‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 55 sur 122 · Non Angli, sed angeîi, si essent chrisiiani · texte numérisé non relu

Non Angli, sed angeîi, si essent chrisiiani

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rhomme le plus intelligent et le plus laborieux est réduit à l'impuissance. Triste jouet des maladies, il se trouve arrêté à chaque pas dans la carrière. Les lettres, les sciences, les arts, les métiers les plus humbles, comme les professions les plus élevées, rien n'est possible sans le secours d'une bonne santé.

L'Education physique a pour but de conserver, d'affermir ou de réparer cette santé si précieuse : et voilà pourquoi, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, elle ne doit être ni trop molle ni trop dure. Une Education molle rend délicat et énerve le corps loin de le fortifier; mais, d'un autre côlé, une Education physique trop dure ou négligée aurait les plus graves, les plus funestes inconvénients.

Orandum est ut sis mens sana in corpore sano^! Voilà ce que les instituteurs dont la Religion inspire le dévoûment doivent dire à leurs élèves.

Une faut pas d'ailleurs se le dissimuler: cette Education physique, pour être bien faite, demande des soins innombrables. C'est pour l'instituteur la tâche la plus multipliée et la plus laborieuse, pleine de détails minutieux et pénibles. Mais cette tâche est un devoir, et la conscience ne permet pas de la négliger. Ici, comme ailleurs, toute négligence volontaire est coupable. Le sage, le religieux instituteur s'occupe de tout; et môme, en ce genre, rien, absolument rien, n'est au-dessous de lui. Soyez père, lui dirai-je volontiers avec Fénelon ; ce n'est pas assez, soyez nière. Ayez toutes les sollicitudes, toutes les prévoyances, toutes les délicatesses, quelquefois même ce qu'il y a de sage, d'habile et d'heureux dans les faiblesses d'une mère» Soyez, pour les enfants que vous élevez, comme la providence paternelle et maternelle de Dieu.

1. Ad tutamenlum mentis et corporis,dii le prêtre avant la communion. Perpétua mentis et corporis saniiate gaudere, dit l'Église dans d'autres oraisons.

A planta pedis usque adverticem, dit quelque part TËcriture. £h bien! oui, me disais-j^ ^ moi-même, pendant les années de ma vie dévouées à TËducation de la jeunesse, cette parole trouve ici une application. Depuis le cordon de la chaussure qui enveloppe leurs pieds, jusqu'à ce qu'il y a de plus élevé dans leur âme, de plus délicat dans leur esprit, de plus noble dans leur cœur, de plus important dans leur destinée humaine, de plus grand dans leur destinée éternelle : voilà ce dont je suis chargé, voilà ce qu'embrasse leur Education !

Œuvre immense ! Combien il est difficile que le dévoûment de Tinstituleur n'y succombe pas quelquefois ! car enfin la Providence, dont il est l'image, s'occupe de tout et ne s'inquiète de rien. Mais lui doit se préoccuper souvent jusqu'à l'inquiétude : chargé de tous ces enfants, responsable de leur vie, il faut que rien ne leur manque jamais.

Il serait indigne de l'instituteur religieux que par sa faute un seul de leurs besoins raisonnables ne fût pas satisfait. - Quand la Religion se charge d'élever des enfants, ils doivent l'être aussi bien et mieux qu'en toutes autres mains ; si cela ne se pouvait pas, un instituteur devrait se retirer : mais, sous les auspices de la Religion, cela se peut plus qu'ailleurs. Là, le dévoûment désintéressé rend tout plus facile. Du reste, cela est et a toujours été. Telle fut toujours l'antique réputation et l'honneur des maisons d'Education chrétiennes, à bien peu d'exceptions près.

Je le sais : même avec le plus noble désintéressement et un dévoûment sans bornes, il reste la faiblesse humaine, qui ne peut tout prévoir, tout empêcher; et des plaintes insolentes ou des exigences capricieuses ont plus d'une fois attristé le cœur des instituteurs les plus dévoués.

