Plat., Rép.,Vvf, IV, tomeix, p
clarté possible, un jeune Français ne doit pas être élevé comme un Allemand, ou un Espagnol, ou un Italien ; son Education doit être tonte française, et faire retrouver en lui la physionomie noble et heureuse de sa patrie.
Voilà le seul sens dans lequel pourrait être vraie et raisonnable cette parole : Il faut que la jeunesse soit moulée à Veffigie de la nation.
Quand je dis qu'une Education nationale doit inspirer à un enfant ou conserver en lui la physionomie noble et heureuse de sa patrie, je n'entends pas qu'elle doivelui inspirer du mépris pour le genre humain et les nations étrangères : je n'entends pas qu'elle soit moulée servilement à refHgie de la nation chez laquelle il est né. J'entends encore moins qu'elle reproduise les traits d'une époque, quelle qu'elle puisse être, avec la triste fidélité d'une copie. Je n'y veux rien d'exclusif et d'étroit; je veux qu'elle soit assez large, assez haute et assez forte pour retracer tout ce qu'il y a de vrai, de noble et de grand dans toutes les époques et chez tOGtes les nations : je veux qu^elle puisse se prêter à toutes les améliorations, k tous les progrès de l'avenir.
Rien ne serait pire qu'une Education qui, pour être nationale^ prétendrait ressusciter le patriotisme étroit et barbare des petites républiques de l'antiquité. De nos jours, et sous la loi du Chnstianisme, un homme, s'il doit être de son temps et de son pays, doit être aussi dé tous les pays et de tous les temps.
Fénelon l'entendait comme nous, et il était aussi bon Français que p^sonne :
raime ma patrie plus que ma famille^ disait-il, et- plus d'un parmi ceux qui proclament si haut l'amour de la patrie n'en pourrait certes dire autant; et Fénelon ajoutait : J'flttne le genre humain plus que ma patrie. Par là, il est vrai, il ne prétendait pas se donner le bonheur d'aimer les Tartares pour se dispenser d'aimer ses voisins.
Qu'entendait Fénelon par ces paroles? C'est qu'il y a quelquefois des dévoûments plus étendus que ceux même du patriotisme ; que la charité catholique embrasse dans son ardente expansion l'humanité tout entière, et qu'elle tend à faire de tous les peuples répandus sur la faoe de la terre, — ce qui ne peut être, hors du Christianisme, qu'une utopie, ~ la grande famille humaine fondée sur le sublime et profond principe de la fraternité chrétienne.
£t qu'on ne croie pas que la patrie puisse souffrir de l'éloignement de ceux qui se dévouent ainsi, au gré d'une généreuse impulsion, aux besoins de l'humanité tout en. tiëre; non, la patrie n'en souffre pas : c'est sa gloire ; et le nom français doit sa puissance en Orient, et ce qu'il a conservé encore de grandeur dans les solitudes de l'Amérique, à ces héroïques dévoûments de nos missionnaires et de nos guerriers.
Non-seulement je ne veux pas que VEducation nationale exclue l'amour de l'humanité, mais je ne veux pas qu'elle inspire le mépris pour les nations étrangères : ce mépris est misérable. Chaque nation a ses qualités et ses défauts ; n'imitons pas les défauts des autres, sans doute : mais pourquoi ne rendrions-nous pas hommage à leurs qualités? Pour quoi ne ferions-nous pas pénétrer peu à peu, par l'Ëdocation, dans nos habitudes et dans nos moeurs, ce qu'il y a de bon, d'utile, de fort, de grand, dans le caractère, dans la littérature, dans les mœurs des nations étrangères ?
L'Allemagne nous donne l'exemple d'un travail patient, infatigable, profond ;
L'Angleterre, d'un caractère sérieux et ferme dans ses desseins ;
L'Espagne a eu ses grandeurs ; l'Italie aura toujours les siennes.
Encore une fois, gardons-nous de mépriser les autres, de dédaigner ce qui notis est étranger.
3K LIT. ¥. ^ bI3 BiTISSiS SOÊTES D^ÉDCCATIOX.
