimilée, pour les départemens, à l'entretien des enfans trouvés , des aliénés, des prisonniers, etc.; et pour les communes, aux écoles, aux hospices. L'Etat aura rempli ce qui lui est imposé, en créant et maintenant des institutions normales, où l'art se conserve et se perfectionne , eu y formant des élèves qui puissent se consacrer à l'enseignement. Il faut ensuite, dans les provinces , des institutions secondaires , réparties sur une certaine étendue de territoire. Les départemens et les principales villes, compris dans la circonscription, y entretiendraient un nombre de bourses déterminé; le prix de la pension acquitté par. l'élève en état de payer, achèverait de subvenir aux frais de ces établissemens. En6n, dans quelques communes, dans lesquelles ou autour desquelles se trouveraient des enfans sourdsmuets, un sourd-muet déjà élevé lui-même, ou un instituteur employé dans l'enseignement ordinaire, mais instruit dans les principes et la pratique de l'art, pourraient réunir ces enfans, comme externes, pour leur donner l'éducation. Ces vues ont déjà commencé à se réaliser progressivement et partiellement en France ; mais elles demandent à être encore complétées et régularisées sur un plan général et méthodique. Nous avons fait hommage de nos vues sur ce sujet au gouvernement du Roi , et nous avons la confiance que, dans sa sagesse et

sa généreuse sollicitude, il donnera à ces institutions le caractère et l'harmonie qu'elles réclament.

Note R, page 653.

Notice supplémentaire sur quelques ouvrages relatifs à

P éducation des Sourds-Muets*

Dans un travail commandé par les circonstances , dont il ne nous a pas été permis de retarder la publication, dont les élémens et les matériaux n'avaient point encore été rassemblés, ni même indiqués dans une nomenclature complète, il était impossible que tous les documens existans en différens pays , souvent très difficiles h obtenir, souvent ignorés , se trouvassent entre les mains de l'auteur au moment opportun. Il en est, comme on a pu le voir, qui ne nous sont arrivés que pendant le cours même de l'impression de cet ouvrage; il en est qui nous parviennent à cet instant même, et lorsque l'impression en est déjà achevée. Nous croyons devoir indiquer sommairement ici ce qu'ils renferment de plus important.

Le premier est le récit, en allemand, de l'instruction que David Solbrig, prédicateur dans la Vieille-Marche, a réussi à donner, en 1727, à deux sourds-muets, frère et sœur, âgés de vingt ans environ. Nous avons indiqué cet écrit (voyez ci-devant, tome I, page 366). Il renferme des faits extrêmement curieux. Les deux élèves de Solbrig étaient radicalement muets , par un vice de conformation de la langue. Sans avoir étudié la théorie de l'art, Solbrig se créa à lui-même un mode. d'enseignement limité à deux instrutnens, l'écriture alphabé-

tique et le dessin. Il a donné au second de ces deux moyens un assez grand développement, et il y a même:** recouru pour enseigner la religion , par une méthode figurative. Ses deux élèves ont pu recevoir un enseigne* ment assez complet, pour être en état de rendre leurs pensées par écrit, pour acquérir l'instruction religieuse, et être admis à la participation des sacremens. Solbrig s'est borné à enseigner la langue par un choix d'exemples, par des exercices gradués, par des interprétations tirées de la présence des objets, ou de leurs images. Il assure avoir réussi à former le premier de ces deux élèves en quatre mois , la seconde en huit, au point nécessaire pour leur faire faire la première communion , ce qui nous paraît fort étonnant , ou, disons mieux, ce qui nous porterait à croire que leur instruction était en grande partie plus apparente que réelle.

Le second est le précieux écrit de Lasius, que nous avons eu occasion de citer aussi plusieurs fois, mais que nous ne connaissions que d'une manière indirecte, par ce qu'en avaient dit d'autres auteurs. Il renferme , comme nous l'avons annoncé, le détail des procédés à l'aide desquels Fauteur a réussi à instruire MUe de Méding, sourde-muette de naissance, de manière qu'en deux années elle fut mise en état de soutenir un entretien par écrit , et de répondre d'elle-même aux questions les plus essentielles sur la religion. Lasius avait connu les lettres de Wallis; il avait étudié les écrits d'Amman, de Raphel, de Solbrig. D'abord il avait tenté d'enseigner à son élève l'articulation artificielle; mais les pare ri s de la jeune sourde-muette exigèrent' qu'il renonçât à ces exercices. Dès- lors, récriture et la lecture, l'alphabet

DÈS SOUKDSHHUETS. CONCLUSION. 66$

manuel et les signes mimiques , tels que l'élève les instituait elle-même , furent les seuls ressorts à son usage. Le succès qu'il a obtenu par leur emploi est une preuve éclatante de la simplicité à laquelle l'art peut être réduit, s'il est appliqué par un esprit judicieux. Lasiusa enseigné la langue allemande à son élève, par l'usage seulement, c'est-à-dire par une suite d'exercices pratiques, mais par des exemples bien entendus et gradués. D'abord , il se contenta de traduire les mots et les phrases mimiques , en mots et en phrases allemandes $ bientôt son élève fut en état de rendre elle-même ses pensées par écrit, de lire des livres. Il s'aidait de YOrbis f ictus; il avait sous les yeux une estampe de ce recueil, le jour. où il conduisit son intéressante disciple à la plus haute des révélations. Nul instituteur de sourds-muets n'a pris une voie plus heureuse pour introduire son élève à l'auguste notion de la divinité. C'est en s'empara nt du sentiment de l'amour, en le dirigeant graduellement vers l'objet qui en est le plus digne, qu'il lui suggéra cette grande pensée ; en sorte qu'aimer Dieu et le connaître, fut pour elle une seule et même chose.... L'écrit de Lasius, ouvrage d'un homme plein de droiture, de zèle et de sens, mérite d'être médité. Il confirme, d'accord avec celui de Solbrig, et par le témoignage de leur commune expérience, l'opinion que nous avons plus d'une fois émise, sur la possibilité d'obtenir un plein succès dans l'éducation du sourd-muet, en se bornant à employer essentiellement l'instrument de l'écriture alphabétique, et sur celle de mettre l'art à la portée des instituteurs ordinaires, et de l'introduire dans l'éducation domestique.

