‹ De l'éducation, ou Émile corrigéChapitre 14 sur 14 · HO · texte numérisé non relu

HO

lecture, récriture et l'arithmétique se succèdent graduellement; elles n'occupent qu'une partie des momens de l'élève , pour éviter la fatigue et donner le désir de recommencer. Je varie bien* tôt ces premiers enseignement par de& lectures choisies, qui plaisent autant qu'elles instruisent.

La géographie et l'histoire sont en-* suite offertes à 1 élève , pour lui donner la double' connoissance duglobe,etdu cœur humain. Les rapports moraux et naturels de ces deux sciences se lient facilement avec les premières idées de 1$ vertu y ils les développent même par d'heureuses et abondantes variétés. Jo réduis l'étude de rhistoine à ces deux points principaux : qu'elle offre les généreuses pratiques de tout ce que U vertu présente de beau , de grand , de sublime ; et que les vices qu'elle dévoile , apprennent à connoître le coeur hu main»

Ces deux points sont encore applicables ii tous les élèves ; il n'en est peut-être pas un seul , dont on puisse (brtaer Je cœur parles bons exemples et limitatioit

( *47 ) Il en est ainsi de l'étude des langues*

et des sciences. Tous les enfans peuvent y atteindre d'après mes méthodes, (les seuls indigent exceptes) tout s'y rapproche des moyens naturels, principale^ ment de l'imitation, sans cesse présenta à l'esprit de l'homme. Quels que soient les différens genres d'esprits, ils sont tous capables de faire ce dont ils trouvent des traces constament mises sous leurs yeux ; les passions même n ont point de meilleurs antidotes que les habitudes honnêtes , imprimées dès l'enfance. Enfin dans tout ce que j'ai établi dans ce Traité, deux points importans sont mes premières bases. Le bon exemple qui amène l'imitation-, et l'habitude des ac* lions honnêtes qui les fait aimer. Sans ces -deux grands véhicules , propres à tous et possibles pour tous, quelque chose «que l'on fasse , on n'édifiera rien de stable. Si on me dit que ces bases ne sont point suivies par le plus grand nombre, je dirai que c'est dans les mauvaises moeurs qu'il faut en chercher la cause, et que si on ne veut par corriger le?

(HB) tuteurs, il ne faut point d éducation } elle ne seroit alors que dangereuse* Mais dès que les hommes le voudront forte*talent , dès qu'ils sauront faire taire leur Vanité , dès qu'ils auront le courage de résistera leurs passions sensuelles et ara* bitieuses, tous seront capables de s'habituer aux actions honnêtes et de donner de bons exemples. Certes toutes les facultés de l'homme lui donnent la liberté de faire le bien plutôt que le mal, le sentiment de cette liberté lui est présent dans toutes ses pensées et ses actions : Eh ! n'en donne t-il pas la preuve évidente, lorsqu'il commet le mal même?

Pourquoi s'élance- t-il si souvent dans la route de l'ambition , en dédaignant celle de la modération? N'est-ce pas, parce qu'il veut satisfaire son orgueil aux dépens de la paix de son* cœur? Il choisit donc, pourquoi encore voit-on si sou* Vent le$ hommes s'étudier, se composer, se corrigée en apparence , imiter la générosité, la bienfaisance, et ta vertu, afin d'arriver plus facilement aux bon* tieurs, aux richesses, aux dignités? Pour*

C *49 ) quoi consument -ils les plus belles an*

nées de leurs vies, dans cette odieuse étude d'hypocrisie, qui leur coûte cent fois plus de peines, de chagrins, de bassesses et de sacrifices , que la simple et franche pratique de la vertu ? Pourquoi.....? Demandez-le à leur vanité, à leur avidité , à leur corruption ! Mais s'ils savent se modérer extérieurement, ils ont donc la liberté de le faire. Donc ils peuvent choisir entre l'artifice et la réalité.

Pères, mères, maîtres, si vous savez tempérer vos défauts et vos vices , pour arriver à tout ce qui favorise votre intérêt personnel, votre vanité et votre ambition , vous pouvez bien mieux en* core, vous surveiller dans l'éducation de vos élèves. C'est votre propre conscience qui vous y invite sans cesse.

Sachez seulement ne pas lui résister»

Quel intérêt plus précieux peut-il jamais exister pour vous, que celui de faire des hommes raisonnables et éclairés?

Daignez y réfléchir sans cesse, votre bonheur y est lié dans tous les instans

( a.5o ) de votre vie , de la manière la plus irt* time. Ce bonheur là n'est point une félicité éphémère. et fugitive, comme celle que donne les honneurs et la fartune , mais un bonheur permanent , inaltérable, qui vous entoure de l'estime publique, comble votre cœur des plus douces jouissances , et prépare de* fleurs pour orner votre tombe*

Page 1