Cesx qiiî coos dédaignait et Bons méprisent sont injustes e&TCH fioas; ne ie soyons oiTers personne, montrons-nous
J'ai dît qae VEimioiion maiionaie ne doit pas être faite à rim^je d'mne éf-qm r/trécU; et Toid mes raisons :
Les diTerses époques, les diTerses phases d*an siècle sont £ûlllbks et da domaine de Fbomme ; elles sont livrées à ses caprices, \ ses mobilités, \ ses passions; ellesont quelquefois de la grandeur, quelquefois elles sont pleines de honte.
Ce n^est gu-^rre que par le travail dn siècle tont entier que le bon sens et la vertu survivent, et dominent à la longue, dans une nation, les parements et les faiblesses des époque div^^es.
Cest là une grande loi de la Providence aans le gouvernement du monde.
Les époques passagères sont sqjettes à tous les égarements de rhomme : il en fait à peu près ce qu^il veut ; les siècles sont à Dieu : H leur réserve les triomphes de lu vérité et de la justice.
Ge n'est donc pas à Timage d'une époque rëtrècie que TEducation nationale doit être faite.
Ge serait restreindre TEducation à des proportion misérables; ce serait arrêter tout progrès intellectuel et moral, empêcher tout retour, si on s'est égaré.
Ce serait poser en principe que le point où Ton est, est la dernière borne de toute perfection possible.
Je ne voudrais pas non plus que TËducation nationale fût une reproduction servile du génie de la nation en toute chose.
Nous Tavons dit : chaque nation a ses qualités et ses défauts.
L'Education vraiment nationale doit tendre à corriger
dans un enfant les défauts de sa nation, et à en développer les qualités.
Certes, on ne fit jamais à un instituteur un devoir d'inspirer à l'enfant qu'il élève les défauts de son père.
L'esprit français est naturellement clair, brillant, hardi.
On lui a reproché d'être superficiel et léger. Si ce reproche était juste, l'Education vraiment nationale devrait tendre à le rendre plus profond, plus patient, plus sérieux.
Le caractère français est grand, noble êl généreux.
On a regretté qu'il manquât quelquefois de constance. Si ce regret était fondé, l'Education nationale devrait tendre à fortifier le caractère, à fixer sa mobile activité, et à la tourner au profit de la force conquérante qui est son trait le plus brillant, par la fermeté, par la constance et Tesprit de suite.
Certes, en écrivant ces choses, je ne pense pas faire acte de mauvais Français, et je crois que, si ces conseils étaient suivis, l'Education de notre jeunesse ne serait pas indigne de la France.
L'Education vraiment nationale est celle qui fera de la France la première nation du monde, qui rélèvera au-dessus de toutes les nations rivales, en développant ses grandes et héroïques qualités, et en faisant tourner à leur profit jusqu'à ses défauts eux-mêmes, qui sont d'ailleurs si brillants et si aimables.
Mais, pour cela, il iaut sortir des bornes rétrécies d'une époque : il faut oublier les vieilles querelles, les rancunes de parti, les rivalités étroites. Pour que l'Education de la jeunesse française fasse revivre la physionomie si belle , si noble, de la patrie dans ses enfants, il faut qu'elle recherche, avec toute l'indépendance d'une sage et généreuse impartialité, à toutes les époques, dans tous les siècles, à toutes les phases de l'histoire nationale, Ce que le consentement des siècles, l'hommage des nations étrangères, et la voix de l'histoire a proclamé vraiment français.
Voilà ce qu'il iaut imprimer au cœur de notre jeunesse; voilà ce dont il faut faire son âme et sa vie ; voilà ce qui doit É., I. 23
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,.j déjà : on peut désespérer d'un individu s'il est /^'*' jjalfail; mais il ne faut jamais désespérer d'une jfli'' " , ^jie n'est jamais mal née en masse. "'"''m ne la maudit pas, à moins qu'elle ne le veuille obsti -
-gt; mais cela ne se voit guère.
