Sénèque, t. X, p
Ils deviennent politiques^ caches^ indifférents au IHen, et secrètement inclines au mal ; ils ont beau paraître plus dociles que les autres enfants du même âge, ils n*en sont pas meilleurs. Que dis-je ? vous leur avez appris à contraindre extérieurement toutes leurs inclinations : qu'arrive-t-il? Toutes leurs mauvaises habitudes, tous leurs défauts croissent et mûrissent en silence. Leur souplesse cache une volonté rebelle ; leur caractère dissimulé les dérobe à tous les regards, vous ne les voyez jamais dans leur état naturel; jamais vous ne les connaissez à fond, et enfin leur mauvaise nature ne se déploie tout entière que quand il n'est plus temps de la redresser.
C'est dans la crainte de toutes ces désastreuses conséquences que Fénelon disait autrefois :
€ Ne prenez jamais sans une extrême nécessité un air a austère et impérieux qui fait trembler les enfants. Vous « leur fermeriez le cœur, et leur ôleriez la confiance, sans « laquelle il n'y a nul fruit à espérer de l'Education. Failes- « vous aimer d'eux ; qu'ils soient libres avec vous, et qu'ils « ne craignent point de vous laisser voir leurs défauts. « Pour y réussir, soyez indulgent à ceux qui ne se déguisent a point devant vous. Ne paraissez ni étonné, ni irrité de « leurs mauvaises inclinations ; au contraise, compatissez a à leurs faiblesses. Quelquefois, il arrivera cet inconvénient a qu'ils seront moins retenus par la crainte ; mais à tout (( prendre, la confiance et la sincérité leur sont plus utiles « que l'autorité rigoureuse.
« D'ailleursi Tauforité ne laissera pas de trouver sa place, tt si la confiance et la persuasion ne sont pas assez fortes ; « mais il faut toujours commencer par une conduite ou- « verte, gaie et familière. »
Mais, me dira-t-on, est-ce qu'il ne faut jamais user de fermeté dans l'Éducation ? Certes, je suis très-loin de penser ni de vouloir rien de semblable.
214 Liv. IV. — CH. m. — DE l'enfant et du respect
Je rai dit déjà : rËducation est une œuvre de FEaiiBTÉ. Je ne sache pas une œuvre humaine qui en demande davantage, el dans le deuxième volume de cet ouvrage, je traiterai bientôt de cette grande et indispensable qualité de ViBstiUir leur. Mais je le dirai dès ce moment ; la fermeté n'est pas la violence.
Je ne sais rien de plus ferme que ce qui esii doux, ni rien de plus faible que ce qui est violent.
Mais c'est surtout quand il est question de la conscience qu'il faut persuader les enfants de leur faire vouloir le hien, de manière qu'lis le veulent librement et indépendamment de la contrainte.
Cest surtout quand il est question de la Foi, de la Religion, de la Piété, qu'il faut prendre garde d'user avec eux de violence. Nulle puissance humaine^ dit éloquemment Fënelon, ne peut forcer le retranchement impénétrable de la liberté d'un cœur. Et qu'on ne s'y trompe pas : un cœur de douze ans a ici une force de résistance incroyable. La contrainte fera tourner infailliblement pour eux la Foi en un langage faux, la Piété en des formalités odieuses, la Religion en un joug d'hypocrisie accablant.
On ne parviendra qu'à s'en faire mépriser, si on les oblige à jouer un personnage mensonger là où il importe plus que partout ailleurs à la liberté morale d'agir dans toute sa plénitude.
Non, non ; il faut que les enfants touvent spontanément la Religion belle, aimable, auguste* Vous avez beau faire : s'ils en on une idée triste et sombre, si la piété et la vertu leur apparaissent sous l'image affreuse de la violence, tan* dis que le dérèglement se présente à eux sous une Bgure agréable et avec les apparences de la liberté, tout est perdu, vous travaillez en vain.
Pourquoi l'immense majorité des enfants, au sortir desétablissements d'Instruction pul)lîque, se repré6«o(ent*ils tott-
joiirs la ItuHgion comme qnetque chose de froid, de dur, de maussade, de languissant? Cest qu'elle n'a jamais été pour eux autre chose, c'est qu'on n'a jamais rien fait pour leur en donner une autre idée ; c'est que, grâce à la contrainte oftlcîelle, ils n'ont jamais eu dans le cœur rien de libre, rien de généreux, rien de spontané, rien de vrai pour la Piété ei pour la Foi. Ahl sans doute, je ne veux pas que, sous prétexte de respecter la liberté morale et religieuse de la jeunesse, on la jette dans l'indifférence et dans le scepticisme : celte extrémité Tait horreur. Il suffit de la signaler pour la flétrir ; mais je ne veux pas davantage que, sous prétexte de leur donner une Education religieuse et morale, la Religion devienne pour eus une forme extérieure, la Foi une étade imposée, la Piété une habitade d'hypocrisie, et par là môme un horrible scandale.