Ils doivent se rappeler alors que les hommes se plaignent quelquefois de la divine Providence elle-mênie, lorsque Dieu, non par faiblesse, mais par sagesse, laisse aussi quel-

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que diose leur manquer en ce monde : et ce souvenir doit lenr inspirer quelque résignation, quelque indulgence, au moins avec les jeunes enfants. Je dois avouer humblement que pour moi rien ne m'a jamais paru plus difficile que ces vertus, en ces circonstances, la grossière ingratitude et rinjustice de ces pauvres enfants m'a toujours trouvé intraitable. Peut-être avais-je tort.

Quoi qu'il en soit, sept choses contribuent puissamment k la bonne santé :

l<» Le bon air;

2* La bonne nourriture ; ^

30 La vie réglée;

4* L'exercice et les jeux ;

6* Une température convenable ;

6* La propreté;

7« Les soins médicaux.

En tout cela, il y a des précautions que les instituteurs doivent prendre; d'autres qu'ils doivent faire prendre à leurs enfants; d'autres enfin que les enfants doivent prendre d'eux-mêmes, mais sur lesquelles il faut également veiller et rappeler leur attention.

1® Le bon Air,

Les hommes que Tan et l'expérience rendent plus habiles n'hésitent pas à dire que le bon air est la première condition de la bonne santé et de la vie, même avant la bonne nourriture : Aerpabulumvitœ,

En effet, c'est le bon air qui fait le bon sang, qui prépare et fait les bonnes digestions. On ne vit pas de Tair du temps, sans doute : il est vrai cependant que le bon air nourrit et fortifie les organes, et que le mauvais air corrompt la meilleure nourriture.

Il est donc d'une extrême importance qu'une maison d'E-

ducation soit bien située, tournée à une exposition favorable, que toutes les salles communes soient vastes et bien aérées; il serait même à souhaiter qu'elle fût placée à la campagne, ou du moins entourée de grandes cours, de jardins et de préaux spacieux.

Le soin d'entretenir le bon air dans toute une maison demande une vigilance constante, d'autant plus qu'à cet égard on n*est jamais averti par les enfants. Eux, qui sont quelquefois si délicats, si exigeants quand il s'agit de la nourriture, n'ont aucune exigence, aucune délicatesse, quand il s'agit d'un air plus ou moins sain, plus ou moins grossier. On ne doit épargner aucune précaution à cet égard. Un air vif et pur, fréquemment et constamment renouvelé, a sur la santé, et, je l'ajouterai même, dût-on le trouver singulier, sur le bon esprit d'une maison, une prompte et décisiverinfluence*.

2° La Nourriture.

Il faut qu'elle soit saine et abondante, que la qualité et la quantité n'y manquent jamais : sans profusion toutefois et sans vaine délicatesse.

Le Supérieur d'une maison doit chaque jour s'assurer de ces choses, et, pour cela, tout examiner par lui-même. Si la simplicité, la frugalité et la sobriété des repas sont nécessaires; s'il ne doit rien s'y trouver ni de recherché, ni d'exquis, ni d'épicé et de haut goût, tout doit y être excellent. Il faut le meilleur pain, toujours bien cuit; les meilleures viandes : jamais rien de seconde qualité. Les parties animales les plus nobles, les plus nutritives; les meilleurs légumes : il faut, pour l'hiver, les faire venir en provisions des provinces où ils ont le meilleur renom. Les fruits de la saison doivent être toujours bien mûrs, les pâtisseries bien faites. Aux jours

1. Un homme de grande expérience m'écrivait : Le mauvais air rend inquiet, aigre, mécontent, et inspire les goûts du vice,

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maigres, les poissons très frais. L'huile doit être de première qualité, le vinaigre choisi; enfin un vin bon et fort doit être employé à préparer aux enfants une boisson convenable à leur tempérament, légère^ saine et agréable au goûu

Du reste, le régime des instituteurs et celui des élèves sera convenablement le même^ sauf les seules exceptions que rage, les travaux, quelquefois les infirmités, et le bon sens, par conséquent, indiquent comme nécessaires. Mais ce sera toujours la même nature d'aliments, la même table, la même préparation, le même service.

