I. — DIFFÉKENCE ENTRE LES FONCTIONNAIRES ET LES GOUVERNANTS
Si les citoyens ont des devoirs envers les dépositaires de l'autorité, ceux-ci n'en ont pas de moins impérieux envers les citoyens. Nous avons parlé déjà des obligations qui s'imposent aux fonctionnaires ; nous avons maintenant à exposer brièvement celles qui incombent aux gouvernants.
Tous les fonctionnaires, en effet, ne sont pas proprement des gouvernants. Le pouvoir législatif luimême, bien que mandataire de la volonté nationale, n'est pas le gouvernement : celui-ci est constitué
essentiellement par le pouvoir exécutif, souverain ou président de la République et ministres.
Même dans un pays comme la France, où le régime parlementaire est en vigueur, les ministres seuls gouvernent, car seuls ils ont la responsabilité.
IL— OBLIGATION POUR LES GOUVERNANTS D'ÉTUDIER PAR EUX-MÊMES LES AFFAIRES IMPORTANTES
Le premier, on pourrait dire le seul devoir de quiconque tient en main l'autorité publique, c'est d'en être digne. Mais cette formule est vague et peu instructive dans sa généralité. Il va sans dire que quand le chef de l'Etat, sur les indications fournies soit par les élections, soit par les débats parlementaires, choisit ses ministres, il ne s'adresse qu'à des hommes d'une compétence et d'une intégrité constatées. Une erreur accidentelle serait vite reconnue, et le contrôle de l'opinion publique ne manquerait pas delà signaler, et d'en imposer la réparation.
Il y a donc une forte présomption que les gouvernants sont dignes des hautes fonctions qu'ils remplissent. Mais une compétence générale pour le maniement des affaires publiques n'implique pas nécessairement une compétence particulière pour telle ou telle branche de l'administration. Un homme d'État qui devient ministre, n'est pas, par cela même, versé dans les questions multiples et compliquées sur lesquelles il aura à statuer. De là, pour lui, l'obligation de se mettre, comme on dit, au courant, d'étudier attentivement et
par lui-même les affaires importantes, de faire appel aux lumières des hommes spéciaux. Cette tâche d'ailleurs n'est pas au-dessus de ses forces : une intelligence vive, animée par l'amour du devoir et le zèle pour le bien du pays, aidée d'une volonté énergique et fortement appliquée au travail, réussit assez promptement à connaître ce qui est essentiel à la bonne gestion des intérêts qui lui sont confiés.