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Et, chose bizarre! contraste étrange! dans ce même pays, on voit une multitude d'autres enfants que rien ne prédestinait à sortir de la foule, ni le vœu de la nature, ni rappel de la Providence; et qui, élevés imprudemment k un genre de vie pour lequel Dieu ne les a pas faits, cenlracient, au sein d'une fausse Éducation, des goûts, des habitudes de luxe, des besoins immodérés, qui préparent à toute leur vie le malaise et les tourments d'une ambition qu'il leur faudra un jour satisfaire peut-être à tout prix.
Erreur effroyable par ses suites, qui, d'avance, creuse devant les pas de l'homme, ou l'abîme du crime, ou celui du désespoir, et presque toujours l'un et Vautre!
Aussi, souvent, qu'arrive-t-il? Tandis que les premiers, citoyens sans valeur, pères de famille sans vertu, ne sont pas même capables d'élever leurs enfants ni de gouverner leur fortune, et commencent ou précipitent ces grandes dégénérations par lesquelles des noms longtemps illustres vont enfin s'éteindre dans l'obscurité et quelquefois dans rignomînie, les seconds nous donnent ces générations envieuses, turbulentes, factieuses, pour lesquelles, malgré leur profonde médiocrité, toute fortune, toute supériorité sociale est un odieux spectacle, un insupportable fardeau : hommes malheureux qui, dans les noirs chagrins de leur orgueil révolté, s'agitent au sein de la société en péril pour sortir violemment de leur condition; et, tourmentés par les rêves d'une cupidité sans mesure, ne se reposent enfin que dans leur propre ruine, ou dans le renversement de l'ordre public.
Quels sont les plus coupables? Certes, la question importe peu; mais, si je devais la résoudre, je dirais que ceux pour qui Dieu et la société avaient tant fait et qui ne veulent rien faire, ni pour lui, ni pour eux, ni pour elle; qui ne se souviennent ni de leur nom, ni de leurs pères, ni de leur gloire passée; qui font périr en eux les plus nobles espérances de la patrie et tant de biens si précieux qui ne se retrouveront
peut-être jamais; qui laissent enfin s'énerver et s'abîmer dans la mollesse et la lâcheté de leur vie les forces les plus élevées et les plus pures d'une grande nation, je dirai que ceux-là m'irritent plus profondément, ceux-là me découragent, ceux-là m'abattent, ceux-là me feraient désespérer de l'avenir, s'il n'y avait pas la Providence, la force morale de l'Eglise et la fortune de la France !
Qu'on me pardonne Taustérité et la douleur de mes paroles, et qu'on me permette ici, pour les justifier, une réflexion plus générale, qui, je l'espère, ne paraîtra pas trop dure : j'affirme au moins qu'elle ne veut pas Têtre: c'est une simple observation de fait, dont chacun retrouvera le souvenir dans son expérience, et qui éclairera d'un jour nouveau la thèse que je soutiens en ce moment sur l'importance d'un état, d'une vocation quelconque pour tout individu, et sur le danger des vocations faussées ou manquées.
Quand on a étudié la nature humaine dans l'enfant, c'està-dire à son point de départ, et qu'on l'a suivie à travers les différents âges des hommes, depuis l'adolescence jusqu'aux dernières limites de la vie, on est frappé de cette quantité de natures riches, intelligentes, vives, brillantes, honnêtes et vertueuses, arrêtées dans leur essor, blessées dans leur énergie, obscurcies dans leur éclat, ne donnant pas ce qu'elles ont reçu, ne se faisant deviner que par des éclairs: intelligences avortées, devenues indignes d'elles-mêmes; cœurs paralysés, rétrécis, nobles créatures qu'une sève appauvrie et détournée de son cours à rendues médiocres, incomplètes, stériles; a ravies aux plus belles espérances de la Société, de la Religion, delà Famille, et fait déchoir de la haute destinée que Dieu leur avait préparée. D'où vient ce malheur ? Le plus souvent d'une vocation faussée, d'une vocation manquée. Ce sont des gens ou qui n'ont rien voulu faire en ce monde, ce qui est le plus profond des désordres et le plus grand des périls; ou qui n'ont étudié ni leur na-
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ture, ni les desseins de la Providence, et ont voulu faire ce pour quoi ils n'étaient pas faits eux-mêmes.