Le pain doit toujours être à discrétion. Mais il faut bien faire comprendre aux enfants quels devoirs une telle confiance leur impose, quelle honnêteté, quel respect pour soi et pour les autres, quel respect surtout pour les pauvres : pour Dieu, qui donne le pain, et pour les pauvres, qui en manquent!

Ce n'est pas pour fouler le pain aux pieds, pour le jeter, le gâter ou le salir, qu'il leur est généreusement prodigué par la Providence. C'est pour le traiter honorablement, comme il convient à des enfants bien élevés, religieusement même, comme il convient à des enfants chrétiens.

Au Petit Séminaire de Paris et dans d'autres maisons d'Education ecclésiastique, les légumes étaient aussi à discrétion aux deux principaux repas«.

Telles sont les précautions bonnes à prendre relativement à la nourriture.

I Ces précautions empêcheront-elles que les choses ne soient pas toujours aussi parfaites qu'on le voudrait? Non: et il faut accoutumer les enfants à souffrir sans se plaindre les inconvénients qui sont inévitables, passagers, et d'ailleurs sans conséquence pour leur santé. Il faut qu'il sache qu'on est souvent fort mal servi dans les maisons les plus opulentes, quelquefois même chez les rois. Il faut leur faire remarquer, ce qui est vrai, que les enfants quise plaignent, sont, en gé-

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néral, ceux qui ont été le plus mal nourris chez eux, ou bien ceux qui y ont été trop bien traités et gâtés, et dont le corps a été plus et mieux nourri que Tesprit.

Ceux qui ont la misérable habitude de se plaindre de la nourriture le font en cédant à de mauvais instincts de diverses sortes : les uns font les difficiles par sensualité, les autres par vanité, quelques-uns enfin par sottise et faiblesse d'entraînement au mauvais exemple.

Il peut cependant se rencontrer des enfants dont la santé affaiblie, délabrée, demande un régime plus délicat.

Il peut se rencontrer aussi des jeunes gens qui, arrivés à un certain âge et au moment d'une croissance excessive, ont besoin d'une nourriture plus forte.

Ces besoins légitimes, constatés comme il convient, doivent être pleinement satisfaits.

L'instituteur, comme un père, doit tenir entre tous ses enfants la balance d'une main équitable.

Il doit pouvoir se rendre cette justice qu'il n'y en a pas un parmi eux dont la fortune, la naissance ou les quatités mondaines obtiennent de lui plus que d'autres.

L'âme, les qualités de l'esprit et du cœur, et les espérances de science et de vertus que donne un enfant : voilà ce qui peut incliner l'affection vers lui ; quant à ce qui détermine un sage instituteur à donner plus de soin à an tel enfant plutôt qu'à tel autre^ ce sont quelquefois les faiblesses, les besoins d'une nature moins heureuse, mais jamais ses exigences grossières ou ses capricieuses délicatesses.

Adressez-vous à moi avec simplicité, disais-je quelquefois à mes enfants, c'est*à-dire avec confiance et avec respect ; ditesHttoi tous vos besoins convenables, comme vous le diriez à votre père, à votre mère. Je n'épargnerai rien pour les satisfaire aussi parfaitement que je le pourrai ; mais ici^ ja« mais de plaintes ni de murmures. Si vous avez quelque grossièreté de ce genre à faire entendre, il jaut vous retirer

de la maison immédiatement auparavant, ou je vous prierai de vous retirer immédiatement après ^

Du reste, pour donner à cet égard du bon sens à ceux qui n'en avaient pas assez, je leur lisais quelquefois la manière dont Louis XIV et Fénelon traitaient le duc de Bourgogne et ses frères. Ces curieux détails ne seront pas sans intérêt, j'en suis sûr, pour mes lecteurs.

oc Us vivent d'une manière très-commune, mangent autant « qu'ils veulent à tous leurs repas ; mais on ne leur sert a que des choses saines. Le matin, ils ne mangent que du « pain sec, et boivent un grand verre d'eau et de vin, ou « d'eau pure, ce qui est à leur choix.

