‹ De l'éducation des sourds-muets de naissance (volume 4)Chapitre 6 sur 56 · Suivre une marche analogue pour l'écri- « ture · texte numérisé non relu

Suivre une marche analogue pour l'écri- « ture

9. « Enhardir l'élève à répéter les questions à « son tour, à en former de nouvelles ; exciter l'acte tivité de son intelligence , afin que dans un comte merce mutuel il coopère lui-même avec son «maître au perfectionnement progressif de ses « facultés et de ses connaissances. » (1)

M. Siemon s'est flatté de pouvoir mettre ainsi l'art d'instruire les sourds-muets à la portée des parens qui ont des enfans atteints de cette infirmité. Il assure avoir obtenu lui-même des succès très rapides par cette méthode. M. BeckedorfF a vu, en 182 5, un élève dont M. Siemon avait, à l'âge de six ans et quelques mois , commencé l'éducation en février 182 5, et qui déjà comprenait parfaitement son maître, qui répondait, parlait avec netteté à celui-ci ; dont le jugement paraissait

(1) Voyez X Annuaire, etc., pages 108 à 1 1 5.

aussi formé 7 le cercle d'idées aussi étendu, que le comportait la capacité d'un enfant de son âge.

Pendant que divers auteurs recommandaient ainsi l'art qui a pouç objet de restituer au sourdmuet une prononciation mécanique, d'autres exposaient et perfectionnaient encore les règles- de cet art. Tel a été , en particulier, l'objet des travaux de M. Sensé (i). Mais nul n'a porté dans ces recherches plus de profondeur que M. le baron de Kempelen , dont les machines parlantes ont été connues en France dans le temps, et y ont excité une vive curiosité. Les sourds -muets n'étaient point l'objet spécial et direct des travaux de M. de Kempelen ; cependant il s'est aussi occupé d'eux , et surtout ils en ont recueilli, ils en peuvent recueillir encore le fruit avec avantage. Son traité sur le Mécanisme de la Parole (2) embrasse dans toute son étendue cet important sujet. Il remonte même à l'origine du langage : avec Adelug, Herder, et le lord Monboddo, il regarde comme démontré que le langage est d'invention humaine, qu'il ne peut même avoir une autre source : la formation du langage mimique, chez le sourd-muet, lui prouve qu'il est possible aux

(1) Versuch einer anleitung zum sprach-unterricht Taub- Siummen personen. Leipsig, 1793.

(2) Mecanismus der Menschlichen sprache , etc. Font. K. K. Hofrath H. Wolfgang von Kempelen. Vienne, 1791.

hommes de se concerter pour créer entre eux des moyens de communication , et les développer indéfiniment, (i)

M. de Kempelen, en observant les signes mi- ' miques employés par les sourds-muets, a fort bien remarqué comment ceux de ces signes qui sont réellement naturels, s'étendent par l'analogie, et donnent naissance à un système artificiel ; comment ce système de signes, en se développant progressivement , peut rivaliser de richesse avec nos langues, en imiter les formes, et exprimer, comme elles , l'ordre tout entier des notions abstraites ; mais qu'alors aussi il prend progressivement un caractère conventionnel. L'auteur du Mécanisme de la Parole avait visité, en 1783, l'Institut dirigé à Paris par l'abbé de FÉpée; il avait distingué avec sagacité les deux genres de signes employés dans l'enseignement, par les élèves .et par l'instituteur, l'un fondé sur l'imitation, et qui se comprend de lui-même, l'autre fondé sur les conventions , espèce de langue savante dont il n'avait pu comprendre les valeurs, (a)

Les recherches faites par M. de Kempelen sur

(1) Mecanismus der Menschlichen sprache, etc., a* Partie , pages 17, 28 et suiv.

