ESSAIS DE MORALE
Douce humeur et doux langage Font la paix de la maison.
( Silvttin , opéra do Marmontcl. )
Le but d’une institution sage est de préparer le bonheur futur de la jeunesse. Quelle est la première et même la base unique du bonheur des femmes ? La douceur de leur caractère. L’instruction sert à leur acquérir de la considération dans leur famille; les talens leur procurent de l’agrément dans la société ; le charme de la beauté , les grâces , le maintien , la tournure sont des avantages que l’on doit à la nature ou à l’éducation , ils attirent , ils séduisent ; mais la douceur seule a le mérite de fixer pour jamais les sentimens que ces premiers avantages ont fait naître.
Nous placerons donc la douceur, l’indulgence, et la politesse , au rang des plus précieuses qualités que puisse avoir une jeune personne.
Ces qualités , mes jeunes amies , vous ne les obtiendrez qu’en prêtant une oreille attentive aux conseils qui vous sont donnés.
Étudiez votre caractère , comme vous devez pieu- .sement faire vos examens de conscience, lorsque
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vous vous présentez au tribunal où la moindre hypocrisie est un péché aux yeux de Dieu; mettez cette attention religieuse à vous bien connaître , et vos défauts disparaîtront en peu de temps. — Il est peu de maladies qui résistent aux soins du médecin , et aux ordonnances dictées par son savoir et son expérience quand il a le bonheur de connaître la véritable cause du mal.
Ne dites pas : Je connais mes défauts et ne saurais m’en corriger. La bonté infinie de Dieu, en faveur de l’espèce humaine , ne lui laisse pas la liberté de donner une semblable excuse.
Tout est enchaîné dans l’univers, la volonté de l’homme est seule restée libre ; le printemps succède ü l’hiver, l’été vient le remplacer, l’automne fait tomber les feuilles , concentre la sève dans les racines de l’arbre; un autre printemps fait sortir de nouveau cette sève et fait paraître de nouvelles feuilles; tout cela existe par cette volonté adorable , immuable et cachée, qui dirige tout, qui fixe l’heure de notre naissance et celle de notre mort , mais qui , en étendant son pouvoir sur la durée même de notre existence , n’en laisse pas moins notre volonté libre pour le bien et pour le mal.
N’attendez pas des hommes la douceur constante qui doit être votre apanage. Je ne me contenterai pas de vous dire : ne l’attendez pas de celui dont vous devez partager la destinée ; j’irai plus loin , je descendrai au fond de vos jeunes cœurs , et j’y verrai , qu’éprises de la valeur de vos pères et de vos frères.
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entendant habituellement réciter les hauts faits qui honorent notre patrie , vous ne pouvez allier dans votre idée toutes ces actions héroïques , et quelquefois téméraires , avec les sentimens doux et timides qui sont naturels aux femmes. Dans une comédie écrite par un des poètes français les plus brillans, une femme d’un caractère aigre et très-impérieux dit à l’un des personnages :
« Mais êtes-vous sans humeur, vous? »
Ce personnage répond alors :
“ Moi ? non ;
U J'eii ai sans doute ; et pour cette raison I) Je veux, madame, une femme indulgente, a Dont la bonté docile et complaisante, a A mes defauts facile à se plier , a Daigne avec moi me réconcilier ,
V Mc corriger sans prendre un ton caustique, a Me gouverner sans être tyrannirjue, a Et dans mon cœur pénétrer pas à pas >' Comme un jour doux dans des yeux délicats. »
Un homme nous a défini, dans ces vers, ce qui seul peut plaire aux hommes et fixer le bonheur dans l’intérieur des ménages. La douceur est donc un charme qui non-seulement ajoute à l’éclat de la jeunesse, à l’attrait des talens, mais qui survit à ces avantages, quand l’habitude diminue leur pouvoir. L’intimité qui règne dans le mariage fait promptement arriver ce terme ; bientôt un mari, charmé de posséder une femme douce, modeste, soigneuse,
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économe , n’est plus flatté de sa beauté ou de ses talens qu’à cause du prix qu’y attachent les autres ; et les jouissances que procure l’amour-propre ne sont pas celles qui composent le bonheur intérieur.
