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DE LA DISCIPLINE MORALE, INFLUENCE SUPÉRIEURE ET PRÉDOMINANTE

Les questions que je viens d'examiner sont d'une telle importance, que je ne puis achever ce livre sans y revenir ime dernière fois et sans les résumer. Les moyens d'Éducation sont la partie la plus intime et la plus profonde de tout le

sujet que je traite : c'est le fond môme de mon ouvrage. Que je suis loin d'avoir tout dit à cet égard ! Je veux donc jeter encore un coup d'œil sur ces questions, les considérer en même temps sous tous leurs rapports divers, au risque de me répéter; et les éclairer, autant que je le pourrai, d'une nouvelle et plus vive lumière, qui en révèle aux regards attentifs les plus intéressants aspects, l'admirable accord, la belle et puissante harmonie.

J'ai montré dans les chapitres précédents l'action naturelle des quatregrands moyens d'Éducation^ le domaine, l'iwfluence spéciale de chacun d'eux.

Mais chacun d'eux a de plus une influence générale sur l'Éducation tout entière : ils peuvent et doivent se pénétrer, se fortifier l'un l'autre, se prêter un secours mutuel, en concourant tous simultanément au même but qui est la formation de l'homme.

En un mot, l'Éducation humaine doit être une, simple, constante, comme l'homme lui-môme; et l'union des moyens qu'elle emploie doit être indissoluble, puisque les facultés que ces divers moyens développent ont entre elles une unité radicale, qui n'en fait pas plusieurs êtres distincts, mais un seul, qui est l'homme.

Dans la simplicité personnelle de son être, l'homme est doué de tous les attributs divers qui font la richesse et la force de son existence ; mais, par là même, toutes les fois qu'un de ces attributs vient à souffrir, tous les autres souffrent aussi, et ce n'est jamais impunément que l'Éducation néglige dans l'homme un des dons de la nature ; l'homme tout entier en est affaibli. Ceux qui ont perdu la vue acquièrent, dit-on, peu à peu une ouïe plus fine et plus délicate. Il n'en est pas de même des facultés intellectuelles et morales. L'intelligence ne s'est jamais fortifiée par la faiblesse du caractère, ni ennoblie par la sécheresse du cœur : au contraire, combien de fois n'ai-je pas donné un peu d'esprit à des en-

fants en développant leur cœur! combien de fois ne leur ai-je pas donné du cœur en leur inspirant la piété ! combien de fois surtout n'ai-je pas affermi leur caractère en fortifiant leur conscience ! Non, ce n'est jamais au profit, mais toujours au détriment des autres facultés, qu'on sacrifie ou même qu'on néglige une d'entre elles.

Donc, séparer, diviser les moyens d'Éducation : négliger les uns, faire prédominer injustement les autres, c'est d'abord n'atteindre le but qu'en partie ; mais, de plus, c'est l'atteindre moins fortement dans les bornes mêmes qu'on s'est posées ; tant chacun de ces moyens, par la force et la nature même des choses, est secourable, nécessaire à l'autre ! tant ils exercent, les uns sur les autres, une salutaire influence !

Entrons dans le détail :

Que ne doit pas, par exemple, V Instruction h la Discipline? Nous l'avons vu amplement; mais je dois le redire encore ici : jamais les instituteurs de la jeunesse ne méditeront trop ces choses î

C'est par la Discipline que l'étude se conserve forte et attentive, que les ressources de l'esprit ne sont point dissipées, que la réflexion se mûrit, que sa vigueur n'est pas émoussée.

La raison est amie de l'ordre : l'attention aime le silence ; la pensée gagne à ce que la parole ne puisse interroger à tout propos ; l'activité, la promptitude, l'exercice vigoureux des facultés profite à ce que le temps soit exactement mesuré : n'est-ce pas la Discipline qui fait toutes ces choses ? Retranchez la Discipline^ et V Instruction, si elle parvient à développer l'esprit, ne formera pas le caractère : elle ne formera pas même fortement l'esprit égaré par l'inattention, affaibli par l'inconstance de la volonté, et jeté par l'oisiveté dans tous les désordres de la mollesse.

Mais pourquoi parler spécialement de Vimtruction ? N'a-

vons-nous pas vu qu'aucune partie de l'Éducation n'est étrangère à la Discipline ? Tout ce que les règlements littéraires, religieux, disciplinaires, hygiéniques d'une maison d'Éducation consignent et conservent par écrit : le plan, les règles adoptées et reconnues comme les plus propres à atteindre le but même de l'Éducation, c'est la Discipline qui le met en action et en dirige la pratique. Et de plus, c'est sa vigilance qui prévient tout ce qui pourrait y porter atteinte ; c'est sa rigueur habilement calculée qui redresse toutes les infractions qui y auraient été faites.

