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CHAPITRE m L'Éducation est une œuvre de force

L'Éducation est une œuvre de force : je me sers à dessein de cette expression. En effet, je ne sais si, parmi les œuvres humaines , il en est une qui demande plus de force , plus de courage, plus de patience, plus d'énergie en celui qui se dévoue à Faccomplir. C'est ce que je démontrerai plus particulièrement, lorsque je traiterai de Tinstituteur et de son dévoûment.

Sous un autre point de vue, FÉducation est encore une œuvre de force, en ce sens qu'elle a surtout pour but de fortifier celui qu'elle élève : elle doit fortifier son esprit, son cœur, sa volonté, sa conscience, son caractère ; fortifier en même temps son corps et ses facultés physiques.

On le comprend : développer sans fortifier et mûrir ne serait qu'une éducation vaine et sans vigueur, une œuvre' trompeuse, sans consistance, sans fruit et sans vertu.

Développer sans fortifier^ c'est le plus souvent anéantir. Et

cependant, quoi de plus commun ? Je ne sais, en vérité, si en fait d'Éducation, il y a un péril plus fréquent, un vice plus universel.

N'est-ce pas le péril de toutes ces études si multipliées et par là même si superficielles, àTaide desquelles aujourd'hui tant d'Éducations imprudentes cherchent à donner aux entants un développement exagéré, dont ils ne sont capables qu'aux dépens de l'intégrité naturelle et de la force de leurs facultés : petits prodiges à quinze ans et vrais sots toute leur vie, écrivait autrefois madame de Sévigné * ?

N'est-ce pas le défaut profond de toutes ces Éducations violemment prématurées, de toutes ces Éducations de serre chaude, qu'on me permette ce mot, qui ne sont bonnes qu'à faire périr le fruit dans sa fleur ?

Et quand même, comme cela s'est vu quelquefois, quand même par des moyens factices , par une chaleur forcée, par une greffe violente, vous feriez porter à ce jeune arbuste des fruits nombreux ; si les sucs nourriciers de la terre, si la rosée du ciel, si les rayons du soleil, n'ont pas pénétré, fortifié le tron'ô, les racines et les rameaux de l'arbuste pour y faire croître et mûrir les fruits , il pourra bien paraître un jour chargé, accablé même de ces fruits ; mais il les portera mal : ce seront des fruits hâtifs , sans saveur et sans honneur. On y trouvera ce je ne sais quoi de vide et de fade qui trahit une culture peu naturelle et déplaît au goût.

Mais n'est-ce pas surtout le vice déplorable de tant d'Éducations fausses, de tant d'Éducations menteuses, qui ont l'air de se faire et ne se font point? Tout paraît y tendre au progrès, au développement, et rien, absolument rien, ne s'y fait pour former, pour élever, pour fortifier en développant!

* Le mot par lequel M. de Talleyrand flétrissait autrefois ces Éducations maiiquées paraîti a peul-ôtre moins grave et moins sévère ; au fond, cependant, il cache un sens profond sous sa forme épigrammaiique : Oui, disait-il, ce sera toute sa vie \in enfant de grande espérance.

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