‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 71 sur 122 · FéNELON · texte numérisé non relu

FéNELON

240 Liv. IV. — en. ni. — de l'enfant et i>u restect.

poser h entendre le plus turbulent d'entre eux venir, avec une naïveté respectueuse, dire ce qoe j*ai entendu une fois et que je n'ai jamais oublié : Si vous saviezy Monsieur le supérieur, comme ça nous ennuie de nous amuser comme ça ! Cet aimable petit impertinent avait raison.

Ah ! que nmmortel ami de la jeunesse, dont j'sdme tant à citer ici le nom et les paroles, pensait différemment ! Nonseulement il voulait qu'on laissât les enfants jouer librement dans leurs heures de récréations, mais il allait jusqu'à von- Imr pour les jeunes enfants gu^on cachât Vétude sous Vapparence de la liberté et du plaisir.

Mêlez V instruction avec le jeu; que la sagesse ne se montre à eux que par intervalles et avec un visage riant: gardezvous de les fatiguer par une exactitude indiscrète.

Souffrons^ disait-il encore, que les enfants interrompent quelquefois Vétude par de petites saillies de divertissement.

< Ils ont besoin de ces distractions pour délasser leur € esprit...

<K Une libre curiosité excite bien plus leur esprit que la € contrainte...

a Laissons leur vue se promener un peu ; voir, ponr un « enfant, c'est vivre. Permettons-leur même, de temps en 9 temps, quelque digression ou quelque jeu, afin que lenr c espritse mette au large: puis, ramenons-les doucement au « but : une régularité trop exacte pour exiger d'eux des étu- < des sans interruption leur nuit beaucoup.

« Souvent ceux qui les gouvernent affectent cette régula-

. « rite, PARCE QU'ELLE LEUR EST PLUS COMMODE qu'une SU jétiOU

ff continuelle à profiter de tous les moments. »

Un des inconvénients les plus graves et les pins fréqnents des Educations contraintes, c*est de jeter les enfants dans le découragement, quelquefois dans le désespoir; de briser en eux les ressorts les plus puissants de la sagesse et de la vertu. On obscurcit leur esprit, on abat leur courage: s'Uss&nt

Qm EST DU A LA LIBERTÉ DE SA VOLONTBT, 244

vifs^ on les limite ; s'ils sont mous^ on les rend siupides \ Sans doute, il y a telles natures avec lesquelles la crainte est nécessaire; mais il ne faut remployer alors que comme on emploie les remèdes violents dans les inaia'dies extrêmes ; car on court toujours le péril d'altérer le tempérament et d'user les organes.

J'insiste sur ce point, pance que rien n'e&t plus diflïcile à persuader, surtout aux jeunes instituteurs, aux Jeunes professeurs : et cependant, tous les hoifim<es les plus émineDts sont nnaimes à cet égard.

« G'es<t par la douceur et la persuasion qu'on doit porter a les enfants à l'amour du bien, disait un ancien ; jamais par « des punitions dures et humiliantes : ces mauvais traite- « ments les découragent et les rebutent. »

Quintilien a aussi admirablement exprimé les périls de la contrainte intellectiîelle ou n>orale dans l'Éducation :

« Rien n'abat si fort Tesprit des enfants que d'avoir un mai- « tre trop sévère et trop difficile à contenter ; alors ils se cha- « grinent, ils se désespèrent, ils prennent tout en haine ; la a crainte, qui ne les quitte plus, les empêcha de faire aucu» « effort. Imitons les vignerons qui épargnent la vigne tandis A qu'elle est encore tendre -.ils se donnent bien garde alors « d'e la trailler, car ils savent qu'elle appréhende ie fer ei « qu'elle ne peut souffrir la moindre blessure...

« Je ne suis pas si mal instruit de la portée et des inclina- « tiens de chaque âge, que de vouloir qu'on presse sévère- « ment un enfant et qu'on lui demande tout d'abord la per- « fection de son ouvrage ; car il faut se garder surtout de lui « faire haïr les sciences, dans un temps où il ne peut encore « les aimer, de peur qu'il ne soit rebuté pour toujours par « l'amertume qu'on lui aiura £ait une seule fois aentir ^. »

i. FélfVLOlV.

1 . Ne illud qmdem quod adnu>neamus indignum est, ingcnia pneronun uimia iDtcrim emendationis sereritate deficere ; nam et desferant et do-

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C'était aussi la pensée de Sénèque : « Est-il juste de coeq!- « mander à des enfants avec plus de vigueur et de dureté « qu'aux animaux dépourvus de raison ? Un habile écuyer « n'effarouche par son cheval par des coups redoublés; ille- « rendrait ombrageux et rétif, si, de temps en temps, il ne « lui faisait sentir une main caressante. De même, un sage a instituteur ne menace pas sans cesse ses élèves : une crainte « servile émousserait leur courage, éteindrait leur ardeur *.»

Mais il y a un péril bien plus grand encore dans la contrainte morale, c'est de faire des hypocrites. Les enfants sont naturellement timides et pleins de fausse honte ; ils sont^ il est vrai, naturellement aussi simples et ouverts ; mais si peu qu'on les gêne ou qu'on leur fasse peur, ils se contraignent et ils ne reviennent plus à leur première simplicité. Le moyen de prévenir un si grand mal est de les accoutumer à dire ingénument leurs inclinations sur toutes les choses permises: pour cela, il faut leur laisser une grande liberté d'exprimer ce qu'ils pensent et de découvrir le fond de leur ftme ; autrement on étouffe en eux cette première naïveté des mouvements naturels qui est si précieuse.

Si on ne les laisse jamais libres de témoigner leur ennui, si on les assujettit toujours, si on les force à goûter certaines personnes maussades ou certains livres ennuyeux qui leur déplaisent ; si on les reprend avec âpreté, dès qu'ils se montrent naturellement ce qu'il sont, tout est bientôt alors pour eux source de dissimulations et motif de déguisement.

lent, et novissime oderunt, et quod tnaxime nocet, dum omnia liment, nihU conantur, Quod eiiam rusticis notum est, qui frondibus teneris non putant adhibendam esse falcem, quia reformidare ferrum videntur, et cicatricem nondum pati posse, (Quintil., t. I, p. S15.)

Nec sum adeo œtatum imprudens, ut instandum teneris protinus acerbe putem, exigendamque plenam operam. Nam id in primis cavere oportebit, ne studia, qui amare nondum potest, oderit, et amaritudinem semel perceptam etiam ultra rudes annos, reformidet. (Quintil., t. I, p. 34.)

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