‹ De l'éducation (volume 2)Chapitre 89 sur 122 · CH. II. — ÉDUCATION ARTISTIQUE ET COMMERCIALE · texte numérisé non relu

CH. II. — ÉDUCATION ARTISTIQUE ET COMMERCIALE

lions premières de la philotwphie morale, qui enseigne les moyens de bien vivre ; ni Ykistoire, qui fait saisir les leçons de la Providence dans la vie des peuples, ni ces premiers éléments de droit public, qui règlent les devoirs politiques, civils, militaires, des citoyens d'un même pays ; ni Véconomie sociale, qui organise la prospérité et la paix.

Voilà les notions générales que je voudrais voir enseigner à ceux qui travailleront peut-être un jour à préparer les lois de leur pays.

On sent que je ne puis entrer dans de plus longs détails et que je n'exclus de cette Éducation générale et préparatoire ni les éléments de la jurisprudence, ni, dans les sphères moins élevées, les sciences nécessaires aux divers besoins de chaque profession, telles que la géométrie, qui démontre Tessence et la propriété des grandeurs ; la mécanique, qui étudie les lois du mouvement et ses forces motrices ; V astronomie, i^physique,\di géologie, et Vhistoire naturelle, Y arithmétique, la tenue des livres, la physiologie et V hygiène. Je ne dédaigne pas, et au besoin je recommanderai avec le même zèle et pour les mêmes raisons, l'étude des matières premières de Tindustrie, telles que coton, soies, bois de teinture, sucres, cafés, etc.

Enfin, je voudrais que ceux dont je parle apprissent particulièrement les langues vivantes, Thistoire et la géographie commerciales, l'économie industrielle et domestique.

Est il nécessaire d'ajouter qu« cette Éducation intellectuelle présuppose toujours aussi une forte Education religieuse et morale? Où, en effet, cette Education de Tâme et de la conscience a-t-elle besoin d'être énergique et profonde, si ce n'est parmi les classes dont je parle ? et même ne doitelle pas être d'autant plus forte, que le haut industriel, le commerçant ou l'artiste aura plus d'influence, non-seulement quelquefois dans les régions politiques, mais toujours

au moins sur les classes ouvrières, par Texemple ou par Tantoritè, par la fortune ou par le talent?

Hélas ! il suffit de jeter un rapide coup d'œil sur la décadence des mœurs industrielles et commerciales, et on sentira le besoin de fortifier pour elles l'Education religieuse et morale. Que sont devenues ces anciennes familles de com- 1' merçants dont l'activité, la patience, la probité, la sobriété , faisaient, avec le temps, des maisons si opulentes et si solides? leurs grandes richesses ne les dégoûtaient point du travail et ne leur faisaient jamais mépriser ni l'application, ni la simplicité, ni l'économie.

Qu'est-ce qui ruine aujourd'hui chez nous le commerce et l'industrie ? C'est, d'une part, la mauvaise foi et la fraude, et, de l'autre, la négligence ou le faste des commerçants et des industriels, qui ne songent qu'à s'enrichir pour s'élever et sortir promptement de leur condition.

Combien de commerçants parmi nous que l'avidité ?lhi gain précipite dans la ruine, dans la banqueroute, parce qu'ils se jettent dans des spéculations qui sont au-dessus de leurs forces : risquant, non-seulement leur bien, mais le bien d'autrui ; ne se rendant compte ni de leurs dépenses^ ni de leurs entreprises, ni de leurs ressources !

Qu'^est-ce qui fait la prospérité commerciale et industrielle d'un peuple? qu'est-ce qui lui attire la confiance des autres peuples pour le commerce et l'industrie ? C'est la bonne fol, la franchise, la fidélité à la parole donnée, la sûreté des contrats, la sincérité des transactions, la constance dans les régies du commerce et de l'insdustrie.

Pourquoi certaines nations ont-elles cessé de négocier sTvec nous ? C'est peut-être qu'elles iront pins trouvé la même probité, la même etac^tude, la même sûreté, la même commodité, dans leurs Relations avec nos commerçants et nos industriels:

Insensiblement les négocïtats étr^igers se sont retirés ;

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on ne les a plus revus dans nos ports et sur nos places de commerce, parce que d'autres nations, plus sages et plus habiles, ont su les attirer chez elles et leur faire trouver des javantages qu'ils ne trouvaient plus chez nous.

,gi Je laisse parler ici un homme qui a vu toutes ces choses

^ jde plus près que moi :

« Le nombre des fraudes et celui des risques s'est consi- « dérablement accru dans le commerce depuis que les an- « ciennes maisons, renommées de père en fils dans une « branche commerciale, se sont progressivement éteintes « sans qu'il s'en reformât de nouvelles.