Qui que vous soyez, prêtre ou laïque, instituteur on père de famille, quand il est question de l'Education religieuse et morale des enfants, vous ne savez rien si vous ne savez que commander, que contraindre, que faire exécuter la lettre de la loi morale et évangèlique. Vous n'avez pas même compris les preraiers éléineuts de l'Educalion des flmcs; vous n'avez pas môme la première idée de cette grande œuvre. Quand il est question de Dieu et de la Religion, de l'homme et de sa conscience, frapper, reprendre, corriger n'est rien : il faut faire aimer; mais prenez garde,pour cela il faut aimer vonsméme. Où en êtes-vous à cet égard ? Permettez que je vous le demande T Sans aucun doule, si vous ne voulez qu'afficher la RelS- . gion, s'il vous suffit de réduire ces panvres entants à accomplir exactement certaines actions extérieures, battez le tambour ou sonnez la cloche, chacun se lève, chacun marche ; si vous le voulez même, si vous avez du caractère et si on le sait, chacun tremble, vous êtes obéi; et de toutes les classes de votre rtaWJssemenfJevoiss'avancervers la chapelle
246 LIV. IV. — CH. m. — DE l'enfant ET DU RESPECT
et arriver au pas, en rangs presses, en escouades régulières, tous vos élèves sous la conduite de leurs maîtres d'études. i
Mais je vous dirai, avec TArchevéque de Cambrai : Cest i là une admirable police^ et je veux une religion sincère. Où '
est-elle? Qu'avez-vous fait pour elle? Plus vous usez avec ces enfants d'une froide et impérieuse contrainte pour learfaire accomplir extérieurement leurs devoirs religieux, sans que jamais l'inspection officielle les trouve en défaut, plus vous les forcez à n'avoir qu'une Religion masquée et trompeuse.
Est-ce ce qu'on voudrait? Qui le pourrait dire? qui oserait le croire? Pour moi, je ne l'ai jamais cru.
Et puis, quand cette contrainte odieuse a duré dix ans ; quand cet enfant, placé ainsi entre un aumônier qui prêche et confesse, des professeurs qui ne croient pas, et un chef d'établissement qui fait tout marcher impérieusement, quand cet enfant est devenu un jeune homme, — de sa quinzième à sa vingtième année, — il se forme dans le fond de son cœur une plaie secrète de haine et d'irréligion; il commence à se douter qu'on lui a jouéune odieuse comédie^ et il faut quelque, fois vingt autres années pour faire revivre dans celte âme désolée un rayon de foi religieuse, un souffle d'amour et de vie.
Certes, les choses que je signale ici sont d'ineffables malheurs ; et cependant je n'ai pas tout dit encore.
Que si, en môme temps qu'il y a contrainte au dehors pour forcer à être religieux, il y avait contrainte au dedans, contrainte au fond des âmes pour forcer à ne l'être pas 1 si on était tout à la fois comme forcé à ne pas croire^ et cependant obligé toujours à agir comme si on croyait !
S'il y avait des maisons d'Education * où les devoirs de la Religion officielle fussent publiquement accomplis et secrètement voués au mépris; où la violence s'exerçât en faveur
i. M. DE Lamartine.
