SCÈNE III
Les mêmes; M“*. BRILLANTINE, en négligé
du matin , étendant les bras, se frottant les yeux ,
et paraissant craindre le grand jour.
BRILLANTINE
Ah , Dieu ! sortir de mon lit à présent! Si j’avais osé faire ouvrir mes volets , je pe me serais levée qu’à deux heures ; je suis si fatiguée du bal d’hier au soir !
M“*. LEBLANC
Il n’y paraît pas , mademoiselle , à l’éclat et à la fraîcheur de votre teint.
BRI LL A NT1?7£ , avec coinpUisance,
Vous croyez ?.... C’est heureux , en vérité; car ou me tue absolument, on me tue; des invitations tous les jours , des reproches à mon père lorsqu’il veut refuser , ü se ferait de méchantes affaires dans tout Paris.
M“'. LEBLANC
11 fallait rester dans votre lit, mademoiselle, vous auriez tout aussi bien vu mes broderies.
LES DEÜX ÉDUCATIONS.
BAILLâNTII^E , ftvcc un petit air dUmmcur , et se jetant dans un faa-
teüil.
Je vous l’ai dit , mademoiselle Bernicourt couche dans ma chambre ; elle ne s’éveillera qu’à une heure. Elle ne me l’aurait jamais pardonné. Voyons. ( Madame Leblanc montre successivement ses broderies. ) Du bleu et argent ! Ah , fi ! La belle et fade mademoiselle Elisa Surprin était comme cela hier ; on me prendrait pour elle; j’en serais au désespoir.
M"'. LEBLANC
Voüà un crêpe rose pailleté qui fera un effet délicieux.
BRILLANTINE
Mais vous perdez la tête , madame Leblanc ; j’étais comme cela pour le bal du ministre de la marine.
M“*. LEBLANC
Cela est vrai ; mais je fournis tant d’habits , qu’il m’est facile de confondre.
BRILLANTINE
Ah ! vQyons ce blanc et or : c’est bien sérieux ; mais je vais me marier ; on a les yeux fixés sur moi, il me faut des choses nobles et simples.
M”'. LEBLANC
Mademoiselle va se marier ?
BRILLANTINE
C’est-à-dire que l’on va me marier. Mon goût n’est compté pour rien. C’est la règle, après tout.