XII INTRODUCTION
plusieurs. S'il n'y en avait qu'un, la France serait peutêtre déjà sauvée I Que faire?
Prier, afin que Dieu rende possible celui qui est nécessaire.
Heureux les peuples desquels on peut redire la parole de l'Évangile : Fuit homo missus a Deo : il y eut un jour pour eux un homme envoyé de Dieu^ !
Mais je suis élevé ici à des pensées plus hautes, et les doctrines évangéliques éclairent admirablement ce que je médite en ce moment.
L'homme est le grand moyen employé par Dieu pour sauver l'homme. Une telle mission est sans contredit la plusgrande gloire que Dieu puisse donner à un homme ici-bas.
Cette gloire est presque toujours douloureuse, sanglante. On ne sauve les hommes qu'en se dévouant, et quelquefois en mourant pour eux.
Le plus souvent ils ne veulent pas être sauvés : alors il faut les sauver malgré eux, et mourir pour eux et par eux.
C'est alors ce je ne sais quoi d'incomparable et d'achevé que les grandes infortunes ajoutent aux grandes vertus.
Dieu a trouvé cela si glorieux, qu'il en a réservé la gloire à son Fils.
J'ai dit que Dieu sauve l'humanité par l'homme : et il est àremarquer ici que, quand Dieu voulut lui-même tra-
1. Tels furent: Judas Machabée k Jérusalem; Constantin, vainqueur par la croix aux portes de Rome; saint Léon le Grand, deyant Attila; saint Pie V, à Lépante; Jean Sobieski, sous les murs de Vienne; Jeanne Darc, à Orléans.
INTRODUCTION. XTll
\ailler à nok'e salut et nous sauver, il se fit bomme : Homo FAGTDS est!
Quand le Verbe devint rHoMME-DiEU, le monde fut sauvé.
La date romaine abolie révéla la présence et Tère du Dieu fait Homme.
L'homme de l'Empire romain s'effaça, et dit, en en montrant un autre : EccB Homo ! voici l'Homme!
L'homme de la loi et de l'antique prophétie s'était effacé déjà en sa présence. Le Précurseur lui-même, quoiqu'il fût un homme envoyé de Dieu, ne parut envoyé que pour montrer aux autres hommesl'HOMMEpar excellence et tomber le premier à ses pieds. Il y en a un au milieu de vous, disait-il aux Juifs, que vous ne connaissez pas! Médius vestrum sietii quem vos nescitis. — Il faut qu'il croisse et que je diminue! ajoutait-il. Illum oporM crescerCy me autem minui.
Voilà les paroles qui firent de Jean-Baptiste* le plus grand des enfants des hommes. Sa gloire immortelle est d'avoir été le Précurseur de Celui qui devait tout sauver.
Celui qui devait tout sauver, c'était l'Homme attendu, promis, figuré pendantquarante siècles. C'était l'Homme dont Moïse, le plus grand homme des temps antiques, s'écriait au désert : HÎHte quem missurus es : Envoie^ Seigneur^ Celui que tu dois envoyer !
Le saïntqué tu promis et que nous attendons? disaient tous les anciens justes*
Les patriarches mouraient en souhaitant de le voir; les pères apprenaient à leurs fils à l'espérer; les prophètes chantaient sa venue : Cieux^ disaient-ils, répandez votre
Xry INTRODUCTIOPT.
ros^el que la terre s'enlr'ouvre et qu'elle germe son Sauveur!
Ce fut Jésus- Christ I et il montra accomplie en luimême, aux dépens de sa propre vie, cette grande vérité: que pour être l'Homme deDieuetrHomme des peuples, que pour être un Sauveur, il faut se dévouer, souffrir, mourir.
Le nom qui lui fut donné par les prophètes et par les anges disait sa destinée. Les prophètes le nommèrent V Attente elle Désiré des nations^ en môme temps que r Homme des douleurs^ Virum dolorum, et les anges le nommèrent J^5M«, c'est-à-dire Sauveur.
Être attendu, providentiellement espéré; être le besoin et le vœu des peuples, et répondre à ce besoin, à ce vœu, par un dévoûment qui va jusqu'à la mort : rien n'est plus grand dans les destinées humaines. Et c'est un trait incomparable de grandeur pour le christianisme, que les
chrétiens adorent un Sauveur incontestablement attendu pendant quarante siècles, et mort sur une croix pour racheter l'humanité.
Voilà les lumières que TEvangile jette sur le sujet qui nous occupe ; et, si nous descendons maintenant de ces hauteurs, nous trouverons encore bien des vérités importantes à méditer.
Il en est une que je veux remarquer d'abord : c'est que, quand Vhomme de la Providence est donné, les hommes surgissent autour de lui.
Nous en avons eu chez nous un mémorable exemple : quand le Premier Consul répondit au vœu universel, et
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devint i'A'omtne de là France, ce fut'un beau spectacle de voir comment il rassembla autour dé lui, éleva, multiplia les hommes pour la grande œuvre de la régénératien sociale.
Tout fut un moment sauvé ; et, s'il n'était pas devenu rtiomme de l'ambition et de l'orgueil , s'il fût demeuré toujours l'homme du bon sens et la sagesse providentielle, la France, aujourd'hui, serait assurément plus heureuse, plus forte, plus puissante que nous- ne la voyons.
Ces hommes de la Providence,' quand ils sont fidèles à leur glorieuse mission, dominent leur temps, font leur siècle, impriment un mouvement à l'humanité tout entière, et laissent la trace immortelle et bénie de leur passage sur la terre : témoin les siècles d'un saint Louis, d'un Charlemagne !
Et cela sans charlatanisme, sans le mensonge dés phrases, sans l'orgueil de la tyrannie.
Saint Paul n'a pas proclamé son siècle lé siècle des lumières, et il a illuminé le monde.
Saint Vincent de Paul n'a pas proclamé son siècle le siècle de la philanthropie, et il a été le grand consolateur de l'humanité souffrante.
Non-seulement ces hommes dominent leur siècle, mais ils sauvent leur siècle; ils élèvent leur siècle ; ils créent leur siècle.
Voilà les hommes qu'il faut demander au ciel. Notre orgueil a beau s'agiter, s'irriter, nous ne serons sauvés que par des hommes envoyés de Dieu pour nous sauver.
Quant à nous, quels sont les hommes que nous devons chercher à former par TEducation et préparer, s'il se