ACTE I. SCÈNE VI
qui nous obsèdent depuis huit mortels jours , et que vous trouviez jusqu’à présent aussi ridicules que moi.
CLARICE
Oui , je l’avoue , peut-être à ma honte , leur extérieur empesé , leur maintien gêné , cette morale qui revient sans cesse , tout m’a paru à la fois ridicule et ennuyeux.... Mais cependant, en y réfléchissant, l’intérieur de cette maison présente le tableau de la paix , du bonheur et de la vertu.
ANNA
Je sais que ce tableau m’ennuie à mourir, même fait par la charmante Clarice, et que je la prie à l’avenir de m’en faire grâce. Heureusement que je m’en suis dédommagée par la peinture bien plus vive et bien plus vraie que j’ai faite dans ma lettre à Cécilia Turnhill , sur la respectable famille des Dawenport de province. En la relisant, avant de la cacheter, j’en ai encore ri de tout mon cœur, et j’ai admiré cette facilité de style , cette grâcè aisée qu’on acquiert dans le grand monde et qui pourrait servir de modèle épistolaire à mes chères cousines, si on osait, leur faire voir cette pièce d’éloquence.
CLARICE
Toute charmante quelle puisse être , je vous conseille de ne pas la faire partir.
ANNA
Et vous, ma chère, je vous conseille de ne pas
48 LA FAMILLE DAWENPORT.
insister sur ce point, car elle est déjà dans la boîte
du palefrenier qui porte les lettres à la ville voisine.
CLARICE
Ah ! ma chère Anna , quelle imprudence !