ACTE I. SCÈNE VI
prudences. Si votre tante venait à découvrir cette entrevue et même mon existence, tout serait perdu. Adieu, les minutes vont me paraître des siècles jusqu’il celle qui fera mon bonheur. » Quelle touchante lettre ! Et tout est-il préparé pour notre entrevue ?
BETTY
Parfaitement. Mon père m’a permis de recevoir la visite d’une femme que je lui ai dit être une des maîtresses de l’école où j’apprenais à lire.
CÊCILI A.
Ah ! très-bien.
BETTY
Oui, très-bien; mais si ma maîtresse vient à savoir que je suis sortie sans sa permission, que deviendrai-je ?
CÊCILI A.
Ah! ne me parle pas des dangers auxquels ton amitié t’expose, tu troublerais en un instant toute ma joie.
BETTY
Je veux aussi en chasser l’idée; je n’écoute que mon cœur ; il me dit que je fais une bonne action, que je sers la plus aimable des jeunes personnes, la plus tendre fille; que sa vertu mérite qu’on se sacrifie pour l’obliger ; mais ma raison me dit qu’un mystère est toujours blâmable, que j’agis contre les ordres justes et sévères de ma maî-
CJÉCILIA.
tresse qui a défendu si expressément toutes les relalations hors de la maison ; et puis quand j’ai bien écouté ma raison , voilà que vos larmes, vos prières et mon cœur me font oublier tout ce qu’elle m’a dit; mais enfin , miss , dans tout ceci il n’y a de mal que le mystère; pourquoi ne prendriez-vous pas mistress Téachum pour confidente?
CÉCILIA
Crois que si le plus grand danger n’accompagnait pas cette démarche, il y a long-temps quelle serait dépositaire de tous mes secrets , et je t’avoue , ma chère Betty, que la nécessité la plus absolue a pu seule me déterminer à te mettre dans cette confidence. Mistress Téachum serait plus gênée que toi relativement à ma tante; elle pourrait craindre son caractère emporté , son influence dans la société; je compromettrais trop d’intérêts qui me sont chers ; j’exposerais mon intéressante maîtresse à se mêler d’affaires de famille fort tristes et qui troubleraient peut-être sa tranquillité; et ma mère,.... je frémis quand j’y pense!.... ma mère ne doit sa liberté qu’à l’entière et heureuse persuasion dans laquelle est ma tante quelle a cessé d’exister il y a deux ans. Si jamais elle découvrait qu’elle a été trompée ; elle pourrait faire languir ma pauvre mère dans les prisons pour une somme immense qu’elle lui doit , et que jamais elle ne pourra lui payer.
BETTY
Quoi l cette lady Arabella pourrait-elle être assez méchante.... ?