2. Je me sers de ce nom : de telles maisons ne méritent pas un tel nom; mais je ne Yeux désigner rien ni personne.
de rincrédulité et du vice ; où la raillerie amère poursuivît la vertu simple el naïve ; où l'enfance ne puisse aimer Dieu sans être l'objet des plus insultantes railleries; où il lui faille entendre chaque jour traiter la Foi de superstition, la Piété d'hypocrisie et la Religion de fanatisme ; où elle ne puisse prier sincèrement et se recueillir, sans s'exposer à d'indignes traitements;
S'il y avait des maisons d'Éducation où les pauvres enfants fussent obligés de se cacher pour recevoir leur Dieu ; où le jour même de leur première Communion il fallût les dérober aux regards et à la dérision de leurs camarades plus âgés; siles maîtres s'étaient jamais rencontrés donnant euxmêmes des noms odieux aux témoignages les plus touchants de la foi vive, aux derniers restes de la piété sincère apportées aux familles;
S'il y avait des maisons d'Éducation où les mauvaises mœurs fussent comme une nécessité et le naufrage de l'innocence inévitable; où la cause du mal ne fût pas seulement dans les élèves^ mais encore dans les domestiques et les surveillants ; OÙ les abus ne se propagent pas seulement par Vexemple et la séduction^ mais sHmposent même quelquefois par la violence et la menace*;
Si tout cela était vrai, et s'il y avait, en même temps, un pays où des parents chrétiens, où les pères et les mères de famille se décidassent, par contrainte ou par indifférence, à placer leu^s enfants dans ces maisons, afin de les préparer aux examens nécessaires d'une profession ou d'une carrière;
Et si dans ces même maisons^outre cette affreuse violence d'immoralité et d'irréligion, la jeunesse était en même temps condamnée à subir la contrainte intellectuelle, la plus
1. On sait que c'est Ik ce que M. Lallemand, professeur de la Faculté de médecine de Montpellier, et & ce titre iuTesti de la confiance du Con> seil de rinstruction publique qui TaYait choisi, révélait sur ce point comme le résultat de ses obseryations les plus attentives.
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SL des ^'»î:iératicDS entières étaient vouées à ce déplorable régime ;
Je deiiianderais quelle est la nation assez malheureuse po-r avoir à subir une tyrannie sociale aussi étrange; je demanieraîs quelle est cette jeunesse dévouée à un esclavage intellectuel et moral aussi désastreux; je demanderais s'il t\ a pas là quelque conscience opprimée et courageuse peur jcier un cri de douleur; je demanderais ce que cette nation a fait po^r être jugée indigne de la plus noble des libertés, qui est la liber lé des âmes; je demanderais quel est le nom de celte nation ; quelle est sa foi, ses croyances, sa place au soleil de la vérité et de la justice en ce inonde !
Je demanderais quelle est sa puissance cachée, mystérieuse, effroyable, qui pèse sur ses destinées!
Je demanderais tout : je demanderais si celte nation a été maudite un jour; si elle doit l'être toujours ; je demanderais ni ces pures de famille ont juré de n'être jamais pères, si
ces mères ont oublié les droits et les devoirs sacrés de la puissance maternelle :
Et si on me disait enfin : Mais c'est la grande, c'est la généreuse nation française ; eh bien ! je me cacherais le visage dans mes mains, et je dirais avec un ancien :
jEtas parentum, pejor avis^ tulit Nos nequioreSy mox daturos Progeniem vitiorem.
CHAPITBE lY
De TEnfant et du respect qui est dû à la liberté de sa
vocation.
NUL n'est ici-bas POUR KE RIEN FAIRE; XL Y Â UN ÉTAT, UNE FONCTION, UN TRAVAIL POUR CHACUN
Je ne puis achever ce que je devais dire sur L'enfant et sur le respect qui est dû à la liberté de sa nature, sans traiter une question qui est ici la plus grave et la plus décisive, qui se retrouve au fond de toutes les autres, et dont la solution me parait indispensable au parfait éclaircissement des difficultés que nous avons examinées jusqu'à ce moment.
Je veux parler de la grande question de la vocation et du choix d'un état pour chacun.
On comprend que cette question intéresse au plus haut point la liberté de l'enfant, son bonheur en ce monde et en l'autre. Elle touche aussi à tous les plus grands intérêts de
8Î0 LIY, lY. — CH. lY. — DE L'ENFANT ET DU RESPECT
la famille et de Tordre social. J'en dirai tout ce que je croisa nécessaire.
Je ne me laisserai point toutefois entraîner à des détails qui pourraient être infinis ; mais, au moins, je poserai lesprincipes généraux et incontestables de la matière.
Il y a trois Yérités certaines :
4« Nul n'est ici-bas pour ne rien faire : donc, il y a un travail, un ordre de fondions quelconques, un état pour chacun;
2" Rien ici bas ne se fait à Taventure : la Providence y gouverne tout, les plus petites choses, et à plus forte raison les plus grandes : donc, il y a pour chacun et pour chaque étal une vocation de Dieu ;
S"" Eniin TËducation doit préparer chacun à son état, à sa vocation : c'est la conséquence de ce qui précède.
