CH. VI. — RÉSUMÉ ET CONCLUSION DU TROISIÈME LIVRE
sujet que je traite : c'est le fond môme de mon ouvrage. Que je suis loin d'avoir toul'dit à cet égard ! Je veux donc jeter encore un coup d'œil sur ces questions, les considérer en même temps sous tous leurs rapports divers, au risque de me répéter; et les éclairer, autant que je le pourrai, d'une nouvelle et plus vive lumière, qui en révèle aux regards attentifs les plus intéressants aspects, l'admirable accord^ la belle et puissante harmonie.
J'ai montré dans les chapitres précédents l'action naturelle des quatre grands moyens d'Education^ le domaine, Vinfluence spéciale de chacun d'eux.
Mais chacun d'eux a de plus une influence générale sur l'Education tout entière : ils peuvent et doivent se pénétrer, se fortifier l'un l'autre, se prêter un secours mutuel, en concourant tous simultanément au même but qui est la formation de l'homme.
En un mot, l'éducation humaine doit être une, simple, constante, comme Thomme lui-même; et l'union des moyens qu'elle emploie doit être indissoluble, puisque les facultés que ces divers moyens développent ont entre elles une unité radicale, qui n'en fait pas plusieurs êtres distincts, mais uu seul, qui est l'homme.
Dans la simplicité personnelle de son être, l'homme est doué de tous les attributs divers qui font la richesse et* la force de son existence; mais^ par là même, toutes les fois qu'un de ses attributs vient à souffrir, tous les autres souffrent aussi, et ce n'est jamais impunément que l'Education néglige dans Thomme un des dons de la nature ; l'homme tout entier en est affaibli. Ceux qui ont perdu la vue acquièrent, dit-on, peu à peu une ouïe plus fine et plus délicate, (l n'en est pas de même des facultés intellectuelles et morales. L'intelligence ne s'est jamais fortifiée par la faiblesse du caractère, ni ennoblie par la sécheresse du cœur: au contraire, combien de fois n'ai-je pas donné un peu d'esprit à des en-
fants en développant leur cœur ! combien de fois ne leur ai-je pas donné du cœur en leur inspirant la piété I Combien de fois surtout n'ai-je pas affermi leur caractère en fortifiant leur conscience! Non, ce n'est jamais au profit, mais toujours au détriment des autres facultés, qu'on sacrifie ou même qu'on néglige une d'entre elles.
Donc, séparer, diviser les moyens d'Education ; négliger les uns, faire prédominer injusteraent Jes autres, c'est d'àbord n'atteindre Je but qu'en partie ; mais, de plus, c'est l'atteindre moins fortement dans les bornes mêmes qu'on s'est posées; tout chacun de ces moyens, par la force et la nature même des choses, est secourable, nécessaire à l'autre ! tant ils exercent, les uns sur les autres, une salutaire
influence!
Entrons dans le détail :
Oue ne doitpàs, par exemple, V Instruction à la Discipline ? Nous rayons vu amplement; mais je dois le redire encore ici .-Jamais les instituteurs de la jeunesse ne méditeront trop ces choses I
C'est par la Discipline que l'élude se conserve forte et attentive, que les ressources de l'esprit ne sont point dissipées, que la réflexion se mûrit, que sa vigueur n'est pas émoussèe.
La raison est amie de l'ordre : l'attention aime le silence; la pensée gagne à ce que la parole ne puisse interroger à tout propos; l'activité, la promptitude, Texercice vigoureux des faculté profite à ce que le temps soit exactement mesuré : n'e^-cepas \2i Discipline qui fait toutes ces choses? Retranchez la Discipline, et V Instruction, si elle parvient à développer l'esprit, ne formera pas le caractère : elle ne formera pas môme fortement l'esprit égaré par l'inattention, affaibli par l'inconstance de la volonté, et jeté par l'oisiveté dans tous les désordres de la mollesse.
Mais pourquoi parler spécialement de VInstruction î N'a-