« La bonne foi et la probité d'une maison de commerce se « légitimait anciennement par le temps, la confiance qu'elle « avait inspirée faisait de sa raison commerciale, une nota- « bilité héréditaire dont on était fier et qu'on tenait à con- « server pure ; les traditions se transmettaient de père en « fils* Maintenant les grandes maisons ne basent plus leurs « opérations que sur un succès éphémère de vogue ou de « ^circonstance. Les petites maisons ne spéculent plus que « sur la falsification des denrées et des produits. Aussi, dès « qu'un chef de maison a réalisé ses bénéfices, le voit-on, sa « famille et lui, changer aussitôt de condition, parce qu'a- « près lui avoir procuré la fortune, elle ne lui donne pas la « considération sans laquelle on jouit mal de la première.

« Il peut encore se faire, dans l'état du commerçant, d'ho- « norables fortunes, en s'attirant par une grande bonne foi « la confiance des consommateurs, en vendant les meilleures « qualités, le prix juste et fixe ; en se contentant d'une com- « mission équitable, qui sera d'autant plus productive qu'elle tt sera plus faible pour être plus souvent répétée.

« Un chef de maison qui, à la fin de sa carrière, n'aurait « réussi qu'à fonder le crédit de sa maison et qu'à élever « honorablement sa famille, lui laisserait encore un bon É., I. 46

< patrimoine, et peut-être même un patrimoine plus assuré a qu'il ne le serait en rentes ou en fonds de terre ; car un c jeune homme sans profession sauve difficilement sa for- « tune des écueils de la dissipation ou de Tintrigue ; ces « dangers le menacent moins lorsqu'il a le nom de son père « à faire respecter, qu'il a sa clientèle à conserver, et qu'il « reste sous la tutelle de vieux amis qui le surveillent et

< Tencouragent. »

Après ces réflexions et ces exemples, on peut le répéter avec assurance : non, la probité n'est jamais plus nécessaire qu'au commerce et à l'industrie ;

Non, la vertu, le sentiment du beau moral n'est jamais plus nécessaire qu'aux arts.

Sans la conscience, l'industrie et le commerce marchent à leur ruine.

Sans la vertu, les arts n'ont plus d'inspiration et ne sont plus qu'instrument de dépravation publique.

Il faut donc enter fortementlecommerce, Finsdustrie et les arts sur la probité et la vertu. La probité et la vertu ont une sève dont la richesse et la fécondité ne tarissent jamais ; leurs fruits en tous genres sont l'espérance et le salut de toutes les professions sociales, en même temps que l'honneur de ceux qui les exercent.

Oui, il faut qu'une justice sévère préside à toutes les transactions humaines.

Il faut que les vertus les plus fortes soient le fond de rEducation de ceux qui se destinent à ces importantes carrières.

Et cependant, nous devons l'avouer avec confusion etdouleur^ nulle Education, depuis cinquante années, n'est plus négligemment faite que l'Education des classes industrielles, commerçantes et artistiques : au milieu des tiraillements et des conflits les plus misérables, tandis que les uns affirment

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et que les autres nient, toute une jeunesse, tout un peuple et comme toute une société nouvelle s'est élevée en France. L'industrie, le commerce, les arts libéraux et mécaniques Font créée; c'est elle, à son tour, qui les fait fleurir parmi nous : société nombreuse, active, laborieuse, forte, opulente et maîtresse : j'ai dit de quel poids elle pesait dans les destinées de la France; eh bien! voilà la société dont nous n'avons pas tenu compte dans l'Education publique, et on a élevé toute la jeunesse française presque comme si cette société n'existait pas!

On marchait dans une ornière: rien n'a pu en faire sortir, rien n'a pu faire sacrifier la routine des vieilles habitudes. Il n'était cependant pas question de renverser les collèges, de fond en comble en faveur de celte société nouvelle, mais seulement de faire quelque chose pour elle, pour ses besoins, pour ses intérêts, qui sont manifestement les besoins et les intérêts de la France elle-même. Vainement M. Saint- Marc Girardin, dont le nom et les lumières ne peuvent être suspects, disait:

« Il ne s'agit pas de substituer l'Education professionnelle « à l'Education classique, il s'agit simplement de mettre à « côté de l'Education classique TÉducalion professionnelle, a d'établir par conséquent différentes éludes correspontf dantes à la diversité des professions sociales*. »

Les amis eux-mêmes de l'instruction publique, telle qu'elle se donnait en France, ont, depuis quinze années, fait retentir ces plaintes aux tribunes parlementaires et par la voix de tous les organes de la publicité.

M. Guizot s'écriait, dès 4834:

« Il faut ;des établissements d'une autre nature , où les « classes diverses de la société puissent trouver un aliment

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