4<> Nul n'est ici bas pour ne rien faire. •
Je demande à mes lecteurs de vouloir bien me suivre religieusement dans toutes les graves et profondes considérations que je dois mettre sous leurs yeux. C'est ici surtout que j'ai besoin d'invoquer leur attention la plus sérieuse et la plus recueillie. Les choses que j'ai à dire seront parfois très- délicates, peut-être même pénibles; je les dirai avec ménagement, mais cependrnt avec la simplicité et la franchise que me commandent ma conscience, les grands intérêts que je traite et même mon respectueux dévoûment pour ceux dont je vais parler.
Il y a diverses sortes de parents qui se décident, avec une singulière bonne foi, à ne rien faire faire à leurs fils en ce monde ; et qui, pour se justifier, mettent en avant des motifs ou des prétextes, des raisons ou des erreurs de diverses natures.
J'en ai rencontré de très-vertueux, qui avaient horreur de
la société corrompue du siècle présent, et qui disaient : Tous les états sont périlleux. En des temps pareils, il n'y a rien à faire que son salut. Puisque nos' enfants sont condamnés à traverser ce triste monde, ils en éviteront du moins le plus possible la contagion. — Cette classe de parents est, il est vrai, peu nombreuse.
J'en ai vu d'autres qui disaient : Je ne puis rien faire faire à mes fils par le temps qui court. Mes opinions politiques s'y opposent: mon honneur, l'honneur de ma famille, ne me le permet pas.
Ceux-là se rencontraient plus fréquemment, il y a quelques années ; les circonstances qui leur dictaient ce langage ont chargé.
J'ai vu enfin des pères de famille en bien plus grand nombre qui croyaient trouver pour leurs fils, dans leur fortune, une raison suffisante pour les dispenser de tout travail sérieux, et les laisser ici -bas sans rien faire.
C'est à ceux-ci que je réponds d'abord.
Lorsqu'il venait à moi des parents de cette catégorie pour me confier leurs enfants, et que je leur disais : Que ferat-il un jour? à quoi le destinez- vous? quelques-uns en paraissaient offensés. Les plus bienveillants s'en étonnaient avec bonté, et tous semblaient me dire : Vous ne nous connaissez pas : nous ne sommes pas ce que vous pensez. Et chacun d'eux me disait effectivement : Mais mon fils n'a besoin de rien. Son avenir est assuré. J'ai travaillé pour lui. Il jouira de ma fortune sans être obligé de travailler à son tour.
A tout cela je n'avais et je n'ai encore, aujourd'hui, qu'un parole à répondre : c'est la paroble de l'antique Sagesse : Homo nascitur ad lahorem, sicut avis ad volatum (Job, v, 7) : l'homme est né pour travailler, comme l'oiseau pour voler ; tellement que vivre sans travailler, ce n'est pas seulement vivre hors des conditions de la nature humaine, c'est étein-
222 LIV. IV. - CH. IV. — DE l'enfant ET DU RESPECT
dre, c'est étouffer, c'est anéantir la vie en soi : c'est ne pas vivre.
Qu'on ne s'y trompe point : la parole de Job, en sa simplicité, cache un sens très-profond, Oui, l'homme est né pour le travail, c'est à-dire pour Faction, c'est-à-dire pour la vie ! car on ne vit, on n'est quelque chose que par ce qu'on fait ! Quiconque ne fait rien^ n'est rien et ne sera jamais rien.
Qu'on veuille bien le remarquer : je ne viens point dire ici quelles sont les douceurs du travail et quel bonheur il donne à ceux qui l'aiment; je ne viens point dire quelle protection le travail offre à la vertu, et comme il la garde ; je jie dirai même point l'influence du travail sur le caractère, et quelle force il lui communique. Je ne veux dire ici qu'une chose : c'est que le travail est la condition nécessaire de la vie pour tout homme venant en ce monde. C'est sa vocation essentielle : riche ou pauvre, il doit la remplir. Les pauvres ne le contestent guère ; mais trop souvent ils en murmurent et fond de leur mieux pour y échapper. Ceux qui ne sont point pauvres, et qui ne croient pas avoir besoin de travailler pour gagner laborieusement leur vie, ne comprennent pas assez qu'ils en ont besoin pour conserver, pour ennoblir, pour élever la vie qu'ils ont reçue de Dieu.
On parle beaucoup aujourd'hui de liberté : j'en ai parlé moi-même ; mais la loi de la liberté^ cest la loi du travail. La liberté, l'activité, la travail, sont choses étroitement liées entre^elles. Voilà pourquoi les peuples légers ou paresseux ne sont pas faits pour la liberté.
