‹ De l'educationChapitre 63 sur 188 · CH. III, LE PERE ET L.\ VIEHE · texte numérisé non relu

CH. III, LE PERE ET L.\ VIEHE

mille uue autorité si haute h un père, a une mère une dignité si pure, et qui ménage à l’enfant né de leur union une protection si forte et si tendre, et tous les bienfaits d’une sainte Éducation.

Et maintenant, je le demande encore : qu’est-ce donc qu’un père, qu’est-ce donc qu’une mère? Dans l’ordre providentiel et social, qu’est-ce que l’autorité, qu’est-ce que la dignité paternelle et maternelle ?

J’entai déjà révélé quelque chose; mais le moment est venu de marquer plus fortement, plus clairement encore, s’il est possible, quel est le fondement primitif et immuable d’une si étonnante grandeur. Le voici :

Il y a en Dieu trois grandes et saintes choses (|ui constituent la divinité elle-même : c’est la puissance, la sagesse et l’amour. Eh bien ! je trouve ces choses toutes divines assises au foyer de la famille, mystérieusement présentes avec un père, avec une mère, et comme personnifiées en eux.

L’un est surtout l’image de la puissance de Dieu; l’autre représente plus vivement son amour, et tous deux participent ensemble à cette sagesse admirable, qui est la compagne inséparable de l’amour c-t de la puissance, et qui les éclaire éternellement.

Et voilà pourquoi, je dois le faire remarquer dès à présent, ils sont inséparables, et doivent présider tous deux ensemble à l’Éducation de leurs enfants.

Comme le cœur et la vie manquent dans une Éducation où une mère n’a pas assez de part ! Et aussi, qu’il y a d’hésitation et de faiblesse dans une Éducation dont un père est trop absent !

us i.iv. 11. LK [•£iii:, i,.\ MÈiiK, t;r la lamilll.

Mais entrons ici plus avant dans le fond meme des choses.

Je l’ai dit déjà: Itieu, qui agit perpétuellement ici-bas, ne vent presque jamais agir seul, et pour tonies les œuvres iju’il accomplit en ce monde, le plus souvent il emploie ses créatures et il agit par elles : et pour cela, il leur commnni(]ue toujours quelque part de ses attributs divins, dans la mesure où il le juge convenable à l’œuvre qui doit s’accomplir.

Lorsque Dieu fait un père et une mère auteurs de la vie pour leurs enfants, il met d’abord en eux un écoulement de la force infinie, par laquelle il a créé toutes choses : et c’est ainsi, comme nous l’avons indiqué précédemment, (pi’il les fait entrer dans l’action de sa Providence éternelle, et les associe à sa plus haute puissance, à la puissance créatrice elle-même : en un mot, il les fait créateurs à son image et à sa ressemblance ; et par là, chefs providentiels de la famille humaine.

■\ussi, malheur aux uniom, dont le vœu est d’être stériles ! s’écrie quelque part Bossuet : elles ne seront bénies ni de Dieu, ni des hommes ! Malheur aux hommes qui, comme l’arbre des forêts, jettent çà et là aux ailes des vents, c’est-à-dire au souiïle des passions, la mystérieuse force dont le germe divin est en eux! malheur aux pères, malheur aux mères qui, cédant à la crainte lâche des saintes fatigues de la dignité paternelle et maternelle, se défient de la Providence et de l’avenir, trompent le vœu de la nature, troublent l’ordre de Dieu lui-même, méconnaissent l’immense responsabilité de leur puissance, et repoussent loin il’eiix, vers le néant, ces nobles créatures, ces âmes charmantes, qu’ils ilevaient offrir au ciel, comnio le fruit de sa )»i‘nédiction !

cil. III. LC l'f.lîK Kl L.\ MKIIK. lit)

Mais ce n’est pas tout : celte grande œuvre n’est pas seulement une œuvre de puissance et de vie : c’est une œuvre d’intelligence et de cœur. Dieu leur transmet donc en meme temps une abondante participation de sa sagesse et de son amour : de son amour qui inspire et soutient, de sa sagesse qui gouverne; et avec son amour, sa sagesse et sa puissance, il leur donne quelque chose de sa souveraine majesté et de sa grandeur.

Tel est un père, telle est une mère : et voyez la belle et profonde harmonie des divins commandements avec cette sainte théorie!

Comme Dieu est adorable lui-même dans sa grandeur et sa majesté souveraine, il les fait pareillement honorables dans leur majesté et leur grandeur empruntées.