Voyez, mes chères filles, combien seraient coupables les mères et les instituteurs qui croiraient avoii' rempli leur importante tâche en ne s’occupant que de l’instruction de leurs élèves, et qui, ne les formant que pour obtenir dans le monde des succès brillans et passagers, négligeraient d’assurer le bonheur de leur vie entière. Combien cependant il est difficile de vous faire juger vos propres intérêts ! Plusieurs d’entre vous, se livrant avec trop de confiance dans les lumières qui viennent avec l’âge et la réflexion, s’imaginent qu’elles peuvent encore continuer à suivre leurs habitudes, et qu’au jour nommé, à l’heure prescrite, elles quitteront tous les défauts de l’enfance avec la robe d’élève ; elles croient qu’il leur sera facile alors de se conformer à des avis que leur raison approuve , mais dont leur étourderie ou la force des mauvaises habitudes leur fait sans cesse ajourner l’exécution.
Quelle que soit la puissance de notre volonté poulies plus grandes choses, les habitudes longuement contractées sont ce qui l’entrave le plus. Une langue étrangère ne s’apprend bien que dans la jeunesse ; il en est de même des qualités que donne une bonne éducation ; vous rencontrerez fréquemment dans le monde des femmes dont l’extrême parure ne déguise en rien les vices de leur éducation première. Leur
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fortune leur permet d’acheter, je le sais , des pendans d’oreilles et des colliers de diamaus , de payer la ruineuse élégance de nos marchandes de modes ; mais croyez-vous , mes chères amies , quelles ne feraient pas à l’instant même de grands sacrifices pour savoir se présenter avec grâce et avec noblesse , s’exprimer en termes choisis, avoir une belle prononciation et écrire correctement? Malheureusement pour elles leur or ne saurait donner ce qui ne s’obtient que par le travail , et par les soins de maîtres éclairés , pendant l’époque de la jeunesse.
Je crois vous avoir démontré combien il est utile de disposer votre caractère à la douceur et à la soumission ; il faut encore vous imposer d’autres devoirs.
La politesse se compose , comme vous le savez , de la connaissance des usages du monde et de la bienveillance qui fait éviter tout ce qui peut désobliger. Sans regarder la première comme inutile à bien observer, la seconde est celle qui nous fait plus particulièrement chérir.
Évitez de parler de vous.
Occupez-vous avec attention , avec intérêt de ce que disent les autres *.
' Il y a bien des degrés de politesse : vous en avez une à proportion de la délicatesse de l'esprit. Elle entre dans tontes vos manières, dans vos discours, dans votre silence meme.
L'exacte politesse défend qu'on étale avec hauteur son esprit et scs talons. U y a aussi de La dureté à se montrer heureux à
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N’interrompez jamais les personnes qui vous parlent, attendez que l’inflexion de leurs voix vous ait averties quelles ont terminé ce quelles avaient h dire.
Que votre regard accompagne toujours votre discours; parler et ne point regarder la personne à laquelle on s’adresse , c’est s’exposer à passer pour fausse ou pour dédaigneuse. L’accord heureux du geste , de la parole et du regard est un des charmes de la conversation. La timidité fait prendre quelquefois aux jeunes personnes la mauvaise habitude de fermer les yeux ou de les détourner en parlant; il faut s’en corriger. La candeur et l’innocence n’ont rien à redouter de l’expression des regards, puisqu’on appelle les yeux le miroir de l’àmc. Une femme vertueuse et même une fille timide peuventelles craindre qu’on lise dans leurs yeux , puisqu’elles ont le bonheur d’avoir un cœur pur ?
Sachez louer; l’éducation que l’on a reçue ajoute un prix aux éloges , puisqu’on les donne avec connaissance de cause. Ne soyez pas sévère à chercher
la vue de certains mallieurs. Il ne faut que du inonde pour polir les manières : mais il faut beaucoup de délicatesse puir faire passer la politesse jusqu'à l'esprit. Avec une politesse fine Pt délicate on vous passe bien des défauts, et on étend vos bonnes qualités. Ceux qui manquent de manières ont plus besoin de qualités solides, et leur réputation se forme lentement. Enfin la politesse coûte peu et rend beaucoup. ( Œuvres de madame la marquise de Lambert, page 199.)
