‹ De l'éducationChapitre 131 sur 245 · ACTE I. SCÈWE VII. •J · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈWE VII. •J

qu’un violon me ferait courir à une lieue , en sautant par-dessus les haies encore. H y a deux ou trois jours, il y avait une foire à Saint-Remi, et une danse superbe. J’ai voulu y aller, et je demandais r bras à Lucas. Non pas, qui m’a dit : vous savez que je n’aime pas la danse. Moi qui avais mon tablier blanc , mes souliers bleus et 1’ bouquet qu’il m’avait donné le matin, j’étais toute parée; vous voyez bien que je ne pouvais pas rester.

la vieille.

Je ne vois pas cela du tout; mais continuez.

n ASTIEfiNE.

Enfin, après bien des demandes, des prières, il a toujours dit non; ça m’a impatientée, j’ai pris le bras du jeune Thomas , qui est un joli garçon , qui m’aime ben aussi, et nous sommes tous partis avec un violon à notre tête, sautant et chantant tout le long de la prairie.

LA VIEILLE

Et sans Lucas, à ce qu’il me paraît.

BASTJENNE.

Pourquoi m’avait-il refusée? Il est resté là tout sot. J’en ai ben ri dans le moment; j’en ai ben pleuré depuis, quand j’ai vu qu’il n’avait plus d’amitié pour moi; etl’ pis encore c’est qu’il faisait un beau clair de lune , et que nous ne sommes revenus qu’à minuit. J’ai su qu’il m’avait attendue sur la place jusqu’à onze heures... Drès le lendemain

matin, j’ai trouvé sa mine froide, puis il ne m’a

plus dit un ^ul mot.

LA VIEILLE

Et vous n’avez pas cherché à réparer votre étourderie?

BASTIENNE

Oh ! non vraiment. Jusqu’à ce matin , que 1’ chagrin s’est emparé de moi , j’ai hen encore de petites choses à me reprocher. Quand il passait, j’avais ben soin de rire aux éclats avec mon voisin Thomas; je faisais semblant de ne pas l’apercevoir, et je disais en moi-même : Attrape , v’ia pour ta jalousie.

LA VIEILLE

J’entends à présent très-bien ce qui vous regarde l’une et l’autre , et je vais d’abord vous parler franchement, puis vous dire mon avis. Vous ôtes prodigue , ma chère Mathurine , et vous très-coquette, ma jolie Bastienne; mais il y a du remède à vos malheurs, si vous voulez vous en rapporter à mon expérience... ( A Mathurine. ) Votre mari vous aime toujours ; il se console de la froideur qu’il observe avec vous, en allant tous les soirs au berceau de son fils; et quand on embrasse tendrement le marmot, on est bien disposé à pardonner à la mère. (A Bastienne.) Quant à vous, Lucas n’a pas cessé un moment de vous aimer, quoiqu’il vous boude pour le chagrin que vous lui avez fait; s’il était devenu indifierent, ü ne ferait pas claquer son

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