« A dîner et à souper, ils mangent autant qu'ils veulent de « toutes les choses qu'on leur présente, et Ton a seulement « attention à leur faire manger beaucoup de pain et fort peu « de fruits crus.

Il y a trois jours de la semaine qui sont des fours de ra- « goût\ c'est pour leur dîner seulement

« Les autres jours, ils ne mangent que du bœuf à dînerai « leur rôti ne consiste qu'en quelques poulets, poulardes et « perdrix.

c Pour le souper, il est toujours égal : on leur sert ou un « gigot de mouton, ou une longe de veau, ou un aloyau, avec « quelque gibier ou volaille , sans aucun ragoût , et , pour « fruit, un seul massepain ou quelque ècorce d'orange.

« A leur collation, ils ne mangent, non plus que le matin, « qu'un morceau de pain sec, et tout au plus quelque biscuit, « et boivent un verre d'eau.

1. J'ai eu du reste» en ce genre, des bonnes fortunes qui auraient pu me rendre plus patient dans des rencontres moins heureuses. On m*a fait lire un jour une lettre d*un des plus jeunes élèves du Petit-Séminaire de Paris, enfant de grande famille et nourri jusque-lk dans Topulence, qui était si ravi de notre régime, qu*il écrivait k sa mère : Vous ne vous figurerez jamais ce que ces Messieurs dépensent pour notre nourriture. ReprésentezvouSt ma chère maman, que pour les confitures seulement, cela va à plus d*un million par aft«

« Ils boivent du vin à dîner et à souper, s'ils en veulent <« (car quelquefois ils n'en veulent point) ; c'est toujours du « vin de Bourgogne, et n'en boivent que deux coups. Jamais « ils ne boivent ni bière, ni cidre, ni vin de liqueurs, ni <r eaux rafraîchissantes d'aucune espèce, à moins que ce ne « soit dans leurs parties de plaisir, qui arrivent rarement.»

3« La Vie réglée.

Le règlement d'une vie simple et laborieuse, uniforme et cependant variée, est une des conditions les plus importantes pour entretenir la bonne santé.

Cet ordre importe surtout pour les repas, pour les études, pour le sommeil et pour les récréations. Les études, les repas, le sommeil et les récréations bien ordonnés, et toujours aux mêmes heures, donnent anx habitudes physiques, aux organes et à leurs fonctions, à tout le corps enfin, quelque chose de calme, de tranquille, de réglé, qui ménage les forces et affermit la santé en éloignant tous les excès et en faisant trouver à chaque chose un charme constant et un plaisir sans cesse renouvelé.

Voici ce que Fénelon écrivait au sujet du règlement des repas.

« Qu'il mange toujours à peu près aux mêmes heures ; « qu'il mange assez souvent, à proportion de son besoin*; t qu'il ne mange point hors de son repas, parce que c'est « surcharger Testomac pendant que la digestion n'est pas fia nie ; qu'il ne mange rien de haut goût qui l'excite à man- « ger au delà de son besoin, et qui le dégoûte des aliments « plus convenables à sa santé ; qu'enfin on ne lui serve pas c trop de choses différentes, car la variété des viandes qui « viennent l'une après l'autre soutient l'appétit après que le « vrai besoin de manger est fini. »

Quant au sommeil, il n'en faut donner aux enfants ni trop

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ni trop peu : il faut que les heures eu soient parfaitement réglées et toujours aussi les mêmes.

