‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 4)Chapitre 7 sur 56 · II · texte numérisé non relu

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5o DE LÉDUCA.TIOIC

quable; il y joignit aussi l'emploi de l'articulation mécanique. M. Venus, successeur de ces deux instituteurs, continuant et complétant leur ouvrage, l'a mis en même temps à la portée de tous ceux qui s'occupent de l'éducation des sourds-muets. Il avait déjà préludé, par quelques écrits sur l'Institut qu'il dirige , sur l'art qu'il exerce , lorsqu'il a publié dernièrement sa Métlwde (i), traité qui embrasse, dans tous ses détails et sous totis ses aspects , la condition du sourd-muet , tant sous le rapport de son infirmité physique, que sous celui de son infériorité morale, les causes dont elles résultent, les remèdes qu'elles peuvent recevoir. Ce traité est divisé en deux parties : l'une', théorique ; l'autre , pratique. La première est fort succincte, renferme peu de vues neuves , mais du moins ne contient généralement que des vues justes et sages. La seconde est fort développée; elle peut être considérée comme un véritable manuel dans lequel aucun des procédés de l'art n'est omis , où tous sont décrits avec clarté et dans leurs moindres circonstances, où les méthodes accessoires elle&-mêmes sont exposées avec le même soin.

M. Venus acquitte envers la mémoire de l'abbé de TÉpée un juste tribut de reconnaissance (2); mais,

(1) Mcthodenbuch oder anleitung zum unterricht der Taub-Sturnmen ; par Michel Venus. Vienne, 1826. (a) Voyez l'ouvrage cité ci-dessus , page 3 1 .

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en donnant à la méthode de ce vénérable instituteur les éloges qui lui sont dus , il Ta tellement perfectionnée, qu'elle ne présente plus de lacunes, et il a tellement combiné aussi le système des signes méthodiques avec les autres procédés connus, que sa manière de procéder est comme une sorte d'alliance entre tous les systèmes.

La formation des signes mimiques , leur classification , leur emploi , ont été l'un des principaux objets des études de M. Venus; il les distingue alors qu'ils résident ou seulement sur la physionomie, ou dans le mouvement des bras et des mains , ou dans l'attitude entière du corps ; il marque avec discernement leur transformation de signes naturels en signes artificiels ; il recommande de choisir les signes de telle manière , qu'ils expriment fidèlement celles des conditions inhérentes à chaque objet , propres à sa nature, qui peuvent être puisées dans la forme , le contour, les couleurs, le mouvement; en sorte que les signes soient toujours déterminés , significatifs, clairs et exacts. Les signes développés par l'art peuvent , à ses yeux , remplacer jusqu'à un certain point la parole , servir à expliquer et à rendre sensibles toutes les idées et même les notions placées au-dessus des sens, en les décomposant par l'analyse (i). Il a adopté , comme l'instituteur de Paris , l'emploi des

(i) Voyez l'ouvrage cité ci-dessus, pages 27, 29, 67, 364 .

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signes grammaticaux; comme lui, il y combine les indications alphabétiques avec des gestes à peu près arbitraires. Il étend même ce système à l'ordre entier des prépositions (i); mais, en se gardant toutefois de ne fonder que sur une imitation toute mécanique l'enseignement des règles de la grammaire. Quelle que soit, au reste, la haute estime qu'il professe pour les signes mimiques artificiels ; quoiqu'il en fasse un usage constant dans l'interprétation des valeurs de la langue ; quoiqu'il les introduise ainsi comme un moyen de traduction entre les idées et les termes de nos langues , loin de se renfermer exclusivement dans cette classe d'instrumens, de croire que la pantomime, jointe à l'écriture, suffise au sourd-muet, il déclare et s'attache à prouver que l'articulation artificielle et l'alphabet labial sont indispensables dans l'éducation de ce genre d'élèves. Les idées lui paraissent manquer de fixité et de stabilité, lorsqu'elles ne sont associées qu'aux signes mimiques ; il ne croit pas que l'esprit puisse penser avec le secours des mots écrits , en l'absence du papier où ils sont tracés. Le sourdmuet ne trouve, suivant lui, dans l'écriture , qu'un moyen trop lent pour son instruction et pour les opérations de sa pensée, trop lent aussi et d'un emploi trop rare , pour le commerce avec les autres hommes. Il suppose que cette espèce de tact

(i) Voyez l'ouvrage cité ci-dessus, pages i34 et suiv.