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]a perfection dans les talens ou les ouvrages de société. On risque rarement de se compromettre en les louant, et on oblige toujours; les critiques sévères doivent être réservées pour les talens d’un ordre élevé.
N’occupez point la société de détails sur vos maladies ; c’est à votre médecin que vous les devez : la politesse paraît en désirer ; mais ce n’est le plus souvent que la simple politesse. Ecoutez cependant avec patience et sans la moindre marque d’ennui ceux qui vous font de longs récits sur leurs souffrances ou sur les maux de leurs enfans ; c’est un des points sur lesquels il est le plus essentiel d’être sévère pour soi, et extrêmement indulgent pour les autres.
Blâmez la conduite d’autrui le moins que vous pourrez. Travaillez avec persévérance à mériter le titre si beau d’honnête femme , mais évitez de parler des torts des autres.
Informez-vous , autant que vous le- pourrez , des mœurs des femmes avant de vous lier avec elles ; sans mal parler d’aucune, il est aisé d’obtenir ces informations. Que la fortune , l’éclat , les prestiges les plus séduisans ne vous décident jamais à vivre en société avec des femmes qui ont méconnu, outragé les vertus de leur sexe.
Si le rang de leurs maris oblige le vôtre k vous présenter chez quelques femmes dont la conduite n’est pas à l’abri de tout blâme, renfermez-vous dans ce que prescrit le devoir. On peut faire sa cour
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il une princesse qui n’est point vertueuse, et conserver sa réputation intacte ; mais on ne peut être sa favorite ni sa confidente sans être déshonorée. La sagesse, dans ce cas, fait trouver de justes bornes au devoir. U en est de même des cercles nombreux ; on y est bien avec tout le monde, on ne doit y offenser personne , ni refuser le salut à des femmes qui y sont admises , ni leur répondre avec impolitesse , quels que soient leurs torts connus ; on ferait alors la leçon au maître de la maison qui les a invitées ; on étalerait une fausse pudeur qui fait souvent douter de la véritable vertu ; mais ce qu’il faut éviter, en se renfermant dans les bornes de la simple politesse , c’est de paraître liées avec ces femmes, de rire ou de se promener avec elles d’un air familier; la retenue qu’indiquent le bon ton et la véritable polites^ vient vous garantir de ces dangers , et c’est alors qu’on sentira le prix de votre conduite.
Je viens de vous indiquer en peu de mots les bienséances qu’une femme prudente et sage doit observer dans le monde avec celles qui ont perdu les vertus de leur sexe ; dans votre intérieur ne les admettez jamais. Etablissez si bien cet usage, que même votre mari, séduit peut-être par les agrémens de quelques-unes de ces femmes , craigne de les attirer chez vous. S’il le voulait impérieusement , que des représentations douces et touchantes soient vos seuls moyens d’opposition; dans la nécessité de céder, laissez au monde, sans jamais vous en mêler, le soin d’apprécier le sacrifice que vous feriez à la
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paix de votre ménage. Dans cette sitnatiou , une vertu qui ne se dément pas n’en obtient qn’uu plus grand éclat.
]Ne vous plaignez jamais de votre mari; si c’est à vos parens, vous les affligez et vous faites naître bt désunion dans les familles , si c’est à des étrangers , les séducteurs sont déguisés en consolateurs : craignezles, mes chères filles; que d’écueils vous attendent sur cette mer orageuse qu’on appelle le monde l Du port où je finis ma carrière, je ne puis les voir sans' les redouter pour vous.
