M”. MORTON, ARABELLA
M"'. MORTON
Asseyez-vous, ma chère amie, et daignez m’ouvrir votre cœur sans réserve. Auriez-vous perdu l’amitié de votre tante ?
ARABELLA
Je suis toujours l’objet quelle parait chérir le plus, et c’est cette affection même qui cause tous
AHABELLA.
mes malheurs : les goûts, les habitudes de ma tante ^ ses opinions sur le bonheur, sa morale même, rien nest d’accord avec mes sentimens, et ma vie est un sacrifice perpétuel. J’aime la retraite ou les amusemens paisibles; et la grande fortune de milady , son goût pour les plaisirs nous conduisent chaque jour de spectacle en spectacle, de fête en fête. Partout je suis présentée par elle comme douée de tous les talens, comme l’héritière la plus riche de l’Angleterre; je suis l’objet des soins empressés d’une multitude que l’ambition, la curiosité, peut-être même la malice , attire sur mes pas. La vanité de ma tante jouit de cet éclat ; mais ma raison me dit qu’il n’est fait ni pour mon âge, ni pour mon sexe.
M“*. MORTOH.
Ne vous laisse-t-on pas quelques heures à donner à vos talens ?
ARABEI.I.A.
C’est impossible : le jour vient souvent nous surprendre avant l’instant de nous retirer. On se lève fort tard , et l’emploi de la soirée , déjà fixé , amène la nécessité de s’occuper de sa parure. Dès notre réveil l’appartement est rempli d’ouvrières, de marchandes de modes et de coiffeurs : les objets utiles à mon éducation ne servent souvent qu’à recevoir la quantité de choses que l’on vient déployer aux yeux de ma tante; mon piano se trouve couvert de guirlandes de fleûrs, de bijoux d’une forme