666 dk l'éducation

Nous avons reçu encore un nouveau volume d'Ar-

noldi ; mais il ne renferme guère qu'un recueil de lettres écrites par ses élèves.

L'estimable et zélé M. Open, secrétaire de l'administration des sourds-muets à Dublin; vient de nous adresser le dernier rapport de l'Institution nationale de Claremond, pour l'année 1826; nous y trouvons une suite de fails et de documens intéressans pour l'histoire de l'art, en même temps que de nouvelles preuves des succès croissans de ce bel établissement.

Nous devons joindre aux travaux sur les écritures abrégées dont nous avons donné une indication au chapitre IV de la 3e Partie, la sténographie exacte, publiée en i8i3 par M. Conen de Prépéan, qui ne nous était pas connue, et qui paraît être un perfectionnement de la tachygraphie de Coulon Thévenot; le système dernièrement publié par M. Astier ; enfin YEdéométrie ou le Langage pasigraphique > publié en i8a5, sans nom d'auteur, que nous venons de recevoir à l'instant, et que nous n'avons pu encore examiner.

Note S, page 657.

Notice supplémentaire, sur les Institutions de Sourds-Muets,

Au moment où l'impression de ce travail était terminée, nous recevons aussi sur une institution de sourdsmuets qui existe à Marseille, et qui nous était inconnue, des informations dignes d'intérêt; nous en sommes redevable à M. le comte de Villeneuve, préfet du département des Bouches-du-Rhône.

« M. Bernard, directeur de cet établissement, en fut

« le fondateur en 1819, après avoir fait reconnaître ses « connaissances suffisantes par plusieurs sociétés sa- « vantes et par M. le recteur de l'Académie d'Aix, sur « la présentation de plusieurs élèves qu'il avait instruits. « L'autorisation lui fut accordée de la part de M. le pré- « fet des Bouches-du- Rhône , ensuite de l'approbation « donnée par S. Exe. le ministre de l'intérieur, qui s'était « assuré à cet égard du vœu des autorités locales et du 1 conseil général du département en faveur de cette « institution. Ce même conseil, témoin des succès pro- « gressifs de l'instituteur, a voté , en plusieurs sessions , « des bourses qui sont aujourd'hui au nombre de douze, « non compris une somme appliquée à diverses dé- « penses accidentelles.

« Cet établissement compte actuellement a3 élèves - « pensionnaires , dont 1 5 garçons et 8 filles. Le nombre « des externes est variable, et M. Bernard reçoit gratui- « tement tous les sourds-muets qui viennent demander « ses leçons. Le local est divisé de manière à ce qu'il ne « puisse résulter aucun inconvénient du voisinage des « élèves des deux sexes.

« Le mode d'enseignement est, quant à l'ordre des « matières , celui qui a été recommandé par M. l'abbé « Sicard. Quant aux moyens de transmettre l'instruc- « tion , M. Bernard paraît persuadé qu'ils doivent s'adap- « ter aux dispositions du sujet, et que plus un instituât teur est fertile en expédiens, mieux il peut réussir avec « des enfans , dont il a reconnu que la conception exige « de la variété dans les procédés de l'enseignement.

« Depuis l'établissement de cette école, douze élèves « ont été mis à même de faire leur première commu- « nion avec fruit, et plusieurs autres y seront bientôt

668 de l'éducation des SOURDS-MUETS, etc.

« préparés* Six en sont sortis en état d exercer un mé- « tier, et un autre est devenu habile peintre.

« Les filles sont instruites dans les ouvrages manuels « convenables à leur sexe , et dans la connaissance des « détails domestiques.

« Enfin, l'institution des sourds-muets dirigée par « M. Bernard peut être regardée comme un des établis- « semens auxquels le département des Bouches- du- « Rhône attache le plus d'intérêt. »

La même charité qui a inspiré l'abbé de l'Epée , qui anime à Rouen M. l'abbé Huby, avait aussi conduit M. l'abbé Dubourg à entreprendre l'éducation de quelques sourds -muets à Toulouse, et le succès récompensait son zèle , lorsqu'il a été appelé à l'évéché de Limoges. Aujourd'hui, il se forme, à Toulouse, un institut de sourds-muets qui paraît être , comme plusieurs de ceux que nous avons cités, départemental et communal; il est dirigé par M. l'abbé Chazotte, d'après la méthode de l'Institut royal de Paris, où M. l'abbé Chàzotte l'a étudiée. Ainsi les établissemens de ce genre qui existent en France , s'élèvent ou s'élèveront bientôt à vingt environ, et forment à eux seuls plus du quart de ceux qui existent dans le monde entier. Il est honorable pour notre patrie d'occuper le premier rang dans ces créations, sous le rapport du nombre des instituts; ne négligeons rien pour occuper aussi le rang qui nous convient , relativement au caractère de ces mêmes instituts , et au perfectionnement de l'art bienfaisant , de l'art sacré (cette expression nous est permise), qui y est mis en pratique!

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