‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 84 sur 122 · Dictionnaire de V Académie · texte numérisé non relu

Dictionnaire de V Académie

profondément païenne. Le paganisme ayant partagé le monde en maîtres et en esclaves, l'Éducation libérale voulait dire l'Éducation des hommes libres. Il n'y avait pas, d'ailleurs, de termes pour celle des autres hommes, par la raison malheureusement bien simple qu'il n'y avait pas ordinairement d'Éducalion pour eux.

Mais aujourd'hui l'Evangile a remplacé les maîtres et les esclaves par un peuple immense d'hommes libres, qui sont les commerçants, les industriels, les agriculteurs, les ouvriers, en même temps que les artistes, les magistrats, les littérateurs, c'est-à-dire qui sont tout le monde, non plus seulement la plèbe^ plebs^ selon la triste expression latine, mais selon la belle formule du langage ecclésiastique, le peuple chrétien^ populus chi^istianus ; ce peuple nouveau, dont la dignité et la puissance sociales, qu'on ne s'y trompe pas! surpassent de loin tout ce que fut jamais autrefois le Senatus Populusque Romanus,

Il est donc également contre la religion, contre la nature et contre le bon sens, de cantonner l'Education intellectuelle et morale, VEducalion propre à former Vesprit et le cœur^ c'est-à-dire TEducation libérale, dans certaines fractions de l'humanité.

Celte Education appartient à tous : elle veut seulement être assortie aux diverses situations providentielles et sociales, mais non partagée entre les privilégiés du pouvoir ou de la fortune.

Non, l'Evangile n'a jamais admis une société dont la tête et les membres principaux tireraient à eux toute la sève libérale^ et dont les autres membres ne seraient que des machines organisées ou des agents passifs sans intelligence, sans noblesse de cœur et sans liberté.

J'affirme de nouveau qu'un tel partage de la société et qu'une telle répartition de l'Education serait une chose tout à la fois inhumaine et antichrétienne.

Et c'est pourquoi je ne donne exclusivement le nom d'Education libérale à aucune des quatre Educations quefai distinguées : je le donne à toutes. L'Education populaire doit elle-même être faite de manière à mériter ce nom ; et, si on laissait la religion tenir dans l'Education du peuple la place qui lui appartient, ce que j'indique ici ne tarderait pas à s'accomplir.

On pourrait subdiviser encore; je ne crois pas utile de le faire. Les quatre diverses Educations, nommées plus baut^ correspondent suffisamment aux grandes divisions sociales.

De quoi se compose, en effet, la société humaine? quelles sont les diverses classes de citoyens dans une nation civilisée? J'y vois d'abord, comme je l'indiquais tout à l'heure, les classes agricoles et ouvrières; puis les classes industrielles et commerçantes; puis les classes artistiques; enfin, — si nous étions dans un temps où l'on pût nommer les choses par leurs noms — ce que j'appellerais les supériorités sociales, magistrats, administrateurs civils et politiques^ chefs militaires, corps enseignants, littérateurs, savants^ instituteurs de la jeunesse, ministres de la religion»

Les divisions de l'Education spéciale et professionnelle que j'ai indiquées répondent évidemment aux besoins 4e ces diverses classes de la société humaine. Elles sont donc suffisantes.

Il reste une observation importante à faire, c'est que YEducation générale et essentielle elle-même ne saurait être semblable pour tous indistinctement. Il y a sans doute un fonds commun d'idées, de principes et de vertus qui doit se retrouver partout, dans tous Jes genres d'Education possible, parce que l'Education a partout des hommes intelligents et honnêtes à former. C'est, si l'on veut, l'Education la plus

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générale et la plus essentielle, celle qui doit ^re la base et le fond de toutes les autres.

Mais rinlégrité de TEducation n'en réclame pas le dernier perfectionnement : et, de même qu'il y a dans le genre huipain, dans la société, diverses classes d'hommes placés dans des conditions sociales différentes, il doit y avoir aussi diverses espèces d'Educations ayant certaines différences entre elles, quoique ayant toutes aussi ce fonds commun et essentiel qui, dans sa plus haute généralité, se doit trouver en toute bonne Education.

L'Education de l'homme, en effet, doit tenir compte de sa naissance, de sa fortune, de sa position providentielle en ce monde. Elle doit proportionner l'étendue et la perfection de son développement aux besoins sociaux présumés de celui qu'elle élève, à l'importance de ses obligations, à la mesure d'action qu'il lui sera possible d'exercer, et enfin mettre en lui des inclinations, des lumières; des habitudes qui puissent lui donner le goût deses devoirs, et non les lui rendre un jour odieux et insupportables à remplir.

C'est par là qu'elle élèvera l'homme pour la société, sans danger ni pour lui ni pour elle.

