ACTE III. SCÈNE V
un peu les idées de nos chères cousines , de leur donner par nos récits le goût du monde et de ses plaisirs, et de leur faire jugei la sottise et la pédanterie de tous les beaux préceptes dont on les obsède, mais il n y a pas moyen. » ( Lady Dawenport interrompant sa lecture. ) Le projet était fort honnête et fort louable assurément , mais à la vérité difficile à exécuter. « L’aînée de mes cousines me plairait assez. On vante ici son ingénuité que nous appellerions, avec plus de raison , de la franche niaiserie. Quant à la cadette , » ( à vous , ma chère Sophie ) « c’est une petite créature vaine, fière de son prétendu savoir, passablement gauche , complètement impertinente. . . Mon père a eu une cruelle idée en imaginant de nous envoyer ici ; mais je me mettrai à l’abri d’un pareil désagrément pour l’avenir , en me plaignant amèrement de la réception de ma tante. Tu connais mon esprit et les moyens que je sais employer : je suis toujours sûre de le convaincre et de le décider , et je ne manquerai sûrement pas de réussir. » ( Ceci est bien noir. ) « Adieu, Cécilia ; plains jusqu’à son retour à Londres ta fidèle et sincère amie.
>• Anna Dawenport. »
11 m’en coûte de lire ce nom au bas d’une semblable lettre.
CL A RICE, M jetant aux pieds de lady Daweopoi t.
Donnez-nous une preuve de votre générosité , de la supériorité de votre esprit, en pardonnant à la malheureuse Anna.
LA FAMILLE DAWERPORT.
LADY DAWENPORT.
Je ne me ferais pas prier un seul instant pour des injures qui me seraient personnelles. Mais toutes les bienséances, toutes les vertus sont outragées dans cette lettre , et , dans des cas aussi graves , un père seul a le droit de prononcer. Sa tendresse pour sa famille l’avait porté à laisser ici un courrier toujours prêt à partir pour Paris , si quelque événement survenait à une de ses filles. La maladie la plus sérieuse, la blessure la plus dangereuse , ne mériterait pas plus sa sollicitude paternelle que la découverte d’une pareille conduite , d’un semblable abandon de tous les principes, et je vais lui enfoyer à l’instant cette preuve douloureuse de la perversité d’un être qui lui était si cher.
ANNA
Ail ! ma tante , si la confusion dont je suis pénétrée, si le repentir le plus sincère peuvent apaiser votre juste courroux , daignez m’écouter et vous laisser fléchir. Des conseils perfides , des louanges non méritées , une fausse idée sur l’esprit du monde ont dénaturé mon caractère. J’abjure mes erreurs ; rendez-moi la vie en éloignant de mon esprit toutes les idées fausses et vicieuses qui s’y sont introduites. Mon cœur est encore digne de vos soins.... C’est ici, c’est dans cet asile qui renferme toutes les vertus, que je veux résider à l’avenir, et n’écrivez à mon père que pour lui exprimer ce vœu sincère. Vous avez formé mes cousines. Elles goûtent déjà le bon-
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heur et les jouissances que procure une éducation précieuse. Il manque à votre gloire , ma tante , de réformer entièrement un caractère aussi blâmable que celui de la trop coupable Anna.
CLARICE
Obtiendrons-nous un pareil bienfait ?
CAROLINE
Faut-il joindre nos prières à celles de mes cousines? .
SOPHIE
Maman, vous nous rendrez par ce bienfait des parentes que nous chérissons comme des sœurs, et vous ajouterez au bonheur de notre vie.
ANNA, ^ coutiDea.
Quoi! vous me pardonnerez aussi généreusement ?
Nous voudrions adoucir jusqu’à l’amertume de vos regrets.
SOPHIE
Maman , vous n’avez pas encore prononcé.
LADY DAWENPORT.
Croye 2 i-vou 8 que je puisse hésiter à me charger d’une tâche aussi intéressante pour mon cœur !
ANNA
Ah , ma tante 1
CLARICE
Quel bonheur 1
LA FAMILLE DAWENPCmT.