SCÈNE IX
ARABELLA seule.
Voici donc le premier pas fait vers les démarches qui doivent rompre notre union projetée, cher Lindsey. Cette idée est déchirante; mais puis -je supporter celle de perdre son estime ? Et ne seraitce pas mon sort si jamais il venait à connaître la ruse inconsidérée et coupable à laquelle on veut me
ARABELLA
faire consentir? Me suffira-t-il alors de porter son nom , de partager son existence , en comptant sur sa générosité et sur un amour qui perdi-a toute sa vivacité, lorsque l’objet qui l’a fait naître ne sera plus irréprochable à ses yeux ? Ah ! cette réflexion ranime mon courage; un sentiment bien véritable doit diriger vers des actions généreuses, vers les plus grands sacrifices. L’amour n’est rien sans l’estime; c’est de leur réunion que naît cette amitié constante qui fait chérir un lien que l’on doit porter toute sa vie. En renonçant à Lindsey , j’abandonne pour toujours l’idée de tout établissement. Où retrouverais-je autant d’esprit , de douceur, de qualités aimables , j’ose ajouter une tendresse aussi vive , aussi délicate ? J’irai cacher ma douleur dans la retraite ignorée de ma mère ; j’y emporterai du moins les consolations d’un cœur pur et sans remords.
FIN DU PREMIER ACTE