Hélas ! je parle ici avec trop d'expérience^ et ma parole, je le crains, laisse percer malgré moi, depuis quelques moments, une émotion douloureuse qui n'est pas de Tamerlume, mais qui est l'accent trop excusable du dèvoûment trahi souvent dans ses plus saintes et plus chères espérances !
Que de parents irréfléchis! que de décisions téméraires et précipitées dans la plus grave affaire de la vie I
Que déjeunes gens même n'ai-je pas vus, appelés à décider sur leur propre destinée, se faire les illusions les plus étranges, et enchaîner, par un choix aveugle, leur intelligence et leur volonté à des professions pour lesquelles ils n'étaient poinl préparés; donner d'eux-mêmes, et imprimer avec une effrayante légèreté une direction à leur vie, dans un âge d'emportement et d'inexpérience; fixer les bornes de leurs vertus et faire à leur Religion même sa part!
Aussi, de tous côtés, que de vocations égarées et d'existences déplacées ! que de désappointements et de mécomptes que d'esprits fourvoyés, de caractères amoindris, de vertus compromises, de services et d'espérances perdus ! Et ces jeunes gens, tels que les voilà faits deviennent des hommes, des vieillards; car le vieillard se fait de l'homme mûr, l'homme mûr du jeune homme, et le jeune homme de l'enfant; et tous deviennent la société enfin, cette société qui a bien des lois, mais non des remèdes contre la plupart des maux qui la dévorent, et qui n'a ni lois ni remèdes contre de tels maux.
Je me trompe : non seulement la société n'a ni lois ni remèdes contre de tels maux, mais, chose étrange! elle a des lois pour les faire; elle a des lois pour les consacrer: elle a des lois contre les remèdes à ces maux. Je m'explique.
Chez tel peuple, la société a des lois qui gênent toutes les
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vocations; la société a des contraintes qui font violence aux libertés les plus légitimes de Thomme et de la famille. La société ades niveaux tyranniques qu'elle imposebrutalement à toutes les intelligences, à tous les goûts, à toutes les aptitudes, à toutes les vertus ; des lois odieuses qui compriment, qui arrêtent, à l'entrée de chaque carrière, tout essor, tout élan généreux et spontané, ou bien qui y précipitent violemment, avant Tâge, sans discernement, sans raison, contre toute raison.
N'est-ce pas le désordre profond qui a été signalé chez nous par des voix éloquentes, dont l'autorité ici ne peut être suspecte? Qu'on y prête attention : ces accusations si graves, ce n'est pas moi qui les élève, mais il est temps enfin qu'on les entende !
Voici en quels termes un ministre même de l'instruction publique, M. Guizot, parlait des maux que je déplore ici, et révélait leur désastreuse inflaendtB sur tout l'état social :
« De là, Messieurs, celte perlubajtion souvent déplorée, « qui jette un grand nombre de jeunes gens hors de leur si- « tuation naturelle, excite leur imagination sans nourrir <( forlementleur intelligence ; leur inspiredes goûts littéraires <K sans vraie et sérieuse connaissance des lettres ; encombre a les professions savantes de prétentions oisives et mala- « dives, et répand ainsi dans la société une multitude d'exis- <c tences déplacées, inquiètes, qui lui pèsent et la troublent (( sans en obtenir pour elles-mêmes la fortune ou laréputa- « tion à laquelle elles aspirent vainement.
« Et, pendant que d'un système trop uniforme et trop <( exclusif sortent ces agitations factices ot douloureuses, « beaucoup de parents honnêtes et sensés cherchent en vain « comment faire donner à leurs enfants une Education qui « les préserve de telles chances, et réponde à la situation et « aux occupations qui les attendent.
« Je n'insiste pas sur ces faits, Messieurs : ils ont souvent