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DIFFÉRENTES FORMES DE LA BIENFAISANCE

des traditions les plus touchantes de nos grandes écoles, l'École polytechnique et l'École normale supérieure. On s'attache à la vie quand on en voit de plus malheureux que soi qui ne la maudissent pas et à qui les secours de la bienfaisance suffisent pour la faire aimer.

Porter soi-même l'aumône aux indigents est encore un devoir envers eux. Ils sont assez à plaindre d'être dans le besoin; épargnons-leur l'amertume de venir solliciter nos secours. Puis, il arrive souvent qu'ils ne le peuvent pas : un dur travail, insuffisant pour vivre, demande tout leur temps, ou bien la vieillesse, les infirmités, la maladie, les clouent sur place. Enfin, votre bienfait leur va plus au cœur quand il est apporté par vous. Vous leur témoignez ainsi que vous ne les méprisez pas, que vous voyez en eux des égaux, rendus plus respectables par le malheur même.

Il est des personnes à qui une délicatesse égoïste fait redouter ces visites. Elles s'attendrissent de loin, elles sont prêtes à beaucoup donner, et elles donnent en effet, par un élan de générosité; mais ne leur demandez pas d'entrer dans ces greniers malpropres, d'approcher ces malades, de respirer cet air méphitique. Leur goût d'artiste est grossièrement choqué de ces laideurs; leur âme, avide au théâtre des émotions les plus brutales, ne peut supporter le contact de ces réalités. Eh bien, le devoir commande de n'être pas si délicat. La vie morale ne se borne pas à des jouissances de dilettante •ni même à des sympathies généreuses; l'art est un Iplaisir, la conscience d'être génAraux est un plaisir

aussi; mais la bienfaisance est un devoir, et elle n'est complète, répétons-le, que chez celui qui payedesa personne. Sans doute, le spectacle de la misère n'est pas beau; mais par cela même, il est beau, d'une beauté morale, de ne pas le fuir. Aux yeux de la charité, disions-nous, l'humanité malheureuse prend un caractère plus sacré encore, et toutes ces répugnances d'une âme qui ne veut pas s'exposer à des souffrances esthétiques sont une insulte à ce caractère.

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