(2) Ibid., re Partie, §.9 et suiv., page 16.

l'anatomie des diverses parties de l'organe vocal , et les fonctions que remplit chacune d'elles ont , aux yeux des juges compétens , un rare mérite d'exactitude, et leur exposition ne laisse rien à désirer sous le rapport de la précision et de la méthode (i). Cette description anatomique sert de base à celle des phénomènes qui se produisent dans l'organe vocal, par les diverses opérations de la parole (a). C'est à cette source que les instituteurs de sourds -muets peuvent aller puiser les indications les plus sûres et les plus complètes pour l'enseignement de la parole artificielle; c'est là, en effet, que quelques uns des instituteurs les plus distingués de l'Allemagne vont étudier cette branche de leur art , et l'expérience leur a donné lieu de s'en applaudir (3). M. de Rempelen a réduit à un simple alphabet général les alphabets particuliers de toutes les langues. Il n'a négligé aucune des circonstances qui concourent à l'émission du son ou à la formation de l'articulation qui correspondent à chaque lettre,

(1) Mecanismus der Menschlichen sprache, etc., 3e Partie r page 5g.

(a) lbid., 4e Partie , page 178.

(3) Voyez en particulier le témoignage de M. Venus, qui s'est servi pendant trente ans de ce mécanisme. ( Methodenbuch oder anleitung zum unterrichte der Taub - Stummen y page 145.)

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et il a eu soin d'accompagner ces descriptions détaillées par des gravures explicatives (1). Il combat et détruit plusieurs des descriptions que Van Helmont avait appelées à l'appui de son hypothèse, ou plutôt qu'il avait imaginées pour la justifier, et fait voir que, pour retrouver, dans la forme des caractères hébraïques, la peinture des positions et des mouvemens qui ont lieu dans l'organe vocal , en prononçant les lettres qui correspondent à ces caractères, Van Helmont a été induit à dénaturer entièrement ces conditions mécaniques de la parole. (2)

Il est difficile d'imaginer quelque chose de plus curieux que les machines exécutées par M. de Kempelen, pour imiter la voix humaine dans toute la variété des sons qu'elle enfante (3). L'inventeur n'a garde de prétendre que cette imitation soit parfaite ; il en signale au contraire l'insuffisance ; mais, au mérite du résultat, cette combinaison joint celui d'une extrême simplicité. Il raconte lui-même comment il fut conduit à cette décou-

(1) L'ouvrage de M. de Kempelen est devenu d'ailleurs déjà fort rare , même en Allemagne. Nous désirerions qu'il fût traduit en français, du moins par extrait. En attendant, nous offrirons ici le sommaire des règles qu'il donne à l'art de parler. ( Voir la note G, à la fin de ce Chapitre. )

(a) Voyez l'ouvrage déjà cité , 3e Partie, §. 80, page 143.

(3) Ibid., 5e Partie , page 389.

verte (i). Elle peut, si les modèles en étaient exécutés, éclairer, mieux encore que les gravures, dans l'art de guider l'organe vocal pour l'émission de la parole, lorsque l'ouïe ne peut lui servir d'institutrice naturelle.

Le système des signes méthodiques fut transporté en Allemagne par l'un des disciples de l'abbé de l'Épée , par l'abbé Storck , auquel l'empereur Joseph II , en fondant à Vienne un Institut pour les sourds-muets , confia la direction de cet établissement. L'abbé Storck , apologiste et propagateur de la méthode qu'il avait vu employer à Paris par notre respectable maître , l'appliqua avec une fidélité ,trop rigoureuse (a). M. J\ May, après lui, commença, en suivant les mêmes indices, à modifier cependant les traditions qu'il avait reçues (3) ; il simplifia surtout la formation des signes mimiques , et obtint ainsi une amélioration très remar-

(i) M. de Rempelen avait déjà exécuté, en 1769 , un célèbre automate qui jouait aux échecs. M. le professeur Kratzenstein avait inventé et exécuté un orgue qui imitait seulement les sons émis par les voyelles , et avait obtenu le prix au concours ouvert sur ce sujet par l'Académie impériale de Pétersbourg, en 1780. = (Voyez l'ouvrage ci-dessus cité, 4* Partie , §. 110 , page 198. )

(2) Anîeitung zum unterricht der Taub-Stummen, nach der Lehrart der H. abbé de l'Epée, etc. Vienne , 1 786.

(3) Son ouvrage porte le même titre que celui de l'abbé Storck. Vienne, 1794.

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