Ainsi l'ordre adopté pour former les jeunes gens à la vertu ;

L'ordre adopté pour former les jeunes gens à la science;

L'ordre adopté pour faire concourir le plus avantageusement possible les choses matérielles, telles que la santé du corps et le partage du temps, aux fins spirituelles de l'Éducation : rien n'est étranger à la Discipline : c'est à elle de faire fleurir les écoles, de les conserver, et, au besoin même de les régénérer.

Elle y prépare, y garantit, y protège tout le bien qui s'y fait.

Elle y prévoit le mal possible : elle le prévient par sa vigilance, elle récarte par sa fermeté, elle le punit pour l'exemple et par des châtiments qui améliorent le coupable.

Quant à la Religion, que ne lui doivent pas, à leur tour, VInstruction et la Discipline ? L'influence de la Religion et de la vertu sur VEducation intellectuelle est profonde ; qui ne l'a pas éprouvé? Le cœur plus pur purifie l'esprit, le rend plus sensible aux impressions du beau, plus docile aux enseignements du vrai et lui fait goûter avec vivacité le doux et noble plaisir d'écouter la raison.

Sous les auspices de la Religion, la vérité pénètre dans l'intelligence, non pas comme une sèche théorie qui n'entraîne qu'une sorte d'adhésion passive, mais comme quel-

que chose de vivant, de substantiel, qui féconde Tesprit et rélève, et par lui arrive à Tâme tout entière pour la vivifier.

Par la Religion, TEsprit est appuyé fortement sur un principe de foi et ne va pas se heurter à toutes les incertitudes humaines ; il s'élève au point de vue divin, pourvoir de plus haut et plus loin que n'ont vu les plus sages.

Retranchez la Religion, et Tlnstruction n'est plus qu'une vaine pâture donnée à la curiosité ou à l'orgueil ; elle ne fait pas profondément aimer le vrai; les plus grandes pensées s'égarent dans des vues étroites ; la vérité froide et inanimée s'arrête dans l'esprit et ne se fait pas route jusqu'au cœur. Elle exalte outre mesure l'intelligence, je l'ai vu quelquefois, et c'est un des plus grands périls de l'Éducation purement humaine ; elle exalte l'intelligence au détriment du caractère et de la conscience, dans certaines natures avides de connaître; ou bien elle la laisse inerte et stérile dans d'autres, chez lesquelles elle n'aurait pu être appelée au mouvement et à la vie que par le cri de la conscience ou les tendres insinuations de la Religion. Chez ces natures médiocres , l'Instruction, réduite à elle-même, n'est rien, ou tout au plus n'est qu'un dépôt confié à la garde inactive de la mémoire, une série de connaissances, une aride nomenclature, un amas indigeste de science sans lumière, de faits sans liaison et sans vie.

La Discipline, h son tour, est ennoblie par l'Instruction : elle lui doit d'être élevée à la dignité de gardienne de l'intelligence ; mais c'est surtout par la Religion que la Discipline devient une vraie puissance morale dans l'Éducation.

Par la Religion, la Discipline n'est plus seulement l'œil du maître, et la garantie de l'obéissance matérielle ; c'est l'œil de Dieu, et l'inspiration d'une noble docilité.

C'est sous les auspices de la Religion seulement que la Discipline devient la protectrice des mœurs et la gardienne

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de rinnocence : le gage des fortes études ; rinspiratrice du bon esprit; la conservatrice du respect, la maîtresse, la dispensatrice et la trésorière du temps ; le nerf du règlement intérieur, et le ressort puissant de TÉducation tout entière.

Sans Religion, au contraire, la Discipline n'est plus qu'une police de caserne, avilissante pour ceux qui la subissent, plus avilissante encore pour ceux qui la font subir.

Quelque sévère qu'elle puisse être, je la défie d'atteindre les âmes. Donc, malgré sa sévérité, plus de conscience, plus de mœurs, plus de frein aux passions secrètes, plus de respect.

Jamais il ne sera donné à cette Discipline toute matérielle, toute extérieure, d'élever l'homme, à moins qu'on ne veuille faire de la société une colonie militaire, pour laquelle l'Éducation serait chargée de former des conscrits î

Qu'on le sache bien, il n'y a rien de commun entre le régime despotique de quelques collèges dont j'ai entendu tirer gloire, et cette noble Discipline des âmes, qui est la véritable Education de la jeunesse.