" ^faul-il qu'elle fasse? Une seule chose qui suffit mal- ,^siaallieurs, seségaremenisouses fautes^jlfaulqu'elle I ^5 laisse élever.
foutefoÎB il arrive souvent que les peuples s'éloignent de j^ui qui pourraient les sauver, !1 y a chez eus deux in si/acts contraires, l'un par lequel ils invoquent le secours de Dieu ; l'autre par lequel, craignant d'être trop secourus, ils le repoussent.
Lespcuples ont trop souvent peur de se régénérer, el alors ils rcdoulenl et éloignent les régénérateurs: c'est l'expérience de tous les flj;es. Une génération oft les uns savent peu, et où les autres savent mal, OÙ tant de facultés sont ■bulles ou dépravécii, où tant de hautes intelligences sont tombées, où les plus beaux talents ont presque toujours trompé les premiéri's espérances qu'ils avaient données; Une génération pareille se décide difficilement, el ne se décidera peut-être jamais à bien élever la génération qui doit Ini succéder.
conçoit : on n'a plus même alors rîntelligence
l^t cela se
CH. X. — DE l'Éducation nationale. 399
de Tœuvre à accomplir; la langue même de TËducation s'avilît ; les notions les plus simples s'altèrent, les idées les plus certaines se troublent.
On ne veut pas, on redoute pour soi des enfants d'un caractère trop élevé, d'une conscience trop ferme, d'une religion trop sincère. D'autre part, on sent bien que des enfants sans respect, sans foi, sans mœurs, ne sont pas ce que demandent la société et la famille; on ne sait comment faire, et on va de mal en pis, et voilà tout le secret de tant de dif^ ficnltés inexplicables et de tant d'émotions pénibles.
C'est ainsi que tous, d'accord en théorie, nous né le sommes pas dans la pratique; nous avons peur les uns des autres.
Hommes de la science et de la politique humaine, préoccupés avant tout des intérêts de la terre et du temps, vous craignez que nous autres catholiques nous ne fassions une nation sans grandeur et sans savoir : vos préventions sont injustes, car c'est nous qui avons élevé le siècle de LouisXlV.
Nous tendons, dites-vous, à la domination : cela n'est pas. La domination, vous le savez comme nous, ne sera jamais, n'est plus possible sous un régime de liberté sincère.
Nous craignons, nous, que vous ne fassiez une nation sans caractère et sans vertu : nos craintes sont peut-être mal fondées; mais enfin jusqu'à ce jour vos preuves ne sont pas encore bien faites. Nous vous respecterons volontiers dans vos préventions; mais rendez-nous la même justice.
Vous êtes des hommes instruits : il ne nous appartient pas de nous célébrer sous ce rapport; mais nous sommes comme vous des hommes d'honneur. Les uns et les autres, nous sommes les enfants de la mère patrie. Cessons de nous faire la guerre; au lieu de cela, faisons alliance par la liberté commune pour l'Education de la jeunesse française ; nous y gagnerons tous, et la grande œuvre de la pacification rôligieuse s'accomplira.
Aftf ^^ fimlllf' là Providenrp. et la iorlunc île 1 .=5. f^ ,A/-iéei'oai eiilre ooas.
iO-^ ,-^àtOWplace.}'accepterais(ranchemeni\'èpreaii f.:.,..... .... ferait un devoii
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■■ ^1 j'^*^ y(Mse ftire;l'/ionneur
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^orio"! ^„g nalion admirable !
,s vives et fortes inspirations,
je ne connais pi i silre. (l'est d'cl!
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^'^lè's sont po""" 'a vérité et la vertu ; dsns le fond, 'ell *'^'liioè que la probité el le bon sens. Quand on ne l'égat " ^s quand on ne la fatigue point de calomnie et de raen L"iiged, elle aime, elle vénère ses prêtres, elle a une mei jeijlense facilite à recevoirles hauts enseignementsde la fol glje n'en voudrais d'autre preuve que l'admirable speciaci jes Conférences de Sainl-Solpice, au commencement de c siÈcle, et des Conférences de Notre-Dame, aujourd'hui.
Il ne manque, en ce moment, k la France que de com prendre les grandes iei;ons et d'accepter les grandes lois i la Providence.
L'histoire a révélé, dans la solennelle et triste successio des siècles, un enseignement que je veux indiquer ici.