Mais ce que je dois surtout faire ici remarquer, c'est que \e travail est la grande loi de la création. Dieu, en créant le monde, en nous donnant la vie, a fait un noble et divin travail, et nous devons nous-mêmes travailler pour vivre, c'està-dire pour conserver, pour développer, pour élever la vie que Dieu nous a donnée.
Voyez toutes les grandes facultés de l'âme : que sont-elles ?
Des puissances actives qui demandent le travail. Les condamner à l'inertie, leur refuser cette généreuse activité qui les distingue essentiellement de la matière, c'est les avilir, les dégrader, les anéantir. Que dis-je? Les facultés corporelles elles-mêmes ne se conservent, ne se développent que par l'exercice , c'est-à-dire par le travail. Toutes les forces physiques^ intellectuelles et morales de Thomme, qui croissent et qui grandissent à mesure que l'homme les emploie énergiquement tombent et dépérissent dès qu'on les laisse languir dans Toisivété : en un mot, quiconque ne fait rien en ce monde, par cela même et par cela seul, fait le mal, il se déprave, il se ruine lui-même ; et c'est là un des sens du mot célèbre des saintes Écritures ! L'oisiveté enseigne tout mal : — Omnem malitiam docuit otiositas.
Bossuet ne craignait pas de donner des fortes leçons au fils de Louis XIV. J'ai souvent admiré avec quelle énergie ce saint Evêque s'efforçait de fairepénétrer l'austère vérité dans l'esprit et dans le cœur de ce jeune prince.
« Ce n'est par inutilement, lui disait-il, et pour que vous « n'en fassiez aucun usage, que Dieu vous adonné rinlelli- « gence et toutes ces nobles facultés qui vous éclairent, et à « l'aide desquelles vous pouvez rappeler le passé, connaître <r le présent, prévoir l'avenir. Quiconque ne daignera pas « mettre à profit ces dons du Ciel, c'est unem^cessUé qu'il ait « Dieu et les hommes pour ennemis. Car il ne faut pas s^at- <( tendre, ou que les hommes respectent celui qui méprise ce « qui le fait homme ^ ou que Dieu protège celui qui n'aura fait « aucun état de ses dons les plus excellents. »
Bossuet continue en annonçant à son élève que toutes les facultés de son intelligence seront bientôt anéanties, s'il ne les cultive par le travail :
<t Ne commencez pas par l'inapplication et la paresse une « vie qui doit être si occupée et si agissante. De tels coramena céments feraient qu'étant né avec beaucoup d'esprit, vous
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« ne pourriez que vous imputer à vous-même rexlinclion ou « rinutililé de celte lumière admirable, dont le riche présent « vous vient de Dieu. A quoi, en effet, vous serviraient des « armes bien faites, si vous ne les avez jamais à la main ? A « quoi, de môme, vous servira d'avoir de l'esprit, si vous « ne l'employez pas, si vous ne vous appliquez pas? C'eslau- « tant de perdu. Et, comme si vous cessiez de danser et d'é- « crire, vous viendriez, manque d'habitude, à oublier l'un et « l'autre, de môme, si vous n'exercez votre esprit, il s'engour- « dira, il tombera dans une espèce de léthargie ; et, quelques « efforts que vous eussiez alors envie de faire pour l'en tirer, « vous n'y serez plus à temps.
« Alors il s'élèvera en vous de honteuses passions. Alors le « goût du plaisir et la colère vous porteront à toutes sortes « de crimes ; et le flambeau qui seul aurait pu vous guider « étant une fois éteint, vous vous serez mis hors d'état de « compter sur aucun secours. »
Il est donc vrai que l'Education ne doit pas s'en tenir à ne rien faire, et à empêcher même que rien ne soit fait.
Il est donc vrai que tous, riches ou pauvres, sont appelés à aire ici-bas quelque chose, ont ici-bas un travail, une vocation à remplir.
Il est donc vrai, quoi qu'on puisse dire de l'inclination de l'homme à l'oisiveté, et quelle que soit la paresse naturelle de son caractère et de son esprit, il est donc vrai que le travail et l'activilé sont pour lui une condition essentielle de sa vie et un besoin de sa nature : « Par une admirable économie, « toute créature se satisfait en usant de ses forces : l'âme se « plaît au jeu de ses facultés, elle jouit de ce qu'elle peut, en f sorte qu'elle trouve son repos véritable dans le travail « même K »
Aussi n'est-ce pas seulement après que l'homme fut devenu