Dans l'Éducation, il ne suffit pas qu'on obéisse, il faut qu'on aime à obéir. Et qui ftiit aimer l'obéissance ? La Religion, la Religion seule.

Oh ! sans doute, la Discipline militaire, la Discipline à main armée, est beaucoup plus facile à exercer : il sera toujours plus aisé de commander aux corps qu'aux âmes. On a la force, les corps plient, mais les âmes résistent ; ou, si elles plient, c'est qu'elles ont été abruties par une obéissance servile.

Qu'il en est autrement dans l'Éducation chrétienne ! Il faut là un art profond ; c'est de cet art qu'on a dit Ars artmn^ regimen animarum.

C'est aux âmes que s'appliquent là tous les efforts du gouvernement : l'ordre moral est le but qu'on se propose d'atteindre. L'ordre matériel a son importance sans doute ; mais

en. YI. — RÉSUMÉ ET CONCLUSION DU TROISIÈME LIVRE. 171

il s'établit iiaturellemeiit, par simple voie de conséquence et comme un reflet extérieur de Tordre moral ; tandis que dans ces autres écoles, où s'étalent pompeusement les rigueurs d'une inflexible Discipline, il n'y a trop souvent au fond que désordre et anarchie. Tout ce que l'on y veut, c'est que cette anarchie et ce désordre n'éclatent pas au dehors. Qu'après cela, les enfants ignorent ce que c'est que la vertu et le bonheur, peu importe ! Qu'il n'y ait pas d'Éducation pour le cœur, pour la conscience, peu importe encore!... Ah! je ne raconte ici que ce que chacun sait, et c'est sur l'autorité de plus d'un exemple qu'a été dite cette parole trop véritable : La Discipline laplusfonnidablepeut cacher des vices affreux *. Malheur aux parents, qui, sur ce point, n'y regardent pas de près, ils en pleureront un jour! Malheur au pays où l'Éducation publique en est venue là : les bons citoyens y seront rares.

Les saintes Écritures ont dit une belle et profonde parole lorsqu'elles ont défini la Discipline : la gardienne des lois, Disciplina, custodia legum.

C'est bien ce qui doit être et ce que nous avons vu. Mais comment la Discipline peut-elle accomplir dignement cette grande et auguste mission ? C'est en inspirant le respect et l'amour de ces lois mêmes qui sont confiées à sa garde. Si elle est toute matérielle, elle n'enseigne que le respect de la force, c'est-à-dire la crainte servile qui flétrit les âmes sans leur ôter le penchant à la révolte ; si elle est religieuse et morale, elle enseignera à respecter le principe de l'autorité et la loi qui en est l'expression; elle soumettra les âmes à l'empire de ces saintes notions sur lesquelles repose l'ordre social, soit qu'il/agisse de la grande société humaine, qui est la patrie ; soit qu'il s'agisse de cette autre société plus étroite et plus humble, mais dépositaire des destinées de la première,

» Lettres sur f Education, par M. Lacrentje.

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du collège; là où se fait l'apprentissage des vertus ou des vices, par lesquels la paix et la prospérité publique seront un jour affermies ou troublées.

On me pardonnera de m'être laissé entraîner par Pimportance de cette question.

Je me borne donc à le redire, il faut dans TÉducation que la Discipline ne soit pas observée de force, mais respectée de cœur et aimée. Autrement les âmes souffrent et FÉducation n'est qu'une œuvre de violence, quelquefois pleine d'horreur.

Mais, si rien ne peut égaler l'influence de la Religion sur la Discipline en même temps que sur les études et le développement naturel de l'esprit ; sur le caractère et les défauts de l'enfant et sur les destinées de sa vie entière, la Religion^ de son côté, réclame le concours des deux autres grands moyens d'Éducation.

Sans Vlnstruction et sans la Discipline, la Religion ne formerait pas des hommes dignes d'elle.

La Religion veut être éclairée : elle aime les caractères fermes et droits; des esprits imbéciles ou des caractères abaissés et amollis ne seraient bons qu'à la déshonorer.

Elle essayerait vainement de former leur cœur et leur intelligence.

La Discipline, qui, comme on vient de le voir, est sans la Religion quelque chose de si matériel et de si triste, est à son tour pour la Religion un aide indispensable,

Par le silence et la paix, elle entretient le recueillement : elle prépare les voies aux leçons de la sagesse chrétienne ou aux impressions de la grâce.

