ACTE II. SCÈNE V
LISE
Ici , CD face de vous , madame , dans celte chaumière.
M“'. DE MORINCOÜRT.
Voyez, Adèle, combien ce joli minois justifie ce que je vous disais tout à l’heure des habitans de ces humbles toits.
ADÈLE à List.
Combien cette cabane peut-elle loger de monde?
LISE
Nous y demeurons trois : ma mère, ma sœur et moi.
ADÈLE
Votre sœur est-elle aussi jolie que vous?
LISE
Je ne suis point jolie, moi; mais ma sœur Jeannette est la plus belle fille du pays ; elle est grande comme madame , et , quoique nous soyons bien infortunées, le fils du fermier Lefranc voudrait bien l’épouser ; mais ma mère dit que ses parens sont trop riches et n’y consentiraient jamais , et qu’une fille honnête doit éviter d’entrer dans une famille qui la dédaignerait.
M”‘. DE MORINCOÜRT.
Votre mère est sans doute une femme respectable, et je vois à la manière dont vous vous exprimez quelle n’a point négligé votre éducation.
r,A VIEILLE DE LA CABANE.
LISE
Nous n’aUoDS pourtant jamais à l’école; mais tous les soirs d’hiver , quand la lampe est allumée, elle nous fait lire dans de bons livres et même nous fait écrire.
M"*'. DE NORINCOURT
Elle est veuve, sans doute?
LISE
Oh! il y a bien long-temps. Nous l’appelons notre mère parce que nous n’avons jamais connu celle qui nous a donné le jour; mais elle est notre bonnemaman.
M"'. DE MORINCOURT.
Et comment nommez-vous cette femme intéressante ? J’ai formé le projet d’adoucir la rigueur de son sort, et je désire être instruite de tout ce qui la concerne.
LISE
On la nomme dans les environs la Vieille de la cabane. Hors d’état de gagner sa vie , elle est secourue par les habitans de la vallée , qui l’aiment et la chérissent généralement. Ma mère a causé ses plus grands malheurs en s’éloignant d’elle pour aller vivi’e à Paris.
M-. DE MORINCOURT.
Quels singuliers rapprochemens !... Mais ditesmoi,... ce nom de Vieille de la cabane n’indique que le lieu de sa demeure : quel est son nom de famille ?