‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 54 sur 122 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Les Soins physiques.

Les insUluteurs dont la Religion inspire le dévoûment ne doivent pas laisser le privilège exclusif des soins matériels et de TEducalion physique aux instituteurs mondains et aux prospectus fastueux dont certaines maisons d'Education aiment à se parer.

La société humaine a fait d'incontestables progrès dans Tordre matériel. Sans donnera ces progrès une importance et une place qui ne leur sont pas dues, nous ne devons pas leur refuser celles qui leur appartiennent.

Je le dirai donc sans hésiter : les institutions chrétiennes^ les établissements ecclésiastiques, ne doivent le céder aux autres, sous ce rapport^ en rien de ce qui est nécessaire ou convenable. Taimeraîs volontiers qu'ils fussent même les établissements les mieux tenus qu'il y ait en France.

Tel a toujours été l'esprit de la Religion et l'inclination de PEglise. Sans doute l'Ame est plus que le corps: la nourriture, le vêtement et tous les soins physiques sont de moindre importance que la nourriture de Tintelligence et les soins

spirituels. ToutefoisrEgliseenseignequelecorpsderhomme est le plus noble ouvrage du Créateur, après son âme. Parmi les œuvres les plus brillantes de la création matérielle, rien n'y est comparable: et cela se comprend. Le corps est comme le domicile de l'âme : c'est l'organe, l'instrument, la puissance extérieure de l'âme ; et voilà pourquoi, sans doute, le Créateur prit soin de le façonner lui-même de ses mains ;

et cette œuvre, travaillée par des mains divines, apparut sur la terre revêtue de la forme la plus digne et de la figure la plus belle qui soit dans Tunivers.

Il suffit de voir le sourire, le regard, le coloris, la parole et la grâce qui brillent sur le visage d'un enfant et embellissent sa physionomie : il suffît de voir quelle vie ranime, quelle force le soutient, quelle ardeur le transporte et relance, pour comprendre que la beauté, la dignité, la pureté ; l'énergie, l'adresse, l'agilité du corps ne sont en aucune façon choses méprisables. Il est remarquable que l'Eglise a des lois expresses pour interdire l'entrée du sanctuaire et le ministère sacré à ceux dont le corps offrirait quelque difformité, nec déformes.

Qui ne sait la touchante histoire de saint Grégoire le Grand? Un jour, traversant le forum romain, il aperçut des esclaves anglais qu'on y avait mis en vente. En voyant ces corps si bien faits et ces visages si beaux et si purs : Quel malheur *y s'écria-t-il, que de tels hommes ne connaissent pas le Dieu de VÊvangile! Et c'est à la suite de cette rencontre qu'il envoya en Angleterre le saint moine Augustin et les apôtres qui la firent chrétienne.

Mais, si rien n'égale la noblesse de la destinée du corps en ce monde, où il est le compagnon et le serviteur d'une intelligence, que dire de sa destinée dans l'autre, où Dieu lui réserve une transformation céleste, qui sera la glorieuse récompense de ses services et sa félicité immortelle?

L'Education physique n'a certes pas pour but de flatter ici bas les sens et leurs mauvaises inclinations ; mais bien de rendre l'homme, corps et âme, aussi fort, aussi sain, aussi indépendant que possible des accidents extérieurs. Ge seul mot suffit pour faire comprendre l'importance et la nécessité de cette Education. En effet, sans une constitution forte,

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