ANNA ET CLARICE
ANNA
Finissez, Clarice, vous m’ennuyez inutilement. Vos éternelles remontrances ne produiront aucun effet sur moi , et je finirai par me fâcher : croyez que je n’ai nulle envie de tomber dans le plat enthousiasme auquel vous vous livrez pour mesdemoiselles Dawenport. Comment vous passe -t- il par la tête d’admirer de petites provinciales, bdtiffies d’orgueil , exagérées dans toutes leurs idées , affectant une bienfaisance et une humanité puisées dans les vieux romans de la bibliothèque de ma tante, gauches à l’excès , et de plus fort impertinentes avec nous ?Mais enfin rappelez-vous ce que vous pensiez vous-même de cette famille lorsque nous étions à Londres , et même depuis votre séjour ici. Enfin ce n’est que depuis ce matin, qu’à mon grand étonnement je vous vois ainsi changée.
CLARICE
Mes réflexions avaient précédé ce changement, je
66 LA FAMILLE DAWENPORT.
VOUS assure. Je me livrais encore à la mauvaise habitude de se moquer des vertus que l’on ne possède pas j’en ai rougi , et ce seul retour sur moi- même a suffi pour me corriger; ma tante et mes cousines paraissent à mes yeux telles quelles sont véritablement. Je vois et j’admire en elles toutes les vertus ; leur instruction , leurs talens prouvent la supériorité de leur éducation , et , sans être jalouse , je regretterai toujours d’avoir déjà perdu tant d’années précieuses , et de me voir si loin de leur pouvoir ressembler.
ANNA
Vous êtes bien près d’être aussi ridicule qu’elles , je vous assure , et tous me paraissez très-disposée à égaler les modèles que vous avez choisis; mais si vous donnez dans de semblables travers , ne croyez pas que je veuiUe supporter de votre part ce que j’ai peine à soutenir icipour quelques jours. D’éternelles leçons m’ennuient, je n’aime que ceux qui m’amusent et se prêtent à mes goûts. Ainsi, Glarice, cherchez ailleurs cette union qui faisait notre bonheur.
CLARICEt s'approchant d'elle avec aâfecUou.
Est-ce bien vous , ma chère Anna , qui me tenez un langage aussi sévère?
ANNA
Oui , c’est moi , qui ai le courage de vous dire que la pédanterie m’obsède , que les pédantes me déplaisent souverainement , et que je chercherai dans Cé-