Un sommeil convenable, accompagné d'un exercice régulier, repose les enfants, leur fait un sang doux, les rend> dit Fénelon, gais et vigoureux ; tandis qu'un sommeil trop prolongé les appesantit, ne sert qu'à les amollir, les rend délicats, capricieux, de mauvaise humeur; sans parler des inconvénients plus graves pour la vertu, qu'il serait facile de signaler ici.

L'étude et le jeu, le travail et le délassement, doivent aussi être ordonnés de manière que les occupations graves et sérieuses préparent à la jouissance du repos et délassent du travail par le plaisir.

^^ Les dérangements perpétuels et souvent inévitables, quelquefois même les caprices, l'inconstance, le défaut de suite, l'irrégularité en toutes choses, sont, on le sait, un des plus grands inconvénients de l'Ëducation privée.

J'ai vu bien souvent des enfants, dont la santé avait toujours été faible et languissante chez leurs parents ; malgré toutes les précautions et tous les soins de la maison paternelle, leur visage pâle révélait leur état maladif. En peu de temps, le régime simple et la vie réglée du Petit-Séminaire les rendaient sains et vigoureux, frais et vermeils.

4^ Les Exercices du corps et les Jeux.

Les exercices du corps sont bien nécessaires à des entants qui demeurent immobiles, soit à l'étude, soit en classe, et travaillent sérieusement dix à onze heures chaque jour.

Aussi faut-il leur faire éviter avec soin, dans les récréations et dans les promenades, l'immobilité et la mollesse ; de sages instituteurs doivent s'appliquer à y introduire une grande variété de jeux agréables, qui animent tout ce jeune

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peuple d'enfants el qui exercent les corps pour les rendre souples et adroits, sains et vigoureux.

Rien n'est pire que les maisons d'Éducation où Von ne joue pas ! Il sufût aux hommes d'expérience d'une heure passée dans une cour de récréation pour juger, à la langueur de» jeux, à la persistance des conversations, à la lâcheté des attitudes, oi!i en sont les études et les mœurs.

J'irai plus loin ; il est désirable que les maîtres prennent autant que possible leur récréation avec leurs élèves, se mêlent amicalement à leurs conversations et à leurs jeux, et même, comme nous le disions au Petit-Séminaire de Paris, mettent les jeux en train. Tout le meilleur esprit d'une maison d'Éducation est là. Gela demande quelquefois un assez grand dèvoûm'ent ; mais ce dévoûment est nécessaire.

Si les enfants ne voient jamais eu récréation que les maîtres chargés de la surveillance, la surveillance et les maîtres leur deviennent odieux. Si tous les maîtres, supérieurs, surveillants et autres, se mêlent à leurs jeux, alors tout charge d'aspect, les enfants sentent que leurs maîtres sont leurs amis et leurs pères. 11 n'y a plus là qu'une famille, où tous les cœurs sont à Taise.

Mais, me dira-t-on, avec tout cela, comment conserverezvous le respect ? — Ma réponse est facile : c'est tout cela même qui l'inspire et le conserve. Je n'ai vu nulle part les maîtres mieux respectés que dans les maisons d'Éducation oii ils savent se mêler aux jeux de leurs élèves. Les enfants sont heureux et fiers de voir leurs maîtres condescendre ainsi aux besoins de leur âge et s'associer à leurs délassements : l'affection et la reconnaissance fortifient alors l'au* toritë et ajoutent au respect.

Au Petit-Séminaire, un de nos Messieurs était grandmaître des jeux ; quelques élèves nommés par leurs condisciples l'assistaient dans cette charge. C'étaient eux surtout qui devaient tout mettre en train, et acheter toutes les balles, cer-

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ceaux, ballons, cordes^ boules, quilles, etc^ dont on avait besoin pour les récréations et pour les promenades.

Les bâtiments et la situation du Petit-Sémiaire de Paris à répoque dont je parle, étaient aussi tristes que possible. Mais les jeux y étaient si vifs, si ardents, si multipliés, que cette maison semblait n'avoir plus aucune tristesse : tout y était devenu gai, doux et riant. Le bonheur des jeunes habitants y adoucissait^ y embellissait tout.

