‹ De l'éducationChapitre 182 sur 245 · ACTE n. SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE n. SCÈNE IV

tais venue recevoir mon éducation à Londres. Mon père était loin de croire que les talens exigeassent le théâtre brillant du monde ; il pensait que dans une retraite paisible , avec une existence aisée, l’instruction ajoutait au bonheur de la vie privée , et assurait à une mère de famille l’estime et le respect dont elle a besoin d’être environnée. J’ai donc suivi la route qu’il m’avait tracée, et, me privant si long-temps d’une fille tendrement aimée, je n’ai consulté que son bonheur. Depuis un an tu devrais être près de moi ; les sollicitations de ma belle-sœur, cette espèce d’adoption dont elle se faisait gloire , la crainte de la désobliger, tous ces motifs ont retardé le moment heureux où je te presse contre mon sein .

ABABKLL A.

Ah I pourquoi ne m’avoir pas plus tôt rappelée près de vous ! Ma tante m’environne d’un éclat qui pourrait me séduire , mais rien n’a pu altérer dans mon cœur les sentimens de la nature.

M™'. WHITrELU

Tu en trouveras la récompense dans le bonheur qui réside au sein de nos campagnes. Depuis deux ans , je fais embellir ma demeure pour l’heureux instant de ton retour; le fils de mon voisin , riche cultivateur, t’oflfre sa main et t’attend pour te donner son cœur. Formé par des voyages et par une éducation suivie , il est digne de devenir ton époux ; l’union la plus intime règne entre nos deux familles; nos habitations sont situées sur le penchant du

ARABELLA

au

même coteau , et nos riches métairies, couvertes de brebis d’une blancheur éclatante et de grasses génisses, réjouissent la vue par le tableau d’une abondance qui assure la véritable indépendance.

ARABELLA

Ah 1 ma mère , vous m’enchantez par ce récit , et mon cœur sent d’avance le bonheur dont je vais jouir près de vous; mais jamais l’hymen ne me fera former d’engagement. Sachez que le jeune homme auquel ma tante voulait m’unir, et que je suis décidée à refuser par des motifs que vous approuverez, possède des vertus et des agrémens dont le souvenir ne s’effacera jamais de mon cœur.

M"'. WIIITFELD.

Quoi! ma sœur voulait vous marier? Et nous avons appris qu’elle venait de choisir une jeune personne de la famille des lords Goldenall pour en faire son héritière ; qu’uniqucment occupée d’elle , rien ne pouvait surpasser la magnificence des présens quelle lui destinait pour le moment de son mariage : cette nouvelle insérée dans la gazette de Dublin, acheva de décider mon voyage. Je jugeai qu’une nouvelle adoption dans une femme capricieuse et légère devait la porter à vous négliger , et je vois....

ARABELLA

Ne précipitez point votre jugement , et sachez que milady , déterminée par sa tendresse pour voti'e Arabella , et voulant la faire jouir des avantages qui

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