‹ De l'éducationChapitre 168 sur 245 · ACTE 1. SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE 1. SCÈNE V

nouvelle; sur la harpe on suspend les robes, les pièces de mousseline, les dentelles; et cette tête de Niobé que j’avais emportée avec moi pour la dessiner, n’a servi jusqu’à ce jour qu’à poser des bonnets et des chapeaux. Jugez combien cette dissipation, ce bruit perpétuel sont peu d’accord avec mes goûts.

M"*. MORTON

Mais avant peu votre union projetée vous soustraira à ces habitudes qui vous pèsent : milord Lindsey, ni’avez-vous dit, estime les talens, partage sa fie entre ce que l’on doit au monde et ce que l’homme sage se doit à lui-même. Sa mère, d’après l’éloge que vous m’en faites , est loin d’attacher le même prix que votre tante à toutes les frivolités d’une société dissipée; sachez donc, sans vous affecter ainsi, attendre le moment heureux qui vous fera porter son nom. Pardonnant les caprices et la légèreté de lady Goldcnall, ne cessez point d’apprécier, Arabella , toutes ses qualités généreuses, et n’oubliez jamais la reconnaissance que vous lui devez pour ses bienfaits.

ARABELLA

Ail! croyez que tous ces sentimens sont gravés dans mon cœur. Milord Lindsey m’est déjà cher, plus peut-être qu’il ne le faudrait pour ma tranquillité future ; j’estime et j’aime tendrement sa mère ; je sens ce que je dois à ma tante pour les soins qu’elle a donnés à mes jeunes années; mais cet hymen, puis-je, dois-je yconsentii*?

ARABELLA

MORTON

Et quel motif pourrait vous faire refuser le plus grand de tous les bonheurs, le cœur et la main d’un homme vertueux , et jouissant de tous les avantages que l’on estime dans le monde ?

ARABELLA

Ma tendresse même, mon respect pour ses vertus, pour celles de son aimable mère , tout me fait un devoir de ne jamais consentir à cette union.

M“*. MORTON

Je ne puis vous concevoir.

ARABELLA

Ah! connaissez les chagrins de votre jeune amie; consolez, éclairez ce cœur partagé par des sentimens qui le déchirent! Faut-il avoir à choisir entre l’amour, le devoir et la reconnaissance? (Se jetant dans les bras de madame Morton. ) C’est près de vous que je viens puiser de nouvelles forces. Votre vertu si indulgente, votre sagesse si douce, viendront à mon secours.... Je pleurerai dans vos bras, je vous ouvrirai mon cœur tout entier ; depuis près d’un mois, cette seule espérance a pu me soutenir.... (La voix altérée, et prête à pleurer.) Mais croyez que je suis bien infortunée !

M®'. MORTON

Calmez-vous, Arabella: rassurez- vous, parlez avec confiance. Votre enfance m’a été chère, votre jeu-

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