‹ De l'éducationChapitre 128 sur 245 · SCÈNE YIl · texte numérisé non relu

SCÈNE YIl

LA VIEILLE, MATHURINE et BASTIENNE, se tenant par le bras , font une petite révérence.

LA VIEILLE

Bonjour , mes chères amies ; vous venez me conter quelque peine , quelque petite brouille ; je vois cela à vos mines.

MATHURINE

Ah! ce qui me donne du souci n’est pas une

petite peine , la mère ; c’en est une bien grande , au contraire ; faut mourir si ça dure encore vingtquatre heures , et

BASTIENNE, l'interrompant.

Ah ! pardine oui ! mourir pour une querelle avec son mari ! v’ià une belle chose ! Ça arrive tous les jours, ça. C’est moi qui suis bien plus à plaindre: me voir brouillée avec mon pi’étendu qui me courtise depuis deux ans, vienne l’août prochain, et que j’aime de tout mon cœur, encore!

MATHÜRINE.

Oui, va, compare ton chagrin avec le mien; y a bien une belle ressemblance! Notre homme qui depuis quatre jours ne sonne pas le mot à la maison, qui prend ses repas sans seulement ipe regarder, ne fait plus la moindre attention à moi , et se contente d’embrasser tous les soirs notre marmot!

(Ellu pleare en ditanl cei deroier« mots.)

BASTIEN.NE

Ah, bah! ça ne durera pas, ça; il est marié; où que la chèvre est liée , il faut qu’all’ broute : au lieu que moi, si je perds Lucas, qui me le rendra? H peut en épouser une autre, et moi je l’aimerai toujours, voyez-vous. V’ià deux gi'ands jours qu’il passe tout droit devant not’ maison avec la charrette qu’il mène aux champs, sans s’arrêter une minute, sans ôter son chapeau, sans lever même les yeux; il a seulement la malice de faire claquer son fouet

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