ARABELLA, CLARY
CLARY
Quand nous aurons admiré les oiseaux d’Anna, vous viendrez vers mon petit jardin ; là , vous verrez , ma chère amie , des choses moins curieuses , mais qui plairont , j’en suis sûre , à votre cœur : je possède un très-beau myrte actuellement en fleurs ; moi seule je le cultive , je l’arrose , et vous allez juger s’il doit m’être cher. Sur son écorce vous verrez gravé le nom d’Arabella , et la date du jour où vous m’avez juré d’être toujours ma plus constante amie , et de chérir encore dans le monde ce lien qui nous rendit si parfaitement heureuses pendant les trois années de notre intimité.
ARABEI.LA.
Un nouvel engagement, une date nouvelle, vont encore trouver place sur l’écorce de ce myrte chéri , et ce sera avec bien du plaisir que j’y tracerai moimême mon nom. Est-il rien de plus doux que ces premières affections de l’àme qui nous unissent pendant les années de notre jeunesse? Malheur à celles qui en troublent le charme par des idées prématurées sur les plaisirs du monde ; elles nuisent à la réalité la plus lieureuse pour des chimères qui disparaîtront à chaque pas qu’elles feront dans la carrière
ARABELLA
de la vie; elles se privent de cette tranquillité du cœur, de ce calme de l’esprit si nécessaires 1» l’époque destinée à l’instruction; elles n’en retirent aucun fruit, et quittent avec empressement l’asile où se sont écoulées leurs plus belles années , pour paraître sans talens dans le monde, y éprouver sans cesse des dégoûts, et jeter avec regret les yeux sur un temps perdu , dont elles ne peuvent plus ressaisir une seule minute.
CL ARY
Voici deux petites qui viennent à vous, et qui me paraissent bien émues.
ARABELLA, CLARY, ANNA suivie de M“”. WHITFELD.
ANNA, cntraol la première.
Ici, madame, vous allez trouver Arabella.
ARABELLA, sans regarder, s'adressant à Clarj.
Encore quelque ambassade de ma tante !
M™*. WIllTFRLD, regardant les Jeux jeunes pensionnaires avec agitation.
Laquelle des deux ? Ah ! c’est sans doute là
Arabella , mon cœur la devine bien plus que mes yeux ne la reconnaissent; mais ses cheveux...., ses veux.... C’est elle !