‹ De l'éducationChapitre 174 sur 245 · ACTE I. SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE VIII

ARABELLA, écrivant.

J’espère que ma tante trouvera mon excuse légitime.

(Elle écrit.)

FINETTE

Ah ! tâchez de ne la point désobliger^ c’est une vraie mère pour vous , miss. Quels soins’ n’a-t-elle pas pris de votre enfance ! quelle gloire n’àttachet-elle pas à vos succès 1 A la vérité , lorsqu’elle vous adopta , vous étiez bien gentille. Je vous vois encore lorsque j’arrivai de Paris, avec cette petite mine si fraîche, si propre, ce maintien si décent, un petit chapeau de paille noué sous le menton , votre vêtement si soigné, votre ouvrage toujours bien ployé, cette petite ménagère dans laquelle vous remettiez avec ordre, aiguille, fil, ciseaux. C’était une nouveauté pour moi , nos petites Françaises ne donnent pas de pareils exemples. Jusqu’à l’âge où se développe leur amour-propre , c’est un bruit , une vivacité qui vous étonneraient; elles sautent, courent, jasent, rient, pleurent, apprennent avec facilité , étudient avec peine , sont étonnantes pour les talens ; dès l’âge de six ou sept ans, possèdent dans la danse des pas recherchés, parcourent avec facilité les touches d’un clavier ; elles sont vives , sensibles , bienfaisantes,, assez dépensières, peu soigneuses; et ces défauts et ces qualités les suivent quelquefois dans la carrière de la vie : elles seraient parfaites si l’on parvenait à les fixer.

ARABELLA

ÀRA.DELLA, ayant de plier $a lettre.

Je crois que cette lettre est faite pour convaincre ma tante, et non pour l’offenser.

( Elle lit.)

« Ma chère tante ,

» Sans cesser de respecter vos volontés, permettez-moi dans la circonstance présente de prévenir aussi les désirs de l’être auquel je dois à l’avenir consacrer tous les miens. Milord , en partant pour la campagne , m’a fait entendre qu’il serait affligé si pendant son absence je paraissais sans lui dans des assemblées nombreuses. C’est un des motifs qui m’a fait désirer de venir passer quelques instans près de mon amie : vous y avez consenti , daignez ne pas insister pour mon retour. Dans deux jours je serai à Londres, et le bonheur d’être près de vous m’aura promptement consolée d’avoir quitté l’asile heureux où je retrouve tous les souvenirs des paisibles années de mon enfance. »

J FINETTK.

Un style si doux et si aimable n’amènera pas , j’espère, de fâcheux effets; mais je voudrais déjà en avoir la certitude. Je repars à l’instant, et je serai promptement rendue; nos chevaux vont comme le vent, et quoiqu’il n’y ait que six milles d’ici à Londres , je dois retrouver un relais à moitié chemin. Adieu, bonne et charmante miss. Puisse votre union avec milord n’être point retardée ! n’oubliez pas que vous avez promis à Finette d’être attachée à votre

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