IN’oubliez pas qu’élevées dans un établissement dont on parle beaucoup , vous occuperez l’attention quand vous entrerez dans le monde , et que , la disposition naturelle des hommes étânt de critiquer les grandes institutions, vous rencontrerez, même dans vos sociétés , des détracteurs de nos maisons. Ceux-ci dii’ont, comme on l’a dit des fiUes de Saint- Cyr, que vous êtes élevées en princesses. Ceux-là , ne croyant qu’à l’instruction donnée par des professeurs , diront que vous êtes des ignorantes.
Combien vous devez désirer , par reconnaissance pour vos maîtres et par intérêt pour vous-mêmes , de fixer favorablement l’opinion publique sur nos institutions! Dans un cercle, les jeunes filles élevées chez leurs parens ou dans les pensionnats , vous examineront, vous inspecteront avec le désir de vous trouver en défaut. Prévenez-les, accueillez-les ; soyez simples et bonnes avec elles ; n’oubliez jamais que l’intérêt que vous devez à votre institution exige de
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vous ces premiers frais , ou vous oblige au moins à rendre ces premières avances avec usure et avec grâce.
Je vous recommanderai essentiellement d’éviter de parler bas et de rire à part avec vos jeunes amies ; rien n’est embarrassant pour les autres comme cette méchante habitude qui est la preuve certaine d’une mauvaise éducation.
Prenez de suite les usages des maisons où vous vous trouvez. Si l’économie y règne, soignez tous les objets qu’elle indique de conserver : pliez votre serviette si vous voyez à la campagne le maître de la maison suivre cet usage ; il est aisé chez les gens riches de se conformer à d’autres habitudes.
Que la propreté et le soin se remarquent dans toutes vos actions. Ne quittez pas une maison de campagne où vous aurez été reçue , sans visiter vousmême voti'e appartement avant de monter en voiture pour partir. Ne vous reposez point de ce soin sur votre femme de chambre , si vous en avez une. J’ai vu dans les châteaux des gens du plus haut rang rire entre eux, dans le salon, de l’état dans lequel des dames peu soigneuses avaient laissé leur appartement en le quittant. Vous accoutumer aux soins dans votre jeunesse , c’est vous rendre le plus important service. Une femme est jugée par la tenue de son appartement. J’ai connu un homme qui , pour fixer son opinion sur les femmes de sa connaissance, ne se trouvait jamais seul chez elles sans lever les coussins des bergères et des canapés; s’il
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y découvrait un feston commencé , un mouchoir , un ruban, une brochure, etc., il disait: je suis chez une négligente , chez une femme sans ordre ou sans propreté.
. La coquetterie déplaît aux hommes dans les femmes auxquelles ils veulent unir leur destinée; mais la malpropreté les repousse au moins autant. Quelle grâce peut avoir un chapeau élégant sur des cheveux mal peignés? Quel éclat aurait un rang de perles, ou des boucles d’oreilles en diamans , avec des robes fanées ou tachées ? L’élégance , le luxe , ne peuvent se passer de la propreté , tandis que la propreté sert à entretenir la santé , donne plus d’éclat à la peau, aux dents, fait conserver plus de fraîcheur aux vêtemens et peut se passer parfaitement des ruineux et dangereux secours de la coquetterie.
Songez surtout, mes chères amies, que le maintien le plus convenable à notre sexe est celui que donne l’habitude constante de s’occuper des travaux à l’aiguille. On ne doit jamais être sans une broderie, un tricot, un filet, ou un métier; plus de petites simagrées , plus de conversations oiseuses , plus de rires déplacés pour les jeunes filles qui ont une occupation, N’allez pas vous imaginer qu’il est des sociétés où l’ouvrage ne peut pas être introduit. Chez les reines, si vous avez l’honneur d’y être admises un jour, vous verrez des métiers, des tricots, des festons comme chez les moindres particulières. Ce n’est que lorsqu’on fait des visites de cérémonie que
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l’on est dispensée d’avoir son ouvrage. Croyez-le bien , un dé , des ciseaux , des aiguilles , ne doivent jamais quitter une femme. Ce sont, en quelque sorte , les attributs de notre sexe , et j’ai voulu, mes amies , que les cachets qui servent à vos leçons vous les rappelassent sans cesse , puisqu’ils portent l’image d’un fuseau.
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