produit par l'ébranlement qu'occasionne dans l'organe vocal le jeu de la parole artificielle , en s'associant aux idées, donne plus de rapidité aux mouvemens de l'esprit. L'expérience l'a convaincu que la marche de l'enseignement est plus prompte, quand il s'appuie sur la parole artificielle , et il en conclut que ce langage imprime plus fortement les idées dans l'intelligence. Non seulement la parole artificielle est, à ses yeux, un système de signes mieux déterminé et plus sûr que le langage mimique, plus rapide que l'écriture, plus favorable au commerce social , plus propre à faire impression sur les autres hommes; mais il estime que cet exercice est même utile à la santé du sourdmuet; il remarque enfin que la parole artificielle aide , rectifie le travail de l'écriture , fortifie dans la mémoire les valeurs attachées aux mots écrits ( i ) . Toutefois , il conseille d'attendre, pour faire commencer à l'élève ces expériences de l'organe vocal, que celui-ci ait déjà acquis, par les signes artificiels, par l'écriture et la lecture , un certain degré de développement et d'habileté (2).

L'estimable instituteur de Vienne a donc étudié avec une grande attention le mécanisme de la voix humaine , tracé les modes de formation pour tous

(i) Voyez l'ouvrage cité ci-dessus, pages 3a, 33, i4ît« (2) Ibid.y page i5i.

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' les élémens de la parole (i). Il a également indiqué les règles qui peuvent guider dans cet art que nous avons appelé Yalphabet labial, et qui consiste à lire sur les lèvres d'autrui (2). Mais il n'a dissimulé aucune des difficultés qu'on rencontre , en voulant communiquer ces deux instrumens au sourd-muet avec toute la perfection désirable. Il a même eu la patience de tracer, dans le plus grand détail , tous les préceptes relatifs à l'enseignement de l'écriture. (3)

L'étude de la langue commence , pour le sourdmuet sous la direction de M. Venus , par les nomenclatures; du moins a-t-il soin de restreindre dans d'étroites limites la série des noms enseignés à l'élève, encore isolés de toute proposition, de toute qualification. Elle comprend, dans l'ordre suivant, les noms des différentes parties du corps, ceux des alimens, ceux des meubles, des ustensiles, ceux des objets qui appartiennent à l'école, ceux des divers genres d'animaux, ceux des plantes. Il passe ensuite à la terre, à l'air, au temps, à la société humaine. Il réunit ces noms par groupes

(1) Voyez l'ouvrage cité ci-dessus , pages 144 , i54*

(a) Ibid, pages 34 f 175.

(3) Ibid. , pages 197 a a5o. = On regrette que l'étendue donnée par M. Venus à cet exercice préparatoire, lui ait laissé trop peu d'espace pour développer la partie philosophique de l'instruction du sourd-muet.

ou familles; il décompose le tout en ses parties, et place les espèces sous les genres (i). C'est par la dénomination des couleurs qu'il fait débuter son élève dans la nomenclature des qualités ; il passe ensuite à celles des sensations du goût, puis à celles des formes, à celles du tact, à celles du sens intérieur, etc. (a). Alors, l'élève s'essaie à former de petites propositions ; les verbes se présentent dans un ordre correspondant à celui des fonctions des sens , classés toujours suivant la facilité que l'élève trouve à observer celles-ci. C'est par des interrogations, et par l'affirmation ou la négation données en réponse, que la proposition se construit (3). C'est par un choix d'exemples judicieusement conçus et répétés, de manière à circonscrire les idées et à confirmer les habitudes, que se démontrent les valeurs de la langue. L'intelligence d'un mot nouveau placé dans une proposition dont toutes les autres expressions sont connues, se révèle à peu près comme le terme d'une proportion en arithmétique. Des questions fréquemment renouvelées fournissent le moyen de vérifier si l'élève a bien compris , et l'appellent à opérer par lui-même (4). M. Venus indique, dans une suite de

(1) Voyez l'ouvrage cité ci -dessus , pages 658 et suiv. (a) Ibid,, pages 77 et suiv.

(3) Ibid., page 81.