Partagée entre des jeux innocents, de nobles études et des fêtes pieuses, cette vie était si douce, que chaque année aux approches des vacances, tous les cœurs étaient émus entre la joie et les regrets.

La gymnastique est aussi très-utile pour accoutumer la jeunesse aux plus rudes exercices physiques. Sans y mettre Timporlance excessive qu'on y a depuis quelque temps attachée, j'y attacherais néanmoins un grand prix, et je ne blâmerais pas les instituteurs qui établiraient des récompenses pour exciter une vive émulation en de tels exercices.

Me permetlra-t-on l'expression d'un dernier vœu ? Je voudrais que le instituteurs saisissent toutes les occasions favorables pour mener leurs élèves à la campagne. Il importe plus qu'on ne pense de faire comprendre et sentir aux enfants les charmes d'une promenade champêtre, d'une course dans les bois ; de leur faire goûter ce que la simple nature a de gracieux, ce que les arbres touffus, ce que les champs, les vergers et les frais ombrages

Ont de plus innocent, de plus doux^ de plus rare,

comme dit La Fontaine.

Tels sont les exercices et les divertissements qui conviennent le mieux aux enfants, qui les délassent du travail et les y préparent.

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5<» De la Propreté,

La propreté contribue singulièrement à entretenir la bonne santé. Il faut que dans une maison d'Éducation tout sait parfaitement propre : les salles, les classes^ les cours, les corridors, les dortoirs. Cependant il ne faut pas que la propreté soit exagérée.

« Évitez l'excès de la propreté, dit Fénelon : la propreté, ff quand elle estmodérée, estune vertu; mais, quand on suit <r trop son goût, on la tourne eu petitesse d'esprit : le bon « goût rejette la délicatesse excessive ; il traite de petites « choses, et n'en est pas blessé. i>

L'excès de la propreté peut être à craindre dans l'Éducation privée : je n'en crois guère l'excès bien redoutable, ni peut-être même possible^ dans l'Éducation publique.

6® La Température.

Le chaud et le froid, le sec et l'humide jouent un grand rôle dans l'économie animale. Les précautions à prendre à cet égard sont nombreuses et doivent être bien réfléchies, prévoyantes et constantes.

L'humidité est, sans contredit, ce que la santé des enfants redoute davantage, bien plus que l'excès même du froid et du chaud. C'est le brusque passage de l'un à l'autre, et surtout du chaud au froid, qui esta craindre et qu'il faut éviter à tout prix.

L'humidité des pieds est une des causes les plus fréquentes des indispositions et même des maladies des enfants.

Les premiers froids, les premières pluies, sont aussi particulièrement sensibles et dangereux, et il importe grandement de préserver de jeunes organisations de leurs atteintes.

Je pourrais entrer ici dans des détails infinis, et raconter

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toute mon expérience. Les bornes de cet ouvrage ne me le permettent pas; peut-être trouverai-je une occasion utile de le faire quelque jour.

7<* Des Soins médicaux.

Nous venons de voir les précautions et les soins qui entretiennent une bonne santé. Les soins médicaux contribuent à la réparer.

Rien n'est plus important pour une maison d^Éducation que le choix d'un médecin. Il faut le choisir aussi habile que possible, mais surtout très-soigneux, très-attentif, trèsprévoyant, très-dévoué ; parce que les enfants sont sans attention, sans prévoyance, sans soins pour eux-mêmes.

U faut que le médecin, le plus souvent, devine leur mal, et par conséquent que le cœur Tinspire en même temps qull sera éclairé parles lumières de son intelligence.

U faut; autant qu'il se peut, que ce soit un médecin qui aime l'enfance et soit accoutumé à s'occuper d'elle. On gagnera souvent, à cet égard, à ce qu'il soit père de famille.

