ACTE I. SCÈNE VII
homme n’est pas là , je vous parle à cœur ouvert : tant que deux écus sonnent dans ma poche , faut qu’ils en sortent. Je me suis acheté un beau clavier d’argent; mon collier de grenat, il m’a coûté quatre louis, et je n’en ai avoué que deux à Pierre; et puis , pour la noce, j'ai eu le bonnet et le fichu de dentelle tout neufs et un déshabillé de mousseline rayée, avec le tablier pareil.
LA VIEILLE
Et tout cet argent vous avait été remis par votre mari pour les besoins du ménage ! Il était le produit du sol qui lui vient de ses pères, de son travail pénible! Ah 1 Mathurine, vous êtes bien coupable; et, sans un prompt retour, vous risquez de tomber dans la misère , et de mettre votre honnête mari au désespoir.
MATIIDRINE.
Et que faut-il faire pour réparer tout cela ? Je suis venue ici, la mère, bien décidée à suivre vos avis.
LA VIEILLE
Je vais écouter d’abord Bastienne, et après je vous conseillerai l’une et l’autre comme si vous étiez mes propres enfans. Dites-moi à votre tour, jeune fidle, la cause de votre querelle avec votre prétendu.
BASTIENNE
Ah! pour moi, j’ n’ai pas de torts comme Matliurine; c’est bien un pur caprice qui fâche Lucas contre moi.
TOM. II. la
LA VIEILLK
Ce n’est pas vous-même qui pouvez juger cela. Racontez-moi votre histoire, et soyez aussi sincère que votre sœur.
BASTIKNNE.
Faut vous dire d’abord que Lucas est un beau garçon, sage, raisonnable, qui n’entre jamais dans un cabaret , et qui ne s’est pas même dérangé à l’armée où il a été trois ans; il a été bien élevé, lit, écrit mieux que 1’ maître d’école du village. 11 a été tout de suite fait sergent à cause de son mérite ; mais sitôt qu’il a pu revenir , il a tout quitté pour se rendre auprès d’une mère de quatre-vingts ans qu’il aidait par son travail. AU’ est morte 1’ printemps dernier, et Lucas, qui m’aimait déjà bien, est venu me demander à ma mère. C’était une grande joie chez nous, parce qu’il est estimé de tout le monde; il le mérite ben, en vérité : si sage! si doux ! Ah ! c’est un joli garçon ! Mais il a un grand défaut, il est sérieux, et n’aime pas du tout le plaisir; et puis, quand j’ris avec les garçons, il boude, il a d’ l’humeur : on voit ça.
LA VIEILLE
Je vois que Lucas mérite d’être aimé, et je vous félicite d’avoir fait sa conquête; mais vous ne me dites pas encore ce qui vous a brouillés.
BASTIENNE
V’ia qu’ ça va venir. Faut vous avouer, la mère,