DOCILE
Je n’en doute nullement, ma chère Mélitc; je dois compter sur tout ce que la vertu , la sensibilité, la générosité de ma mè... de madame' de Valmont peuvent me faire attendre. Mais il n’est pas en son pouvoir de me rendre le bonheur et la vie. Non , rien ne peut me remplacer l’avantage précieux d’être sa fille,... d’être la sœur de mon Frédéric... Cette seule idée m’égare;.... elle me jette dans le désespoir le plus cruel... Jamais je ne pourrai survivre ù ce malheur... la mort est ma seule espérance... Mais, avant de terminer ma carrière , je me rendrai digne de l’état où le crime de ma mère m’avait élevée.... Je ferai voir quels doivent être les fruits d’une éducation vertueuse dans un cœur honnête... Je m’arracherai aux consolations qnel’on voudrait m’offrir, je mfhserai des soins généreux , j’irai sous le chaume de mon père, je soignerai sa vieillesse et ses infirmités... Au moins, dans mon malheur, ai-je la consolation de le savoir innocent.... Oui, Mélite, un habit de bure va remplacer ces vêtemens qui ne sont plus faits pour moi. Ces mains délicates essaieront de s’exercer à des travaux pénibles ; j’irai garder les moutons,... traire les brebis. Mais, je le sens , même en parlant de mes devoirs , en réveillant en moi tous les principes vertueux qui doivent me guider , la douleur me tue , je succombe à mes malheurs !
(Elle tombe dans un fauteuil f cl laiue aller sa téle, caclice par ses mains el son mouchoir , sur le métier de madame de Valmont.)
r.A NOIVEI.LE LIJCILE.
jM ÉLITE.
Chère Lucile , au nom de la raison , écoutez la prière d’une tendre amie , ne vous livrez pas k l’excès de votre désespoir, l’uis-je me flatter de vous voir ' assez calme pour me permettre d’aller rejoindre madame de Valmont et de l’engager à se rendre près de vous ?
LU CI LE
Laissez-la jouir du plaisir quelle goûte dans une société charmante. Pourquoi l’en arracher? pour la rendre témoin de mon désespoir et pour déchirer ce cœur sensible qui daignait avoir pour sa Lucile les sentimens de la mère la plus tendre ! Hélas ! je devais partager ce soir avec elle ces plaisirs innocens; mais l’instant où toutes les jouissances possibles devaient cesser pour votre malheureuse amie est arrivé comme l’heure de la mort. Tout est fini pour elle, et d’une manière cent fois plus cruelle que si elle eût cessé d’exister.
MÉI.ITE.
Non, votre sensible mère, car elle vous conservera les mêmes sentimens, ne me pardonnerait pas de la laisser au milieu des plaisirs, quand sa Lucile est livrée au désespoir le plus cruel et malheureu.sement le plus motivé. J’ose espérer que sa présence et ses tendres caresses ramèneront le calme dans votre esprit trop agité pour que vous puissiez supporter une situation pareille. (./ Rose.) Rose, restez ici près