C’est pourquoi, après avoir dit dans sa loi, au premier commandement : Tu adorehas le Seigneur ton Dieu, il ajoute aussitôt, et sur les mêmes tables (1): Tu honoreras TON PÈRE ET TA MÈRE lous ks jours de ta vîe; car ils sont aussi jiour toi le Seigneur, et s’ils te bénissent, tu vivras longuement sur la terre. (Exod., 20-12.)

Oui, l’on ne saurait le méconnaître: il y a dans la ma-

lt) Quelques ilocteurs ont pensé que le qualriénic conmiamlenieut avait été écrit sur la première table Ue la loi, aveæ les trois cumiiiandeinents qui regarilenl Dieu.

Les paroles de saint Thomas confirment admirablement l'essentiel de notre thèse : Immedialé posl prœcepta nrdinantia nos in Deum, poniturprœceplum ordinans nos ad parentes, qui sunt particular» prineipium nostri esse, sicul Ueus est universale principium : et sic est

Ql.EUAM AFFIMTAS HIIJUS PB.ECEPTI AD PRIECF.PTA PIUAI.E TABUI..F..

Pkias ordinatur ad reddendum debilum parenlibus, quod communiler ad omnes pertinet. PI ideô inter prcecepta Deealogi, quas sunt communia, magis riebrl poni aliquid perlinens ad pirtalent quàm ad alias partesjusiilia.quce respiciuni aliquod debilum spéciale. (.S. Tuoji., •2* 2» quesl. 2'.)

130 LIV. II. LK PKUE, LA MLllE, ET LA FAMILLE, jeslé paternelle, dans la dignité maternelle, un rayon de la majesté divine elle-même; il y a sur le front d’un père, une autorité, et dans le regard d’une mère une force et une douceur que Dieu seul a pu y imprimer, et qui commandent religieusement l’obéissance et le respect.

Aussi, toutes les annales dépositaires delà sagesse des nations le déclarent : l’autorité des pères de famille, est la plus antique, la plus universelle, la plus sainte de toutes les autorités humaines, là plus semblable à l’autorité de Dieu.

Et non-seulement son origine, mais sa nature aussi est divine ; puisque c’est l’autorité même de la puissance créatrice, l’autorité de la vie donnée, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus grand, de plus fort dans l’autorité divine elle-même.

Et n’est-ce pas ce que tous les hommes reconnaissent, même à leur insu, lorsqu’ils disent : C’est mon père, c'est ma mère.

Le respect n’a pas, dans la langue humaine, une e.\pression plus simple et plus forte ; à moins qu’il ne dise : C’est mon Dieu; car alors il s’élève jusqu’à l’adoration; mais c’est toujours le même sentiment, la même pensée qui l’inspire : et nos saints livres en révèlent admirablement la raison par ces vives paroles: C’est notre Dieu, c’est notre père ; c’est lui qui nous a faits ; nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes : Ipse fecit ms, et non ipsi nos (1).

Et encore ailleurs, par cette exhortation touchante : Souvenez-vous que sans votre père et votre mère, vous ne sein XI IX , .").

ai. III. LE l'ÈllE ET H MEKE. IüI

riez pas nés ; Memenlo qmniam, nisi per illos, italus twn fuisses (d).

Et encore : IV'oubliez pas voire père et voire mire, de peur que Dieu ne vous oublie vous-même, et qu'alors vous ne soyez réduit à maudire le jour de votre naissance.

Memenlo Palris et Malris tuœ... ne forte obliviscatur te Deus et maluisses non nasci (2).

Aussi, qui ne le sait? le premier empire établi parmi les hommes, futTempire domestique et paternel. Dans les pre miers âges du monde, les pères de famille étaient seuls rois sur la terre.

De même que les familles furent l’origine et le modèle des villes, des royaumes et de toute la société humaine; de même l’autorité paternelle fut le type et le modèle de l’autorité sociale.

Voilà pourquoi aussi, partout et toujours, l’autorité sociale n’a été bénie des hommes que quand elle fut une autorité paternelle.

Chez toutes les nations et dans tous les siècles, le nom de père des peuples, est le plus beau, le plus glorieu.v des noms donnés aux rois de la terre.

Le nom de roi est un nom de père, ditBossuet,et tout le monde est d’accord que l’obéissance qui est due à la puissance publique, n’a d’autre fondement dans la loi de Dieu, que le précepte qui oblige à honorer scs parents : tant il est vrai que les princes, quels qu’ils soient, doivent être faits sur le modèle des pères; que le roi est père par devoir dans l’état, comme le père est roi par droit dans la famille, et qu’un gouvernement est d’autant plus parfait qu’il se rapproche davantage du gouvernement paternel.

n li’cd).. VII, 50. ,^2] hlrm.. xxiii, IS.

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