La sagesse est plus puissante que le génie pour travaille ;■! l'Education de la jeunesse, et par elle à la rëgénéruiiol des peuples; la probité et le bon sens valent mieux que I science et les lettres mêmes, pour développer dans les g^ iiéraiions les dons de l'intelligence.
11 y a eu, dans les annales des nations, trois grands siècle dont la splendeur domine encore el illustre le genre humaii
Cil bien ! à ces trois grandes époques, les hommes de g| nie sont venus après les sages ; après les hommes de génil les sophistes.
La sagesse, la simplicité et la vertu ont précédé le génie et la gloire ; puis sont venus la vanité, le bel-esprit et le mensonge ; puis les révolutions et les désastres.
Et ici mon cœur se serre, j'éprouve une compassion profonde pour ces tristes décadences de rhumanité; je gémis sur ces profondes, sur ces irréparables infortunes.
Ainsi, pour trois foi§ que le genre humain s'est élevé jusqu'à la splendeur du génie, jusqu'à la gloire, trois fois il a dû succomber sous le faix !
Le poids d'une si grande fortune Ta écrasé, et, après l'avoir porté un moment, il a fléchi de toutes parts, et donné aux âges suivants le spectacle de ses désastres.
Un grand siècle se présente d'abord à moi. Sept sages ont fait son Education^ Périclès lui donne son nom ; et ce siècle d'un souvenir immortel n'a su préparer à la Grèce, après lai, que le sophisme et le mensonge, et le Parlhénon n'est demeuré debout jusqu'à nos jours que pourvoir une succession de faiblesse et de misères inexprimables.
Auguste vient plus tard, avec le cortège des hommes de génie qui l'entourent; mais avant eux on avait vu les sages : Lœlius, Scipion, Térence, Ennius, les Caton et tant d'autres et on avait reçu leurs leçons de probité et de vertu.
Mais après Auguste paraît nn Tibère, puis un Claude imbécile; et, si le pécheur de la Galilée n'était pas venu planter sa lente au sommet du Vatican, le peuple-roi eût été livré sans retour aux nations barbares, et la ville éternelle eût (\isparu de la terre.
Nous avons eu aussi notre grand roi et notre grand siècle; mais, avant lui, Richelieu^ qui fut roi sous Louis XIII, procura, à l'aide de Vincent de Paul, du cardinal de Bérulle, etde cette multitude d'hommes éminemment saints, éminemmeut sages, et surtout à l'aide des Jésuites, qui comptaient alors, comme je l'ai dit, soixante-cinq mille élèves instruits gratuitement dansleurs collèges ; Richelieu procura à lajeu-
nesse française cette forte et énergique Education, dont les détails nous paraîtraient aujourd'hui fabuleux, s'ils n'étaient atestêsdans tous les Mémoires du temps,
Les hommes de génie en naquirent : ils remplirent de leur gloire la France entière ; l'Europe en fut étonnée, Tunivers les admire encore; puis, après eux, les sophistes; après Bossuet, Pascal el Fénelon... Diderot^ Voltaire, Rousseau; puis, après les sophistes, les révolutions; et, après les révolutions, la confusion des langues, le péle-méle des opinions etdes pensées contraires, la sincérité du langage obscurcie, le naufrage de toutes les antiques vertus, la ruine ourabais^ sèment de toutes les nobles vérités.
Et à peine voit-on surnager encore çà et là quelques débris épars de vérités ou de vertu, qu'on va sauver un à un comme ces richesses échappées au naufrage, et que les mers ballottent dans leur furie ; car il y a toujours des âmes magnanimes, des hommes inspirés qui se dévouent, qui affrontent les dangers de la tempête, qui se jettent au milieu des vagues pour sauver ce qu'elles n'ont pas englouti. Mais, aussi, il y a sur toutes les mers des côtes inhospitalières où les efforts des plus généreux dévoûments vont trouver pour leur récompense le pillage et la mort.
Nous trouverons mieux, je l'espère; et, dans cette confiance, nous nous dévoueft)ns tous courageusement à l'œuvre si importante de l'Education nationale.