M. Saint-Marc Girapdin, Moniteur, 5 juin
HÂO LIV. y. — DES DIVERSES SORTES D'ÉDUCATION.
« intellectuel qui convienne à leur vie, à leur destinée'. »
M. Saint-Marc Girardin disait encore :
« Je l'avoue, comme professeur, comme ayant été longc'temps chargé, dans les collèges, des honorables fonctions « de renseignement, il y a dans nos classes beaucoup de « jeunes gens auxquels ne convient pas renseignement € littéraire. »
M. Renouard, dans un rapport fait au nom de la commission nommée par la Chambre des députés , sur Je projet de loi touchant à rinslruction primaire (session de 48a3), s'exprimait en ces termes remarquables:
« Il n'existe plus pour un enfant, après qu'il a appris à a lire, à écrire et compter, ni école, ni collège, si sa destina- M tion sociale, sa position de famille, ses goûts lui rendent « inutile ou impossible la connaissance du grec ou du latin.
« Qu'arrive-t-il de là?
« G*est, d'une part, que beaucoup de jeunes intelligences, « laissées sans culture, sont abandonnées à tous les hasards « des événements; c'est, d'autre part, qu'une multitude « d'Educations classiques se poursuivent et s'achèvent sans « bons résultats; inutiles à beaucoup, parce qu'ils y assis- « tcnt^ durant de longues années^ sans les comprendre ; « perdues pour d'autres, parce qu'ils entrent dans des pro- « fessions où rien ne leur en rappellera le souvenir; déce- « vantes et funestes pour ceux qu'une demi-science Jette « hors des professions laborieuses où ils trouveraient à vivre « utilement, et qui, ne sachant ni travailler de leurs mains^ « ni combiner fortement des idées, embarrassent la sociélé, <t lasurchargentdemédiocrités,etla placent dans la cruelle « situation de ne savoir comment disposer ni d'assez d'em- « plois ni d'assez d'argent pour satisfaire tant de préten- « tions affamées. »
M. GmzoT, Chambre des députés.
CH. II. — ÉDUCATION ARTISTIQUE ET COMMERCIALE. 28i
Certes, après des aveux si formels, après des plaintes proclamées si haut, je puis le dire, puisque cela est trop manifeste en elfet, rien n'est encore organisé en France pour TEducation professionnelle; rien n'est fait pour elle, et cependant, comme il faut quelque chose, bon gré, mal gré, qu'y a-t-il? Quelques écoles spéciales, oix l'instruction professionnelle est médiocre, etTEducation morale et religieuse à peu près nulle.
Combien il est déplorable qu'on n'ait pas réfléchi plus tôt à la gravité des intérêts qu'on négligeait si tristement!
Toutefois, et je suis heureux de le constater, quelques essais meilleurs ont été faits depuis peu de temps.
Ainsi , la ville de Paris, le Conseil municipal de cette grande cité a senti la nécessité et a décidé la fondation d'un collège industriel et commercial pour la nombreuse jeunesse dont c'est l'impérieux besoin. J'ignore l'état présent de cette maison ; j'aime à espérer que l'Education religieuse et morale y est forte, qu'on y cultive ces jeunes gens, leur âme, leur cœur, leur conscience, leur caractère, aussi bien que leur esprit ; qu'on en fait des chrétiens sincères en même temps que des commerçants habiles : s'il en était autrement, cette maison ne serait pour le pays qu'un péril et un malheur de plus.
Je dois le dire aussi : il y a en France des religieux dont le nom est justement vénéré et chéri du peuple. Dieu leur a donné une profonde intelligence, je le dirai presque, avec l'expression des livres saints, Dieu leur a donné le génie de la charité pour l'Education des classes populaires et de la <3lasse moyenne : eh bien 1 ces bons Frères des écoles chrétiennes, car c'est d'eux que je parle, ont senti, eux aussi, le mal profond que fait aux classes industrielles et commerciales l'absence de toute bonne Education professionnelle; ^t ils^se sont décidés, en faisant un immense effort de dé-
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voûment, à établir à Passy un pensionnai » où se donne une SducaUon intellectuelle, religieuse et morale, telle qu'il la faut pour les enfants qui se destinent aux carrières comflierciales, industrielles et artistiques.
A force de zèle, d*inlelligence et de sacrifices, ils ont réussi : ils ont édifié enxHnémes la maison. À peine cette
1. Dans cette maison, l'ensemble des étades se partage conyenablement en enseignement élémentaire et en enseignement supérieur. L'enseignement élémentaire comprend :