Contenir ou réprimer les écarts de la volonté entraînée loin du devoir par les passions ou par la légèreté de l'âge ; soumettre sans abattre, commander sans avilir, relever en abaissant, affermir et faire avancer en arrêtant, empêcher que les facultés ne s'égarent et ne s'affaiblissent en se dissipant, pro-

léger, tout à la fois, la piété, les études et les mœurs : telle est l'œuvre, tel est le devoir^ de V Éducation disciplinaire.

Comment la Religion pourrait-elle s'en passer ?

^Instruction^ de son côté, offre à la Religion son puissant concours

Ouvrir et développer l'intelligence de l'enfant, éveiller sa pensée, faire naître en lui des idées saines, former et développer la pénétration, le bon sens, l'application d'esprit : enrichir sa mémoire, former en lui la raison et la parole, féconder son imagination, polir son goût, exercer son jugement : c'est le devoir de r Éducation intellectuelle et la gloire de V Instruction.

Et ne voit-on pas tout le bien que la Religion peut en attendre ?

Des esprits ainsi préparés, agrandis, élevés, affermis, comprendront mieux les hautes vérités chrétiennes.

Le jeune homme qui a cultivé convenablement son esprit aura, toutes choses égales d'ailleurs, un cœur plus délicat, une âme plus généreuse, en même temps qu'une raison plus élevée.

Dans les études classiques, il a trouvé le beau et le vrai sous leurs formes littéraires ; quand avec la Religion ils lui apparaissent dans leur plus haute splendeur, comment ne les accueillerait-il pas avec enthousiasme ?

On le voit donc : comme la Discipline et l'Instructioti ne peuvent se passer de la Religion, la Religion ne peut se passer d'elles pour atteindre le grand but de l'Éducation.

Enfin, conserver la force de l'enfant, veiller sur sa vie, aider sa constitution physique à se fortifier en se développant, faire en sorte que ses membres soient toujours souples et vigoureux, qu'un sang généreux et pur circule dans ses veines, que cette flamme céleste qui brille dans ses regards ne s'amortisse et ne s'éteigne jamais, que cet .aimable coloris, ce charme inexprimable qui embellit le front de l'enfance

vertueuse, ce je ne sais quoi d'heureux qui vient des dons du ciel, ne disparaisse pas sous de tristes nuages : c'est le devoir de V Éducation physique ; et ce devoir ne s'accomplit que par les soins les plus attentifs, les plus délicats, les plus respectueux. — Mais ne voit-on pas, sans qu'il soit besoin de le démontrer, quelle influence ont ces soins précieux, dans une maison d'Éducation, sur la Discipline, sur le bon ou mauvais succès des études, sur la piété même ?

Et ne comprend-on pas en même temps ce que l'Instruction et le travail, ce que l'Ordre et la Discipline, et surtout ce que la Religion, peuvent en retour pour conserver la santé et les forces, en conservant les mœurs ? On l'a dit, la Religion est l'aromate qui empêche la science de se corrompre. Nous le dirons aussi : la vertu est le baume divin qui conserve la vie et la fraîcheur de l'enfant. Et c'est la Discipline morale et religieuse seule qui garde la vertu.

J'achèverai tout ceci par quelques détails qui ne seront pas sans intérêt et sans lumière : ainsi, par exemple, c'est VÈducation physique, hygiénique, qui consei*ve de toutes parts, dans une maison d'Éducation, avec un soin et une vigilance infatigable, la propreté, que tous les maîtres de la morale et de la vie chrétienne ont, à bon droit et dans un sens très-vrai, nommée une vertu : et c'est la propreté qui contribue à donner, à conserver une certaine vigueur corporelle, une certaine dignité extérieure, qui entretient la dignité et la vigueur de l'âme.

Et cependant la Religion empêche que la propreté ne devienne de la fatuité et de la mollesse, et que la vertu ne cesse où l'excès commence.

C'est encore VÈducation physique qui donne une juste mesure de repos à VÈducation intellectuelle, accorde à l'esprit les relâches convenables, fait succéder aux heures de l'étude les heures de la récréation : mais , de son côté , la sage et ferme Discipline ne permet pas qu'on en donne trop ; elle n'a

rien d'austère ni d'affecté ; mais elle prépare le plaisir par le travail, et elle délasse du travail par le plaisir, et sous sa prudente direction, les délassements et les jeux se mêlent convenablement aux occupations graves et sérieuses.