C'est ainsi qa'à tous les degrés de la hiérarchie sociale elle formera de bons citoyens, des hommes complets, dans la mesure et l'étendue qui sont nécessaires à chaque individu, à chaque profession et à chaque classe.

Par là seront naturellement résoluesles questions les plus importantes, au point de vue de rutilitë publique comme à celui de la liberté particulière; ces questions, si violemment et si aveuglément agitées aujourd'hui, et qui sont toutefois les plus décisives pour l'ordre, le repos et la grandeur des sociétés hum aines, pour la prospère harmonie des diverses classes qui font la puissance des nations, en même temps que pour la sécurité et la dignité personnelle de l'homme et de la famille.

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Ozi, il ét:7^x auscii iiriare ce vcuîoîr faire descendre ua»U:% 1^5 îtielIgeLoes, testes les naJures, toutes les posiuoft^ «or;îa!e», toutes les vocations à la même médiocrité.

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qu'absurde de prétendre les élever toutes à la même hauteur; ou plutôt vouloir les égaler toutes au même niveau, ce serait les condamner toutes à un abaissement effroyable et à une stérilité désolante! Malheur, trois fois malheur, à la nation qui accueillerait un moment avec faveur ces rêves insensés! Si haut qu'ait jamais été son rang, si incontestée qu'ait pu être sa primauté même dans la civilisation du monde, elle ne tarderait pas à en déchoir misérablement.

i< Bientôt, dit l'Ecriture, elle ne serait plus même une « nation, non est gens, parce qu'elle aurait violé follement « la loi fondamentale de la création et de la nature, quia « mutavit jus. »

Celte puissance de dépravation sociale n'a encore été donnée à nul effort sur la terre ; et, quoique des réformateurs sauvages aient essayé, dans cette pensée et dans ce but, d'établir parmi nous Vlnstruction gratuite obligatoire et ÉGALE pour tous, la uaturc invincible des hommes et des choses a résisté et résistera jusqu'à la fîn^ à moins qu'une nation généreuse, longtemps bénie de Dieu et des hommes, n'ait mérité, peut-être par quelque crime inconnu, de périr sous le dernier coup du mépris divin et de s'abîmer dans le gouffre de l'anarchie intellectuelle et morale. Mais laissons ces tristes pensées et ces douloureuses prévoyances : Dieu protège la France! Qui ne le sent depuis trois années?

Du reste, je ne suis pas de ceux qui se plaignent des bourses et de l'Education gratuite; je ne m'élève que contre TEducalion "égale et obligatoire pour tous au même niveau. Et, si je m'élève contre cette Education, c'est qu'elle est antisociale, antihumaine.

Je ne repousserais la gratuité que si elle devait ou ruiner TEtat, ou violer la liberté, ou anéantir les droits sacrés du père de famille, comme telle loi proposée sur l'instruction primaire nous en menaça un moment ; ou enfin jeter pêlemêle au milieu de la société des existences abandonnées^

agitées d'une fièvre d'ambilibn stérile, et presque toujours factieuse.

La gratuité de TEducation n'est pas une invention de notre époque : le siècle de Louis XIV lui dut une partie de sa grandeur. Qui ne sait ce qu'était alors la générosité des écoles publiques et privées ?

C'est le christianisme qui a inventé la gratuité de l'Education et qui le premier l'a inaugurée dans le monde.

Sans remonter à des temps plus anciens^ les Jésuites à eux seuls n'élevaient-ils pas gratuitement soixante-cinq mille jeunes Français sous Henri IV ?

Et n'y avait-il pas, de plus, beaucoup d'autres Congrégations religieuses et vingt et une Universités indépendantes les unes des autres, où les Educations gratuites étaient nombreuses?

Mais tous ces jeunes gens riches ou pauvres étudiaient librement ? On n'aimait pas à leur faire payer la sagesse; on aurait craint de la refuser à des pauvres à qui Dieu peut-être la destinait. Seulement on ne l'imposait pas avec violence à des enfants pour plusieurs desquels elle aurait pu devenir un présent funeste.

Ce sage et libéral système plaisait d'ailleurs au bon roi. 11 voulait la poule au pot pour chaque villageois de son beau royaume, et l'Education à bon marché pour tous les enfants de son cher peuple. Il disait au père Coton que soixantecinq mille ne suffisaient pas, et que les choses ne seraient bien établies que quand leurs collèges contiendraient cent mille élèves.

C'est ainsi que l'Education se prêtait alors h toutes les exigences d'une grande et forte nation; c'est ainsi que toutes les familles avaient des issues convenables pour faire monter plus haut ceux de leurs enfants qui étaient les élus de la nature et de la Providence; c'est ainsi que la société française s'élevait sans cesse. Le travail de l'esprit était accessible k

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