‹ De l'education (volume 3)Chapitre 24 sur 67 · DÉVELOPPER · texte numérisé non relu

DÉVELOPPER

J'insisterai sur ce point : il n'a pas été nié en théorie, mais il est chaque jour étrangement méconnu dans la pratique.

L'Éducation consiste essentiellement dans le développement des facultés humaines.

Si les soins du maître et les efforts de l'élève n'aboutissaient pas à développer, à étendre, à élever, à affermir les facultés ; s'ils se bornaient , par exemple, à pourvoir l'esprit de certaines connaissances, et, si je l'ose dire, à les y emmagasiner, sans ajouter à son étendue, à sa force et à son activité naturelle, l'Éducation ne serait pas faite ; il n'y aurait là que de Vinstruction. Je n'y reconnaîtrais plus cette grande et belle œuvre créatrice qui se nomme l'Éducation : educere. L'enfant pourrait à toute force être instruit, il ne serait pas élevé! L'Éducation même de l'esprit serait en défaut.

Il n'y aurait là tout au plus qu'une instruction vulgaire et en quelque sorte passive, telle qu'un être faible et incomplet peut la recevoir.

Qu'on ne s'y trompe pas: il faut nécessairement que, sous la forte et heureuse influence de l'Éducation, toutes les facultés de l'enfant se dénouent , se développent à la fois et prennent l'essor, l'action, l'étendue, en un mot, la vie qui leur est propre. C'est alors seulement qu'on peut espérer de

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cette jeune créature la maturité au temps convenable, et un jour, peut-être, les fruits d'un développement glorieux.

Le langage et la nature des choses sont d'ailleurs ici d'accord : îine heureuse Éducation et un heureux développement^ dans un jeune homme, sont des expressions synonymes : tant il est vrai que l'Éducation consiste essentiellement à développer les facultés ! tant il est vrai que tout doit y tendre au développement, au progrès physique, intellectuel, moral et religieux de l'enfant ! autrement il n'y a pas d'Éducation.

Par cela même que l'Éducation est un développement^ elle est essentiellement progressive ; mais sa marche, ses progrès, doivent être sagement compris et prudemment ménagés.

L'Éducation, à bien dire, c'est le développement de la nature elle-même en tout ce qu'elle a de bon : aussi, selon la simple et profonde parole de Fénelon, elle doit suivre la nature et Vaider : sa marche ne doit jamais être violente ni ses progrès précipités.

Voilà pourquoi l'Éducation, telle que la sagesse des peuples et l'expérience des siècles l'ont conçue et instituée , veille sur l'homme et s'applique constamment à le former, à le développer, à l'élever pendant les vingt premières années de sa vie environ ; comme la nature elle-même y travaille en silence pendant à peu près le même espace de temps.

Ce n'est pas qu'à vingt ans l'Éducation, non plus que la nature, aient entièrement achevé leur œuvre : non, l'homme intelligent et moral pendant tout le cours de sa vie acquiert, se forme et s'élève toujours jusqu'à cet âge, même avancé, où tout changement pour lui semble n'être plus un progrès, mais un déclin.

L'Éducation ne doit donc rien avoir de borné ni de restreint : elle embrasse l'homme tout entier et le suit jusqu'au bout de sa carrière. La perfection, voilà le véritable but qu'elle se propose : et elle ne doit jamais avoir la prétention

en. II. — ŒUVRE DE DÉVELOPPEMENT ET DE PROGRÈS, il

d'y être parvenue. Elle essaie de donner aux facultés humaines toute la culture, tout le développement dont elles sont susceptibles : elle s'efforce de rendre rhomme aussi parfait que possible pour le monde présent et pour le monde futur ; mais, afin d'y parvenir, elle y travaille constamment jusqu'à la fin.

Toutefois, il faut le redire, ce qu'on entend d'ordinaire par Éducation est communément achevé à vingt ans : à cet âge l'homme physique a acquis toute sa croissance. 11 peut encore se fortifier : il n'a guère plus à se développer, à gr-andir; et l'homme intellectuel et moral, dont le développement ne s'arrête pas si vite, commence alors à jouir de ses facultés dans la puissance de leur action et dans la force de leur intégrité naturelle : il peut les appliquer à tout. Mais, pour élever l'homme jusque-là, l'Éducation suit et doit suivre, comme nous l'avons dit, la marche de la nature, et non la prévenir. Celle-ci montre d'abord l'enfant faible, débile, sans parole et sans voix : in fans ! Malgré la sublimité de son être, malgré la grandeur de ses destinées, quoi de plus misérable qu'un enfant à sa naissance ? Mais la nature est patiente : elle le fait passer successivement par tous les degrés de l'âge : elle fortifie peu à peu toutes ses faiblesses ; et, avec le temps, elle lui fait atteindre toute sa croissance, tout son développement, et enfin toute sa force.

Ainsi doit procéder l'Éducation intellectuelle et morale de l'homme, avec la même constance, avec la même douceur : elle suit la nature pas à pas; et, comme elle, fait passer l'homme par des degrés divers où elle accommode ses enseignements et ses leçons, sa culture et ses exercices, au progrès de l'âge, aux forces de l'enfant et à son développement naturel.

Elle débute dès sa naissance. L'apaisement de ses premiers cris, une patiente résistance à ses premiers caprices, voilà le commencement de son Éducation. Depuis la première ca-

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rosse donnée à cet enfant par sa mère, depuis la première parole qu'elle dépose avec un baiser sur ses lèvres, depuis la première pensée que le son de sa voix, la tendresse et la lumière de son regard, Finspiration et le souffle de son âme, vont éveiller au fond de cette intelligence, jusqu'à la dernière leçon donnée par un père ou par un instituteur digne de ce nom à ce jeune homme, au moment de son entrée dans le monde : tout ce qui se dit, tout ce qui se fait, tout ce qui se commande, tout ce qui se défend, sous le toit paternel comme au collège, doit se dire et se faire, se commander ou se défendre, dans le hui de cultiver, à' exercer, de développer en lui les dons de la nature ; dans l'espérance d'élever ses facultés à la force de leur intégrité naturelle, et de les établir dans la plénitude de leur puissance et de leur action.

Mais tous ces enseignements si multipliés, si variés, toutes ces leçons si importantes, doivent être habilement proportionnés à l'état, aux forces, à l'intelligence et au cœur même de l'enfant.

C'est pour cela que cette Éducation, dont la marche doit être essentiellement graduée et successive, a été partagée en trois périodes diverses d'après les progrès de l'âge et le développement naturel des facultés humaines. Il y a donc :

^''V Éducation maternelle, qui veille plus particulièrement sur l'homme depuis sa naissance jusqu'à l'âge de sept ou huit ans ;

2° VÈducation primaire, qui le suit depuis sept ou huit ans jusqu'à dix ou douze;

3" VÈducation secondaire, qui s'étend depuis dix ou douze jusqu'à dix-huit ou vingt.

Mais ici il y a deux observations bien importantes à faire.

L'ouvrage de l'Éducation ne s'avance pas toujours régulièrement comme celui de la nature; malheureusement il s'en faut bien que les âmes croissent et se développent toujours comme le corps : l'enfant n'est jamais un moment sans croî-

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