Il faut que le médecin vienne visiter la maison tous les jours, même quand il n'y a pas de malades.

Dès le commencement d'une maladie sérieuse, dès qu'un enfant couche à l'infirmerie, ses parents ou ses correspondants doivent être immédiatement avertis. Si la maladie devient plus grave, il faut leur offrir sans délai de taire faire une consultation de médecin à leur choix.

J'abrège ici au lieu de m'élendre, et il n'y a que ceux qui ignorent entièrement ces matières, aux yeuxde qui je pourrais encourir le reproche d'en trop dire.

En écrivant ce chapitre et en indiquant toutes les précautions qu'on vient délire, il a été assurément bien loin de ma pensée de rien conseiller qui puisse amollir les enfants ; je

tiens au contraire à tout ce qui peut les fortifier, et je redirai volontiers avec Montaigne, aux instituteurs et aux parents :

« £ndurcissez-le à la sueur et au froid, au vent, au so- <( leii et aux hazards qu'il lui faut mespriser ; ostez-lui toute a mollesse et délicatesse au vestir et au coucher, au manger a et au boire ; accoustumez-le à tout; que ce ne soit pas un a beau garçon et dameret, mais un garçon vert et vigou- « reux. »

£t, après avoir montré comment Fénelon entendait que fussent nourris des Enfants de France, je citerai volontiers, en finissant, les détails qui nous ont été donnés sur les rudes exercices du corps auxquels on avait cru devoir les accoutumer.

« Pour les exercices que l'on leur fait faire, ils sont tels, « qu'aucun bourgeois de Pais ne voudrait hasarder un pa- « reil régime sur ses enfants, et il faut ayouer qu'à moins « qu'ils ne soient aussi sains que ceux-ci le sont, il ne serait « passûr de le hasarder ; jamais ils ne se couvrent lorsqu'ils « sont dehors, à moins qu'ils ne soient à cheval, ou qu'il « ne pleuve ; car, quelque chaud, quelque froid, ou quelque « vent qu'il fasse, ils ont presque toujours la tête nue, et ils « y sont déjà tellement accoutumés, qu'il ne peuvent plus « mettre leur chapeau et qu'ils n'en ressentent pas la moin- « dre incommodité. Jamais on ne leur fait aucune remède, <( ils n'ont jamais été saignés ni purgés; ils ont cependant « eu quelquefois la fièvre, mais on leur a donné du quin- « quina. S'ils avaient quelque autre maladie plus pressante, « je ne doute pas qu'on ne suivît en ce cas-là l'avis des a médecins.

« Dans leurs promenades, qui arrivent régulièrement tous « les jours, été et hiver, quelque temps qu'il lasse, ils mar- « chent, ils courent tout autant qu'il veulent, soit à pied, « soit à cheval, et se mettent assez souvent en sueur, sans « qu'on leur fasse jamais changer de chemise. Il n'y a que le

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« seul cas de la paume qui soit excepté, parce que pour lors a ils changent de chemise : mais on ne les frotte ni on ne les « couche. En un mot, on les élève commte s'ils devaient être « un jour athlètes, et M. le duc de Beauvilliers est tellement « persuadé qu'un prince infirme n'est bon à rien, surtout « en France, où il faut qu'ils commandent leurs armées en « personne, que tous les accidents que Ton peut envisager « sur cela ne l'ont jamais pu détourner de son projet ; et, « jusques ici, grâce à Dieu, il ne leur en est encore arrivé « aucun, et ils sont au contraire d'une santé si parfaite et « d'un tempérament si robuste, qu'ils ne se plaignent ja- « mais de la moindre incommodité. Il arrive quelquefois « seulement qu'il sont enrhumés; mais ils n'en courent pas a moins, à moins que leurs rhumes ne soient très-considé- « rablès, et l'on ne s'en embarrasse jamais. »

Tels doivent être les soins physiques dans l'Éducation de la jeunesse et l'inflnence de ce qui se nomme l'économie hygiénique et domestique.

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