ACTE I. SCÈNE III
M'“'. LEBLANC
Votre inclination serait-elle forcée?
BRILLANTINE
C)h ! non ; je n’aime pas plus celui-là qu’un autre ; c’est un jeune homme qui n’est pas mal. Il vient de voyager. Il est , dit-on , très-instruit , mais il n’a point de tournure , point d’usage , je lui en donnerai.
M”'. DE F ÜR VILLE, à part.
Belle fin d’éducation qu’elle réserve à mon fils.
BRILLANTINE
Vraiment, cette mousseline est brodée à ravir. Est-ce de votre excellente ouvrière, de cette jeune personne dont on dit tant de bien?
M"*. LEBLANC
De mademoiselle Aglaé Fournier?
BRILLANTINE
Oui.
M"*. LEBLANC
Vous en avez entendu parler?
BRILLANTINE
Oh l beaucoup. Deux ou trois dames très-estimables en ont fait dernièrement des récits charmans chez papa. Elle élève ses deux jeunes sœurs à merveille ; elle défraie tout son petit ménage , à Paris , par le produit de son aiguille.
LES DEUX ÉDUCATIONS
M'"'. LEBLANC
Cela est vrai.
BRILLANTINE
C’est la fille d’un capitaine qui n’a que ses appointemens. Elle est fort jolie, fort instruite , parle bien , dessine et brode si bien , que vous lui donnez le double du prix que vous accordez aux autres.
M”'. LEBLANC
Tout cela est fort exact.
BRILLANTINE
Vous voyez que je sais parfaitement le roman de votre petite héroïne.
M"'. LEBLANC
Mademoiselle , ce n’est pas un roman , c’est l’histoire la plus" simple et la plus vraie.
BRILLANTINE
Je ne l’aime pas trop, cependant, votre petite merveille ; je la crois un peu bégueule.
M”'. LEBLANC
Et comment cela ?
BRILLANTINE
Je voulais la voir; papa en mourait d’envie ; j’avais prié cinq à six personnes à un thé , croyant leur procurer ce même plaisir; je lui ai écrit un petit billet très-poli , je vous assure , dans lequel je lui