ACTE I. SCÈNE VIII
tien est noble et touchant, mais vous n’avez pas assez d’abandon , assez de tournure. Je ne puis m’accoutumer à l’air empesé de toutes vos dames : ce n’est point enthousiasme national ; mais , en vérité , la moindre de nos grisettes, trottant le matin sur les boulevarts de Paris, a cent lois plus de grâce que vos plus belles ladies se promenant au parc de Saint-James. Nous avons une certaine aisance difficile à vous communiquer ; et puis vos révérences sont raides , gauches ; d’ailleurs on n’en fait plus, cela sent la vieille étiquette. Il y a un certain coup de tête qui a tant de grâce, auquel on donne à son gré de la dignité.... de l’indifference.... ou un petit air de coquetterie.... {Elle la prend par les mains.) Allons , voyons , essayez de vous présenter avec cette facilité.
ARABEIjLA , avec dignité s;im humeur.
Finissez, Finette; tout ce bruit me fatigue; je n’irai point au bal ce soir.
FINETTE
Ah! miss, que dites-vous là? Osez-vous bien
Je n’ai pas de conseils à vous donner, mais vous n’agissez pas avec prudence. Résister à milady ! grand Dieu! l'idée seule m’en fait frémir. Vous le savez, avant même qu’elle la connaisse bien, sa volonté est une loi impérieuse pour tout ce qui l’environne : dans cette circonstance elle était biea prononcée, et je crains....
ARABELLA
ARABELLA
Ma tante ignore que j’ai donné ma parole à milord de ne paraître dans aucune assemblée publique pendant son absence; mais elle ne désapprouvera pas que je sois fidèle à mes engagemens.
FINETTE
Écrivez donc une lettre faite pour convaincre milady ; sa grande vénération pour tout ce qui tient à la volonté du jeune lord pourra peut-être aider à la calmer; mais je ne saurais m’acquitter de cette commission verbalement.
AK ABELEA.
C’était mon intention.
(Elle se place pour écrire a U table de M*"*. Morton.)
FINETTE
Je le crains bien, cette résistance aux ordres de milady va la mettre dans un état terrible ; c’est un fait, sa santé tient à ce qu’on lui obéisse sur tous les points, h ce qu’on la prévienne dans ses moindres désirs. Le docteur va passer la nuit près d’elle , j’en suis sûre ; il sera lui-même très-afiligé , il verra qu’on ne suit pas ses ordonnances; car tous les jours, en sortant de l’appartement de milady , il ne manque jamais de me dire : Mademoiselle Finette , point de contrariétés, pointde contrariétés; qu’on la prévienne sur tout, quelle se dissipe, quelle s’amuse; je n’ai point d’autre remède à donner. Ah ! c’est un homme qui connaît bien la santé des femmes !