CH. II. — ŒUVRE DE DÉVELOPPEMENT EN DE PROGRÈS
tre, jusqu'à ce qu'il ait atteint Page et la taille de riiomme parfait : mais que de causes déplorables interrompent souvent et troublent les progrès de TÉducation intellectuelle et morale ! que d'hommes sont condamnés par une Éducation fausse ou corrompue à vieillir dans une longue et triste enfance! '-
En revanche cependant, il est juste de dire que, si l'enfant croît et grandit sans interruption jusqu'à sa vingtième année, là le développement physique s'achève et s'arrête, tandis que l'homme intellectuel et moral, qui se forme quelquefois avec plus d'irrégularité et de lenteur, va croissant et se perfectionnant toujours jusqu'aux dernières limites de la vie, s'il en a la forte et courageuse volonté.
Après l'Éducation secondaire, bien ou mal faite, vient cette Éducation dernière et sans terme, où, heureusement pour l'homme, il peut, quoique au prix de grands efforts, réparer les défauts et les vices mêmes d'une Éducation troublée et interrompue dans son cours.
Après les écoles classiques, il y a encore la grande école de la vie, où les hommes, le temps et les choses, les passions, les intérêts et les affaires, et les épreuves de toute nature, lui réservent dans leurs courants contraires des enseignements et une Éducatron tardive sans doute, mais profondément utile.
C'est ce que je nommerais volontiers la grande et dernière Institution de Vhomme ; ou bien encore VÉducation sociale, parce qu'elle se fait dans la société et par la société ellemême.
Elle commence pour un jeune homme à son entrée dans le monde, et les progrès en sont heureusement sans fin.
Je la crois nécessaire à tous : sans cette dernière et forte Éducation, toutes celles qui ont précédé ne sont pas à l'épreuve : c'est elle seule qui donne une trempe décisive au caractère, à l'esprit, àl'ame tout entière ; elle seule qui déter-
mine la force réelle de résistance et aussi la force conquérante d'une nature quelconque : comme le dit simplement et admirablement TÉcriture : Celui qui n'a pas été éprouvé, que sait-il ? et qu'en pourra-t-on attendre ? Destina-t-on jamais à devenir le grand mât d'un navire l'arbre qui n'a jamais été battu des vents, et dont le tronc n'a pas été durci au sein des orages ?
Mais, il le faut bien reconnaître aussi, celte Éducation n'est presque jamais profitable qu'à ceux qui ont été fortement préparés par les Éducations précédentes : elle suppose, en effet, des facultés déjà formées, un discernement acquis, un cœur ferme, une conscience éclairée, un esprit et un caractère capables de résistance.
Alors cette grande Éducation, donnée par l'humanité ellemême, ne fait que couronner l'intelligence d'une sagesse plus élevée, le caractère d'une force plus énergique, la conscience de lumières plus certaines.
Alors l'innocence, sans laisser flétrir sa candeur, s'élève plus haut encore et s'ennoblit elle-même en devenant la vertu : la vertu, virtus ! cette grande chose ; la vertu, c'està-dire le combat, la résistance glorieuse, la victoire sur soi-même et sur les autres, le triomphe sur les passions abattues !
Dans cette grande lutte, les plus faibles, si une solide Éducation leur a donné de bonnes racines, sont encore feniies, tout au moins comme le roseau qui croît et se nourrit du torrent qui l'agite. Les forts y deviennent héroïques. Il y a je ne sais quoi de plus grand, de plus noble, de plus mâle, de plus vigoureux, qui ne se trouve bien que parmi les tempêtes ; le chêne se fortifie toujours mieux au sommet des montagnes et au milieu de l'assaut des vents contraires.
Voilà le vrai progrès intellectuel et moral de l'homme, la vraie perfectibilité indéfinie de l'humanité, révélée à tous par