(4) Ibid., pages 84 à i3o.

tableaux , la progression des exercices de lecture , depuis la simple reconnaissance des lettres et des syllabes, jusqu'à la formation de petites phrases, telles que des prières à sa portée. ( i )

La condition spéciale au sourd-muet, qui consiste à ne pouvoir apprendre que sous la direction d'un maître et par les règles de l'art , cette même langue que les enfans ordinaires apprennent sans s'en' douter, a été bien appréciée par M. Venus; il a su en déduire les conséquences ; mais il nous étonne lorsqu'en déterminant d'ailleurs avec sagacité la nécessité des langues artificielles pour le développement de l'intelligence, il va jusqu'à refuser au sourd -muet la faculté de former des jugemens, d'en tirer des conclusions, par la seule raison « que le sourd-muet est privé , dit-il , « des conjonctions et des autres particules qui ser- « vent de lien à la phrase. » (a)

Le dessin est employé, par M. Venus, comme un instrument tellement essentiel dans l'enseignement relatif au sourd-muet , que chaque maître doit être exercé dans cet art , pour reproduire au besoin l'image des objets absens (3). Il considère aussi le dessin comme une étude indispensable à l'élève; il le fait entrer dans son plan comme

(i) Voyez l'ouvrage cité ci-dessus , pages 180 à 197. (a) Ibid., pages 26, i43.

(3) Jbid, pages 67, *5i .

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un exercice général , comme une préparation fondamentale à la, profession industrielle que le sourd -muet doit un jour embrasser (i). Il accorde la même importance aux études élémentaires du calcul. Il attend de ces travaux, et de ceux du calcul spécialement, de salutaires influences sur les progrès intellectuels de l'élève : car ils l'accoutument à comparer , à combiner , à analyser ; ils lui donnent un coup d'œil juste ; ils fixent l'attention, ils donnent de la précisipn à ses expressions , de l'exactitude à ses idées ; ils fortifient sa raison (a). Mais le sourd-muet ne doit point apprendre le dessin et le calcul par les méthodes ordinaires. M. Venus a pris soin de tracer celles qu'il croit opportun de leur faire suivre. Le dessin linéaire lui sert d'introduction dans la première de ces deux études ; il fonde l'autre sur l'intuition (3). L'enseignement religieux couronne ce plan, bien ordonné dans ses parties, et satisfaisant à tous égards. L'instituteur de Vienne s'attache à développer le sentiment du bien, du juste et de l'injuste; les affections généreuses , la reconnaissance , la confiance. « Les « notions morales, dit -il, sont la préparation à a l'enseignement religieux, ou plutôt en forment

(i) Voyez l'ouvrage cité ci^dessus, page 253.

(2) lbid.y page 261.

(3) Ibid. , pages â54 > s63. /

<c une partie essentielle, (i)» Il a consacré aussi l'un de ses Chapitres à marquer les qualités nécessaires à ceux qui se chargent de l'éducation des sourdsmuets (a). Ses propres exemples sont le commentaire de ce Chapitre.

L'expérience a fait reconnaître à M. Venus toute l'utilité des secours que les sourds-muets peuvent se prêter les uns aux autres dans le cours de leur éducation, par une sorte d'enseignement mutuel; secours que l'instituteur doit s'empresser de mettre à profit. Mais il va jusqu'à déclarer que les sourdsmuets ne peuvent recevoir l'éducation convenable que dans un institut où ils soient réunis; il ne pense pas que la maison paternelle puisse jamais leur offrir l'instruction et le régime qui leur sont nécessaires. Il fixe à six ans l'âge auquel leur éducation peut commencer; mais, comme à cet âge ils sont encore dans le cas de recevoir des soins physiques qui leur sont mieux donnés au sein de leur famille, il conseille d'attendre un peu plus tard pour les appeler dans les établissemens publics : c'est de neuf à onze ans , suivant M. Venus , qu'ils y profiteront davantage. (3)

(1) Voyez l'ouvrage cité ci-dessus, pages 36 1, 363. (a) Ibid., page 40.

(3) Ibid, , page 46.

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Notb G, page 48.

Extrait du mécanisme de la parole, par M. de Kempeleru '

Nous avons pensé qu'il pourrait être utile aux insti-. tutetirt français de trouver ici le résumé des conditions que M. de Keropelen assigne à la formation de chaque lettre, et de potiVoir le comparer à Y Art de Parler, de l'àbbé de l'Épée.

L'alphabet auquel s'applique l'exposé qui suit est celui que M. de Kempelen a conçu comme pouvant représenter les alphabets de toutes les langues.

Positions de P appareil vocal pour la formation des lettres.

i. La voix sort de la glotte ; a. Le nez est fermé ;

3. La langue repose , et le canal de la langue est ouvert au troisième degré ; • ■

4* Les dents n'y prennent aucune part;

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