‹ De l'éducationChapitre 216 sur 245 · ACTE II. SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE III

vieillesse et sa misère.... Mais la nature m’accordera-t-elle la force nécessaire pour remplir ces devoirs ? Je n’ose l’espérer. Des souvenirs déchirans abattront mon courage.... Ma santé s’altérera, et bientôt j’irai rejoindre ma malheureuse et coupable mère.

MÉLITE

Oui, coupable.... Vous êtes autorisée à le dire. Le sentiment qui a dirigé sa conduite part, k la vérité , d’un genre d’intérêt pour vous. Mais pourquoi se permettre un échange aussi condamnable ? L’amour des richesses a conduit votre malheureuse mère ; elle a cru pouvoir trahir tous les devoirs pour vous procurer ce bien chimérique , et un remords tardif l’a portée k vous faire tomber , par l’aveu de son crime , de l’état le plus fortuné , k un sort qui n’est cruel que parce quelle vous y avait injustement soustraite.... S’il était possible d’ensevelir à jamais ce funeste secret, je suis persuadée que madame de Valmont, que ses filles, ne souffriraient jamais que Lucile cessât d’être de la famille. Mais rien ne manque pour rendre cet événement aussi déchirant qu’irréparable.... J’ose vous dire ces cruelles vérités , ma chère Lucile; cependant je suis sûre que la famille vertueuse de madame de Valmont trouvera quelque moyen d’adoucir la rigueur de votre sort.

LÜCII.K.

Et comment y parvenir ? L’authenticité donnée k cet événement dans le village ne laisse plus de doute sur ma naissance. Mon malheureux père ,

282 ' LA NOUVELLE LL'CILE

ne sachant point lire, a montré le funeste papier écrit et signé par ma mère ; elle y fait l’aveu le plus détaillé de ses torts , et indique son oncle et sa tante Simon comme conseillers et confidens de cette horrible supercherie. Ils ont comparu, ont avoué leur faute ; un procès verbal dressé sur cette malheureuse afl’aire ne laisse plus de doute sur mon sort. Oui , je suis la fille du père Boucher et de Mathurine. Lucile , la vraie Lucile , l’heureuse fille de madame de Valmont repose paisiblement au sein de la terre ! Elle est bien plus fortunée que celle qui la remplaçait injustement au sein de l’opulence et du bonheur,

MÉLJTE.

Calmez-vous, chère Lucile : le premier choc du malheur nous accable , saisit nos sens , et fait disparaître à nos yeux jusqu’à l’espérance même, dernier bien des malheureux. Vous perdez, il est vrai, l’avantage précieux d’appartenir à une famille vertueuse et distinguée , pour n’être que la fille d’un pauvre paysan; vous tombez subitement de l’état le plus heureux au sort le plus infortuné pour un être qui n’y est pas accoutumé ; mais si vous cessez d’appartenir à des pareus qui méritent bien vos regrets, ne devez-vous pas voir en eux des amis comme on ne peut jamais espérer d’en obtenir dans le monde ? Ils vont s’empresser à réparer les coups injustes du sort , ils adouciront votre situation présente.

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