Enfin Y administration économique d'une maison procure à tous, maîtres et élèves, une certaine indépendance intellectuelle, une noble sécurité, un lieureux'oubli des soins matériels de la vie, dont l'exemption est favorable au recueillement de la piété et des lettres.

C'est dans ce but qu'elle choisit un beau local ; une maison vaste, bien accommodée aux besoins de la Discipline ; des salles élevées, de grands dortoirs, des classes bien aérées, une belle chapelle, des jardins spacieux. C'est elle qui y établit les maîtres comme il convient, non-seulement pour la santé, mais aussi pour la décence et la dignité littéraires ; c'est elle qui dispose tout, comme il est nécessaire à l'âge des élèves, à cet âge si tendre, si vif, si ardent, et toutefois si admirablement appliqué, qui sait être silencieux et immobile, douze heures chaque jour, pendant dix années !

Et cependant la Religion, qui est le bon sens supérieur de toutes choses, demande que cette maison soit sans luxe, d'une noble simplicité, magnifique seulement par l'élévation, la belle ordonnance, et l'espace convenable au grand nombre de ses jeunes habitants.

Elle en bannit sévèrement les meubles fastueux, les bagatelles recherchées, les ornements superflus, et tout ce qui ressent la vanité et la mollesse ; elle réserve pour le sanctuaire les vases dor et d'argent, les étoffes ornées de broderies, les pierres précieuses, les parfums exquis.

Je ne multiplierai pas davantage ces détails : ils suffisent à mon dessein ; mais aussi ils y étaient nécessaires. Rien n'importait plus que de jeter ainsi quelques clartés sur l'influence que chacun des grands moyens d'Éducation exerce

sur l'Éducation tout entière, et aussi de révéler Tunion étroite qui doit les faire concourir au même but, si l'on veut que ce but soit complètement et fortement atteint, si Ton veut que rÉducation soit véritablement faite.

Donc, car il est temps de conclure : inspirer à de jeunes âmes le goût d'une vie sérieuse et appliquée, qui produira un jour la gravité des mœurs et la fidélité aux devoirs ;

Exciter l'amour du travail, le goût intelligent des lettres, des sciences, des arts, de l'industrie, de l'agriculture et du commerce, suivant les différentes spécialités de l'Éducation, et l'ardeur pour toutes les belles connaissances, pour les nobles progrès, qui depuis tant de siècles sont devenus l'apanage de notre patrie ;

Sous les auspices de la Religion, soumettre, régler, diriger les passions dans le temps convenable, de façon qu'elles se laissent maîtriser, et que, loin d'être un obstacle au bien, elles deviennent l'instrument utile des grandes choses ;

Former à ce savoir-vivre, qui consiste à se contraindre soimême, sans contraindre les autres, et qui éblouit moins par les belles manières qu'il ne charme par la simplicité et n'impose par le respect ;

En un mot, sous la direction d'une Discipline également douce et ferme, par l'ascendant d'une autorité toujours chérie et révérée, constituer et maintenir de fortes et brillantes études littéraires, ou industrielles, agricoles et commerciales, en même temps que des mœurs pures, une docilité généreuse, une foi éclairée et une piété profonde ;

Enfin, établir, par là même, entre les maîtres et les disciples, ces doux et puissants liens qui ne se brisent jamais, ces souvenirs de dévoûment et de reconnaissance, d'affection et de respect, qui demeurent la plus douce récompense des maîtres, comme ils deviennent, dans le cœur des disci-

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pies, une de ces heureuses et ineffaçables impressions qui survivent à tout ;

Former ainsi, par des moyens simples et puissants, ces jeunes esprits à Fintelligence du vrai, qui est la lumière même de Dieu; ces jeunes cœurs àTamour du l)eau, qui est la splendeur du vrai, et leur vie entière à la pratique du bien; leur faire trouver par là, dans les impressions et les souvenirs de leur Éducation, le bonlieur, la vérité et la vertu, et en môme temps la plus haute dignité de leur nature ;

Je le répète, telle est la grande œuvre ; tel est le but essentiel de rÉducation ; telle est la haute et sainte mission des instituteurs de la jeunesse.

Voilà VEchœation générale et essentielk., à laquelle tout homme venant en ce monde a droit.

Cest rÉducation humaine par excellence ! Mais, je le proclame de nouveau, et on le comprendra maintenant triieux que jamais : c'est là essentiellement et par-dessus tout une œuvre de religieux respect.

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