‹ De l'éducationChapitre 139 sur 245 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

M-. DE MORINCOÜRT, ADÈLE et LÉONORE , vêtues comme à la campagne, mais avec recherche et élégance.

DE MORIPîCOURT, regardant auluur d’elle avec 1 air dt la plus vive satisfaction.

Oui, je ne me trompe pas, j’ai suivi l’allée de peupliers qui commence au grand chemin et conduit à la vallée. Je reconnais tout ce qui m’environne : voilà , mes enfans, voilà la ferme où je reçus

le jour, voici le château où je vis pour la première fois votre vertueux père. Que de sensations à la fois douces et mélancoliques s’emparent de mon âme ! Mes yeux se remplissent involontairement de larmes. Donnez-moi le bras , ma chère Adèle , je puis à peine me soutenir.

A DÉ LE

Venez, maman : voici un banc de gazon derrière vous.

M““. DE UORINCOÜRT.

Ah , ciel ! c est encore le même qui fut construit par l’ordre de mon amie , et sur lequel nous venions passer des heures si douces avec un livre , ou seulement avec notre ouvrage , livrées aux charmes de la conversation. {Elle s’assied.) Paisible vallée , séjour de mon enfance , lieux témoins des premiers mouvemens de mon àme , quelle impression vous faites sur mes sens ! combien tout ce que l’on dit sur l’amour de la patrie s’éprouve vivement lorsqu’on revoit , après une longue absence , les objets qui frappèrent les premiers nos yeux , l’ancienne propriété de nos pères!... Oui, sans la vanité qui vient dénaturer tous nos sentimens , j’en suis sûre , la vue du plus humble hameau où l’on reçut le jour ferait éprouver un plaisir plus vif, plus pur, que la jouissance des terres les plus riches , et des jardins les plus ornés.

ADÈLE

Maman , vous faites si bien passer dans nos cœurs

Page 1